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La fièvre de l’ayahuasca en forêt amazonienne / Revue Terrain

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À retrouver dans l'émission

Jean-Loup Amselle : Psychotropiques. La fièvre de l’ayahuasca en forêt amazonienne (Albin Michel) / Revue Terrain N°61

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L’ayahuasca est un breuvage à base de lianes, traditionnellement préparé par les chamanes des tribus indiennes d’Amazonie, une décoction aux propriétés curatives, purgatives, psychotropes et, associée à une autre plante, la chacruna, elle devient hallucinogène. La « fièvre » dont parle Jean-Loup Amselle, c’est celle qui s’est emparée de toute une population de nouveaux touristes occidentaux en quête d’expériences initiatiques et de spiritualité New Age , une demande croissante qui a créé, à l’époque du tourisme de masse, les conditions d’une véritable industrie, dont l’anthropologue étudie le processus de production et les filières, le marketing multimédia et les grandes figures chamaniques. Afin de tenter de répondre à cette question : comment le Sud soigne-t-il le Nord ? Puisque le même phénomène de tourisme mystique et psychotropique se produit en Afrique avec une autre drogue : l’iboga.

Mais d’abord le symptôme. Il est à replacer dans son contexte, celui de la fin des grands récits, du déclin du rationalisme et de ses conséquences sociétales : fragmentation sociale, individualisme et repli sur soi, multiculturalisme et culte de la Nature. L’auteur en voit les signes avant-coureurs dans le tournant opéré par le dernier Foucault, celui du « souci de soi », titre du troisième tome de l’Histoire de la sexualité , qui redécouvrait les sagesses de l’Antiquité tardive, inspirées par le stoïcisme et l’épicurisme. « Selon une tradition qui remonte fort loin dans la culture grecque – affirme le philosophe – le souci de soi est en corrélation étroite avec la pensée et la pratique médicales ». La philosophie comme un art de l’« exercice spirituel », la formule a fait la fortune des « cafés-philo » et autres « universités populaires », quelque part entre le divan déserté et les incantations du développement personnel. Pour l’auteur, il convient d’ajouter au tableau le stade actuel du capitalisme addictif, celui qui exerce son pouvoir de séduction et de subornation par la consommation érigée en « impératif catégorique ». Le phénomène du tourisme psychotropique dérive aussi d’un comportement de consommateur.

Cette mode commence également à toucher les élites intellectuelles et artistiques sud-américaines, qui ont troqué l’espérance révolutionnaire contre cette forme de spiritualisme ethno-écolo-bobo . L’anthropologue colombienne Alhena Caicedo-Fernandez esquisse une réponse à la question du type de solution thérapeutique et spirituelle que ceux-ci pensent trouver auprès des chamanes. Selon elle, ce serait « l’altérité radicale qui guérit » et le chamane en tant qu’Indien essentialisé et figure antithétique des classes supérieures urbaines, « bon sauvage de la jungle amazonienne », qui détiendrait l’efficacité symbolique de la guérison. Jean-Loup Amselle apporte à cette analyse une nuance significative. Dans le discours des promoteurs de la « foi chamanique », ce sont les plantes qui possèdent ce pouvoir, dont les chamanes seraient les intercesseurs qualifiés. L’un d’entre eux, qui organise depuis l’Europe l’expédition de toxicomanes en Amazonie, vante même la « psychanalyse sans transfert » que représenterait la prise d’ayahuasca et il est vrai que de nombreux candidats à l’initiation se disent insatisfaits de l’offre psychothérapeutique en Europe. C’est donc, conclut l’auteur, du côté de la nature qu’il faudrait chercher le principe de la guérison, une nature largement fantasmée, devenue le « substitut du pouvoir thérapeutique de l’agent humain ».

Jacques Munier

Vous auriez pu parler des Cahiers d’Études africaines que dirige Jean-Loup Amselle mais vous avez choisi de revenir sur un article de la revue Terrain, dont le N°61 est consacré au rire

Cahiers d’Études africaines 209-210 | 2013 Masculin pluriel

Retrouver le N° 211 :

http://etudesafricaines.revues.org/14492

rires
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Terrain N°61 Rires (Editions MSH)

http://www.msh-paris.fr/news/news/article/terrain-n61-rires/

Pierre Clastres (La Société contre l’Etat) L’humour dans les mythes amérindiens, en l’occurrence ceux des Indiens Chulupi qui vivent dans le sud du chaco paraguayen Le chamane grivois et le jaguar idiot, qui se laisse berner par tous les animaux qu’il essaie d’imiter, alors que l’un et l’autre inspirent respect et crainte en réalité…

Le mythe instrument de démystification et la fonction cathartique du rire : « une passion des Indiens : l’obsession secrète de rire de ce que l’on craint »

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