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La beauté d’un geste / Revues Etudes et Ultreïa !

5 min
À retrouver dans l'émission

Jean-Marie Gueulette : La beauté d’un geste (Cerf) / Revue Etudes N°4209 et Ultreïa ! N°1

cerf
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La beauté d’un geste, et non un beau geste, comme dans l’expression « pour la beauté du geste », c’est-à-dire pour rien, pour l’honneur… Jean-Marie Gueulette scrute ici ce qui fait la beauté d’un geste accompli et destiné, un geste quelconque ou pas, ordinaire comme une main posée sur l’épaule ou magnifique mais surtout adressé et soucieux d’efficacité, comme dans les pratiques du soin, l’accompagnement du deuil, le rituel ou la prière. La beauté est alors davantage de l’ordre de l’expression muette qui convient au dialogue des âmes, et elle relève plutôt de l’éthique que de l’esthétique. Elle donne au corps, dans sa motion , une lumière que la parole peut réfléchir mais pas inventer. « Il n’est rien que la scintillante lueur du corps humain ne puisse éclairer – écrit Jean-Louis Chrétien, très présent dans cette méditation – Le moindre geste, dans sa gravité fragile, possède une inépuisable signifiance, c’est-à-dire un pouvoir sans limite de faire sens. » Et dans La voie nue il précise le propos : « Jamais la clarté du corps n’éclaire que lui-même, ni seulement avec lui, le secret de l’âme qui vient briller au faîte de ses gestes (…) À chaque fois le corps m’accoste à partir du grand large du monde ».

C’est cette dimension à la fois ténue et d’une ample résonnance, qui ouvre des perspectives sans commune mesure avec l’humble élan d’un geste charitable entièrement tourné vers autrui, que l’auteur, dominicain et professeur de Théologie, explore dans toute l’étendue de ses occurrences, même si ses réflexions portent souvent sur l’aspect religieux de la disposition à l’autre et qu’elles semblent aimantées par la scène christique du lavement des pieds, analysée à la fin de l’ouvrage comme un geste marquant et faisant date, un geste prophétique et de nature à infléchir le cours de l’histoire – comme telle poignée de main entre deux ennemis irréductibles – un « geste icône » présent dès le départ dans le tableau de Duccio di Buoninsegna qui figure en couverture. Car ce qu’il tente ici, c’est une phénoménologie du geste dans la vie quotidienne, et des conditions auxquelles il peut être perçu comme « beau ». Il est entendu que c’est affaire de subjectivité, et c’est d’ailleurs le premier élément de sa définition. Engagée dans la relation à l’autre, inscrite dans la communauté d’une culture, la beauté du geste est faite – je cite – de « la vérité du rapport du sujet à son corps ». Ce que Paul Ricœur, cité dans ces pages, développe ainsi : « le geste conjoint, par-delà tout dualisme de l’âme et du corps, une face mentale et une face physique dans l’unité de l’expression » et « l’intentionnalité du geste incorpore la référence latérale à autrui dont il est tenu compte dès le stade de la conception ».

C’est pourquoi le contraire d’un beau geste n’est pas un geste laid ou maladroit, la maladresse ou la gaucherie pouvant traduire avec justesse le caractère inconfortable, ambivalent ou tragique d’une situation. « L’inverse de la beauté du geste – insiste l’auteur – c’est le geste qui n’est plus habité. » Qui n’accomplit qu’une efficience pratique ou technique sans égards, oublieuse de la dimension du don. Parfois le beau geste induit une forme de réciprocité, tout comme le don. On peut en voir un bel exemple dans la scène du lavement des pieds, geste courant du rituel d’hospitalité mais mal accepté par l’apôtre Pierre qui, du coup, dans le tableau de Duccio, lui répond par un autre geste, courant de nos jours encore au Proche-Orient et qui consiste à se porter la main sur la tête en signe de soumission assumée, comme pour dire : « Toi, tu me coiffes d’une large tête ».

Jacques Munier

études
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Revue Etudes N°4209

http://www.revue-etudes.com/archive/issue.php?page=last

Avec un dossier sur l’homosexualité et la morale chrétienne, alors qu’un récent synode a fait apparaître le poids des conservateurs chez les évêques, alors même que, comme le rappelle le théologien et dominicain Laurent Lemoine « le pape François s’est prononcé en faveur d’une meilleure intégration sociale des personnes homosexuelles », faisant tout de même bouger les lignes. Je signale également dans ce N° la belle contribution de Paul Valadier sur les pensées du social d’Hannah Arendt et Simone Weil, ce qui m’offre une transition pour saluer la naissance d’un nouveau mook consacré aux spiritualités et aux sagesses du monde : Ultreïa , http://revue-ultreia.com/, qui propose dans sa première livraison de revenir sur les pas de Simone Weil en Italie où, de retour de la guerre d’Espagne où elle s’est engagée dans les rangs des républicains et où elle a été blessée, elle va faire une expérience intérieure bouleversante. Dans le même N° un grand dossier sur la question de la sagesse universelle : existe-t-elle ou demeure-t-elle perpétuellement à l’état de projet, celui de la « philosophia perennis » ? A retrouver quelques grandes figures comme l’anthropologue de l’imaginaire Gilbert Durand, René Guénon et la pensée symbolique ou la quête soufie d’Isabelle Eberhardt, les chroniques (Olivier Germain-Thomas, Fabrice Midal, Bertrand Vergely ou l’excellent islamologue spécialiste du soufisme Eric Geoffroy) et le port folio : le Tibet secret de Frédéric Lemalet

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