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La fabrique du sens syndical / Revue Savoir/agir

4 min
À retrouver dans l'émission

Nathalie Ethuin et Karel Yon (ss. dir.) : La fabrique du sens syndical. La formation des représentants des salariés en France (1945-2010) (Éditions du croquant) / Revue Savoir/agir N°27 Dossier Syndicalismes en lutte (Éditions du croquant)

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C’est un excellent poste d’observation de la construction du sens de l’action syndicale, de la mise au point des options stratégiques et idéologiques des différentes organisations syndicales, comme de leurs évolutions à l’égard de l’héritage culturel dont elles sont dépositaires. Chaque année, des dizaines de milliers de salariés suivent des stages de formation syndicale, qu’ils soient élus aux comités d’entreprise, délégués du personnel ou en charge des négociations collectives. Au départ conçus dans l’esprit de l’éducation populaire dans les années 20 et 30, ces stages se sont progressivement spécialisés à mesure que s’étoffaient les responsabilités des représentants des salariés, en particulier à partir des années 50 avec les nouvelles fonctions confiées aux syndicalistes au sein des comités d’entreprise, de la Sécurité sociale ou des commissions paritaires de la fonction publique. Aujourd’hui la technicité de ces formations s’est encore accrue du fait de l’inflation juridique du droit du travail et des entreprises, et de leur intégration croissante au marché mondial. Cette injonction au professionnalisme a été renforcée par la loi dite « de rénovation de la démocratie sociale » adoptée en 2008, qui oblige les grandes entreprises à intégrer l’expertise syndicale dans les négociations relatives à la gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences. Mais ces stages fonctionnent toujours comme ce qu’ils étaient dès le départ : de remarquables écoles de démocratie.

L’ouvrage comporte une partie historique où sont analysées les évolutions en matière de formation et de positionnement idéologique de quelques grandes organisation : la CGT, FO, la CFDT, la CFE-CGC, les syndicats enseignants, et il aborde également le rôle de la Confédération européenne des syndicats auprès des institutions européennes ainsi que la nature particulière de la formation dispensée par l’Institut européen de formation syndicale, avec la confrontation de cultures syndicales différentes et la communication interculturelle que cet Institut met en œuvre afin de réduire les malentendus causés par les variations culturelles de perception des problèmes. Ici les thématiques de la formation témoignent également d’une ouverture sur les questions internationales : la mondialisation, la crise financière ou le développement durable. Et la nécessaire harmonisation des différences constitue une expérience supplémentaire car elle impose la neutralité politique et son maître-mot est la recherche du consensus. Commentaire d’un militant CGT : « On apprend le consensus. C’est nouveau pour nous, ça ne nous fait pas de mal ».

Dans sa deuxième partie l’enquête tourne à l’observation participante, on entre avec les auteurs dans la réalité sociale de ces stages de formation, leur organisation concrète, et dans la nature des contenus. À la CGT, si la référence à la théorie marxiste de l’exploitation capitaliste est conservée, aux représentations en terme de « lutte des classes » s’est substituée une analyse de la diversité, voire de l’éclatement du salariat à travers ses catégories : ouvriers, employés, agents de maîtrise, ingénieurs, cadres, mais aussi les femmes, les jeunes, les immigrés, les retraités, les chômeurs ou les précaires. De nouveaux enjeux émergent, comme à SUD-PTT la question des rapports sociaux de genre, qui révèle l’engagement dans l’action syndicale de militantes de la mouvance féministe. Le thème de la souffrance au travail a recyclé et reformulé une vieille question syndicale, celle des conditions de travail. Et avec le développement du dialogue social, les formations à la négociation collective mettent en exergue, suivant les options syndicales qu’on peut aisément identifier, les figures du « médiateur », du « juriste » ou de « l’économiste ».

Jacques Munier

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Revue Savoir/agir N°27 Dossier Syndicalismes en lutte (Editions du croquant)

http://croquant.atheles.org/revuesavoiragir/revuesavoiragirn27/

Dossier coordonné par Nathalie Ethuin et Karel Yon

Un tour d’horizon européen des mouvements sociaux. Contrairement à une idée répandue, il n’y a pas qu’en France qu’on fait grève. Dans les stages de formation, on insiste fermement sur le fait que la grève n’est pas un outil de négociation, mais n’intervient que lorsque celle-ci est dans l’impasse. Le sens de la grève a d’ailleurs évolué. Elle sert de plus en plus à exercer une pression politique sur les gouvernements plutôt qu’une pression économique sur les employeurs du secteur privé. Et ses enjeux sont plus souvent d’ordre général : les réformes du marché du travail, du modèle social ou du statut des travailleurs du secteur public. Avec la crise et les politiques d’austérité la grève générale revient en force, comme en Grèce, en Espagne ou au Portugal

Au sommaire :

  • Les formes contemporaines de l’activité gréviste en Europe occidentale : la domination de la grève politique de masse, par Gregor Gall

  • Les syndicats dans le capitalisme financier européen : Le cas allemand, par Hans-Jürgen Urban

  • Les mouvements sociaux dans le Brésil de Lula et Dilma : quelle place pour le syndicalisme ?, par Andréia Galvão

  • Le syndicalisme en (dans la) crise. Quelques réflexions à partir des réformes du marché du travail en Espagne, par Adoración Guamán et Francisco Trillo

  • Une mobilisation syndicale traversée par le souffle des Indignés ? La « marée verte » dans le secteur de l’éducation à Madrid, par Sophie Béroud

  • Le syndicalisme français en proie à la logique des « camps », par Jean-Marie Pernot

  • Se syndiquer pour l’indépendance : quelques remarques à propos de l’Union Générale des Travailleurs de la Guadeloupe, par Pierre Odin

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