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José Ortega y Gasset / Revue Fario

4 min
À retrouver dans l'émission

osé Ortega y Gasset : La Déshumanisation de l’art (Allia) / Revue Fario N° 13 Dossier Qu’avons-nous fait de la beauté ?

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Deux mots, d’abord sur ce philosophe espagnol, mort en 1955, auteur d’une œuvre considérable en partie traduite dans notre langue et dans d’autres, une œuvre célébrée en leur temps par Albert Camus ou Raymond Aron. Sociologue de la culture et homme de presse (plusieurs parties de La Déshumanisation de l’art sont parues en 1924 dans le journal El Sol), il a fondé plusieurs revues, comme la fameuse Revista de Occidente et il a écrit des essais pénétrants sur l’art (en particulier sur Velasquez et Goya). Cet européen convaincu, germanophile (il a fait une partie de ses études en Allemagne, à Leipzig, Berlin et Marbourg avant d’être nommé en 1910 à la chaire de métaphysique de l’université de Madrid) et comme on le verra passionné de culture française, a participé à la rédaction de la Constitution de la République espagnole.

Le livre qui parait aujourd’hui est un essai de sociologie du public qui a inspiré certaines analyses de Bourdieu dans La Distinction et qui se transforme au fil des pages en un plaidoyer en faveur de l’émancipation de l’art à l’égard de la réalité, notamment humaine, un processus que l’auteur voit à l’œuvre dans l’art moderne. Partant d’un phénomène sociologique, l’impopularité à son époque de la nouvelle musique, celle de Debussy en particulier, il en tire des conséquences sur le plan esthétique. Si le public décrie les productions de ces artistes, de poètes comme Mallarmé, de dramaturges comme Pirandello ou encore de peintres expressionnistes ou cubistes, c’est qu’il ne se reconnaît pas dans ces œuvres. Le plaisir esthétique sommaire induit la participation, l’identification à ce qui est représenté. Une peinture de paysage semblera jolie si le paysage mérite, par son charme ou son pathétique, qu’on s’y rende en excursion. Et lorsque Wagner injecte dans « Tristan » son aventure avec Mathilde Wesendonk, il nous enjoint - je cite -« d’être quelques heures durant vaguement coupables d’adultère ». « Une œuvre qui ne l’invite pas à cette intervention le prive de son rôle », ajoute-t-il à propos du spectateur mais cette manière d’éprouver manque l’œuvre d’art, un peu comme le regard qui observe un jardin à travers une vitre la traverse sans la percevoir.

Or l’œuvre est une transparence qui demande qu’on s’y arrête et l’art moderne s’insurge de toutes les manières possibles et jusqu’à l’iconoclasme ou le blasphème contre cette attitude, laquelle revient pour l‘auteur « à se vautrer passionnément dans la réalité humaine » évoquée. La tendance générale de cet art nouveau consiste donc à déformer, à briser, voire à éliminer progressivement les éléments humains, trop humains qui s’imposaient dans les productions romantiques et naturalistes. Tout comme chez Mallarmé, « si on parle d’une femme, c’est « d’aucune femme » et si l’horloge sonne, elle indique « l’heure absente aux cadrans » ». Si c’est une rose, ce sera « l’absente de tout bouquet ». L’art n’a pas pour fonction d’imiter la réalité mais d‘« inventer ce qui n’existe pas ». Et Ortega rappelle l’étymologie latine du mot auteur: l’auctor, c’est « celui qui accroit ». Les Romains désignaient ainsi le général qui gagnait un nouveau territoire pour la patrie. Ou bien il cite Goethe selon lequel « chaque nouveau concept est comme un nouvel organe qui surgirait en nous ».

On le voit, si cet essai porte sur les mouvements et les avant-gardes des années 20 ou sur leurs illustres devanciers (le livre fut considéré comme le manifeste de la génération des poètes espagnols de 1927, dont Garcia Lorca, Miguel Hernandez ou Rafael Alberti), le processus dévoilé par le philosophe n’a cessé de se confirmer depuis et l’on peut souscrire au jugement de l’éditeur qui nous le présente comme un texte visionnaire.

Jacques Munier

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Revue Fario N° 13 Dossier Qu’avons-nous fait de la beauté ?

http://www.editionsfario.fr/spip.php?article164

« C’est un fait surprenant que le mot « beau » semble ainsi généralement prohibé, et justement quand on parle d’art » souligne Philippe Jaccottet en ouverture

Ce n’est pas de la beauté comme contraire de la laideur qu’il est question dans ces pages – le corps de Job, les vilains chez Vélasquez - mais du sentiment et des apparitions fatales d’une beauté désormais assujettie socialement dans les objets fétiches de la société de consommation, comme l’écrit Vincent Pélissier. Ecrivains et artistes, d’Antoine Emaz à Salah Stétié en passant par Charles-Albert Cingria ou Gilles Ortlieb s’emploient à cerner cette réalité « universelle et sans concept », cette évidence silencieuse dont parle Yves Bonnefoy

Hermann Broch : « Devant tout bon tableau jusqu’aux environs de 1900, nous avons le droit de dire, sans plus : « C’est beau ». Devant le Guernica de Picasso (Goya était un précurseur à cet égard) l’expression « C’est beau » serait tout simplement un blasphème à l’égard de la souffrance humaine. Ici la peinture, en dépit de toute perfection artistique, s’est dépassée elle-même »

« Et pourtant la nature est belle » disait Cézanne

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