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La corruption sous la Ve République / Revue L’Economie politique

4 min
À retrouver dans l'émission

Yvonnick Denoël et Jean Garrigues (dir.) : Histoire secrète de la corruption sous la Ve République (nouveau monde éditions) / Revue L’Economie politique N°64 Dossier Qu’est-ce qu’un bon impôt ?

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Le livre donne le tournis. Depuis les années De Gaulle jusqu’à nos jours, les affaires de corruption dans le monde politique n’ont cessé de se développer. Rien n’y fait, ni l’alternance politique, ni les lois anticorruption votées à l’initiative du gouvernement Rocard, ni la vigilance accrue de la presse, de la Justice et de la société civile. Financement des partis politiques, comptes de campagnes électorales en inflation constante, comptes offshore, emplois fictifs, résidences d’élus, truquages de marchés publics, les causes et les moyens ne varient guère même si ceux-ci ont tendance à adopter des formes plus sophistiquées et moins voyantes face à la pression de l’opinion publique et des juges. Le phénomène n’est pas, tant s’en faut, uniquement français mais les auteurs évoquent, à titre d’explication, une sorte « d’exception française » : la culture de caste de nos élites politiques, entretenue par les lieux de formation, où l’éthique de la conviction, le sens du bien commun, s’efface le plus souvent au profit d’une éthique de la responsabilité dévoyée, qui amène à tolérer des sources impures de financement pour faire aboutir les idées auxquelles on croit, et qui fait de l’opacité et de l’impunité la règle commune. Le comportement électoral des français est d’ailleurs à cet égard souvent déroutant, eux qui réélisent sans barguigner des politiques condamnés, comme s’ils se reconnaissaient dans ces champions de l’arnaque, seulement coupables à leurs yeux de s’être fait prendre ou d’être parvenu à un stade supérieur de fraude. Évidemment ces affaires ne concernent pas la totalité de la classe politique mais seulement quelques « brebis galeuse ». La formule « tous pourris » est donc excessive. Mais « tous complaisants », par esprit de caste, par abaissement du seuil de tolérance morale, s’impose sans conteste à la lecture de ce livre. Même le général de Gaulle, qui avait fait installer un compteur électrique dans ses appartements de fonction à l’Élysée pour éviter de faire payer au contribuable l’électricité consommée en dehors de ses heures de travail n’a pu empêcher les scandales immobiliers qui ont entaché sa mandature, le financement occulte de son parti par Dassault ou Bouygues et les comptes secrets de la « Françafrique ».

Pour le code pénal, la corruption recouvre « les offres, dons, présents consentis pour obtenir un acte relevant d’une fonction publique, une distinction, un emploi, un marché ». Les entreprises corruptrices appartiennent le plus souvent aux secteurs du bâtiment et des travaux publics, de l’armement, de l’énergie – en particulier le pétrole – la grande distribution et les géants de l’eau dont – je cite « le savoir-faire en matière d’arrosage n’est plus à démontrer ». Aujourd’hui, l’obligation pour les élus de déclarer leur patrimoine permet de réduire l’enrichissement personnel mais les réseaux de l’évasion fiscale fonctionnent également pour dissimuler les gains provenant de la corruption. Les changements de majorité ne font que rebattre le jeu de l’affairisme, tout en maintenant souvent les mêmes personnages interlopes d’intermédiaires, comme Adnan Khashoggi, courtier en matériel de défense et en rétrocommissions sous différents gouvernements de droite comme de gauche, et discret bailleur de fonds des partis politiques de la majorité, quelle qu’elle soit. Lorsque Valéry Giscard d’Estaing est arrivé au pouvoir, c’était comme pourfendeur de la République des « copains et des coquins » mais l’affaire des diamants offerts par Bokassa, qui lui a sans doute coûté sa défaite aux présidentielles de 1981 a occulté le fonctionnement très clanique de sa famille lorsqu’il était aux affaires. Parvenue au pouvoir, la gauche avait suscité de grandes espérances à cet égard mais comme le montrent les affaires des années Mitterrand, c’est la continuité qui s’est imposée. Aujourd’hui le Front National a beau jeu d’endosser le rôle de chevalier blanc alors qu’il n’exerce pas le pouvoir, mais les sources de son financement sont tout aussi opaques et les auteurs étudient le cas des villes conquises en 1995 où l’on retrouve peu ou prou les mêmes schémas de clientélisme, népotisme, emplois fictifs et corruption. Sur les quatre maires FN de Vitrolles, Toulon, Orange et Marignane, trois ont été condamnés et le quatrième attend de passer en jugement !

Jacques Munier

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Revue L’Economie politique N°64 Dossier Qu’est-ce qu’un bon impôt ?

http://www.leconomiepolitique.fr/qu-est-ce-qu-un-bon-impot-_fr_pub_1326.html

C’est évidemment la question à poser face au problème de l’évasion fiscale. Dans l’entretien accordé à la revue Michel Aujean, ancien Directeur des analyses et politiques fiscales à la Commission européenne, estime qu’en France l’impôt sur le revenu est « extrêmement faible » : « il rapporte à peu près le tiers de la moyenne européenne » mais que la CSG vient compenser, ce qui nous place au total légèrement en dessous de cette moyenne. Il relève que la TVA, impôt indirect, est relativement inefficace à cause des taux réduits et de toutes les exonérations, et que « les ménages aisés sont ceux qui tirent le plus grand bénéfice des taux réduits ».

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