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La Barbe / Revue XXI

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Omar Benlaala : La Barbe (Seuil) / Revue XXI N°29, en librairie mercredi

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Dans un style nerveux, haletant et volontiers elliptique, versant souvent dans l’humour, c’est le témoignage très personnel d’une quête initiatique qui débute de la plus banale des manières : une invitation à la mosquée, lancée par un ami dans une station de métro à l’auteur qui n’y avait jamais mis les pieds. D’origine algérienne, Omar Benlaala devient ainsi au mitan des années 1990 l’un des premiers « barbus » à fouler le sol parisien de Ménilmontant, alors qu’une série d’attentats secouent la capitale, dont celui du RER à la station Saint-Michel. Ces attentats sont liés au contexte de la guerre civile en Algérie, ils n’ont aucune influence sur le born again dont les motivations sont religieuses et de nature identitaire. Le thème de la communauté retrouvée – la oumma – traverse de part en part le récit d’une progression qui conduit plutôt vers la tradition mystique, soufie, d’un islam qui n’a rien de politique ni de radical. Mais le parcours est sans doute exemplaire de celui de tous ces jeunes qui retrouvent le chemin de la foi de leurs parents. À cette différence essentielle que les périples initiatiques en terre d’Islam se font ici à destination du Pakistan, de l’Inde ou du Bangladesh, plus tard au Maghreb, en Arabie saoudite ou au Sénégal. Et pas en Afghanistan ou au Yémen pour y suivre des formations militaires au terrorisme.

« Je sais mes ailes fragiles mais la force du groupe m’enhardit » observe l’auteur. D’où les transformations vestimentaires et le port de la barbe qui viennent confirmer ce nouvel ancrage. « Moi, le boutonneux de service, je devenais celui dont on parle, que l’on regarde, et j’adore ça », confesse-t-il encore avec beaucoup de franchise. « Faute de pouvoir effacer le tatouage, j’enlève la boucle d’oreille, mais je garde la tchatche ». C’est sans doute celle-ci qui, avec un apprentissage toujours plus rapide des sourates du Coran, favorise sa progression accélérée dans la catégorie des prédicateurs. « D’une ivresse l’autre » commente-t-il par allusion à son goût passé pour les paradis artificiels. « En état permanent d’ébriété spirituelle – mes digressions noyant largement le peu de conscience critique dont je dispose alors – je ne vois pas venir le piège que je me tends. »

À Karachi, Pakistan, première étape d’une tournée en pays d’islam, l’accueil des pérégrins est princier. Là encore, c’est une communauté désormais élargie à l’échelle de la planète qui est retrouvée dans la chaleur de ses bras ouverts. « Les Arabes sont les enfants des compagnons du Prophète, à eux les places d’honneur. Quelle claque ! Certains peuples rêvent donc de nous ? » s’enthousiasme l’auteur, qui ajoute : « Après une année à me faire violence pour devenir quelqu’un, je me fonds dans un anonymat salvateur ». L’expérience vaudra pour la suite comme une nouvelle rédemption. Dans la foule compacte des croyants une ivresse d’un type inconnu le travaille désormais : l’humilité.

Le « p’tit gars de Ménilmontant » poursuit son pèlerinage dans le sous-continent, non sans subir l’épreuve des transports publics indiens. Entre New-Delhi et Bombay, il voyage « huit heures seul – je cite – vêtu en supermusulman dans une voiture pleine de sikhs, quelques jours après le drame du Sabarmati Express dans lequel 59 personnes périrent immolées, ce qui déclencha des émeutes confessionnelles sanglantes. » Sur le chemin du retour, il découvre dans une librairie un livre de l’islamologue française, proche de Louis Massignon et spécialiste du soufisme, Eva de Vitray-Meyerovitch. Auréolé de sa réputation de pèlerin et d’athlète de la foi, on le consulte fiévreusement dès son arrivée sur le sol français. Il écoute ces jeunes qui l’enjoignent de les guider vers Dieu. « Je les renvoie à leurs parents. Souhaitent partager les corvées de la mosquée ? Je leur conseille de trouver un emploi stable. » Un cycle s’est clos. L’impétrant imam finit par se tailler la barbe à trois millimètres d’épaisseur. Il savoure aujourd’hui l’anonymat d’une riche expérience intérieure nourrie par les grands mystiques soufis comme Rûmî, ou plus près de nous, Cheikh Nazim, le maître spirituel de la voie naqshbandi. À quand son prochain livre qui nous raconte cette expérience inédite sur les trottoirs de Ménil’muche ?

Jacques Munier

Revue XXI N°29, en librairie mercredi

http://www.revue21.fr/

Avec un dossier sur la science, et en particulier l’enquête de Viviane Thivent sur l’usine Comurhex, près de Narbonne, qui traite le quart de la production mondiale d’uranium

Et surtout l’histoire d’Amine, jeune hacker tunisien réfugié en France qui infiltre et pirate les réseaux de djihadistes en se faisant passer pour un islamiste, cassant les codes pour récupérer les liens secrets entre groupes armés et les projets d’assassinats ou d’attaques. Détenir des informations sur les relations du parti Ennahda avec le terroriste Abou Iyad qui finance depuis la Lybie les nombreux djihadistes tunisiens a failli lui coûter la vie.

Le N°28

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