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La Fin du monde / Revue Arts sacrés

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Bernard Sergent : La Fin du monde. Treize légendes des déluges mésopotamiens au mythe maya (Librio) / Revue Arts sacrés N°20 Dossier La fin des temps

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Bernard Sergent : La Fin du monde. Treize légendes des déluges mésopotamiens au mythe maya (Librio)

Bernard Sergent est spécialiste des mythes grecs et celtes, dont il a notamment analysé les Panthéons dans une perspective comparatiste et c’est celle qu’il a également adoptée dans cette étude des récits légendaires décrivant la fin du monde. Première constatation : la plupart d’entre eux parlent au passé, ils servent à raconter la genèse de l’humanité après une catastrophe fondatrice et très peu ont une visée prophétique. Parmi ceux qui affichent un caractère de prédiction, il y a bien l’Apocalypse de Jean, qui clôt le Nouveau Testament et annonce le Jugement dernier ainsi que la « parousie », la béatification finale des bonnes âmes. Mais ce n’est pas le cas des prophéties du Chilam Balam , malgré son titre – il y a bien des prophéties mais elles ne concernent pas l’apocalypse - ce texte invoqué par les farfelus qui se basent sur une interprétation abusive du calendrier maya pour nous garantir la fin du monde dans 18 jours, soit le 21 décembre 2012. Comme le montre l’anthropologue américain John Hoopes dans un entretien publié dans le dernier N° du mensuel Books, c’est une date trouvée sur le monument 6 du site de Tortugero qui est à l’origine de cette rumeur, avantageusement relayée par internet, la télévision ou les jeux vidéo comme Civilization ou Tomb Raider , sans compter le millier de livres publiés sur la prétendue prophétie. Cette date, qui indique le chiffre 13.0.0.0.0. et qui n’évoque nulle part la fin du monde, si on la transpose dans notre calendrier donne bien le 21 décembre prochain. Le comput du calendrier maya permet de décompter les jours depuis la création du monde, il y a environ 5125 ans. Il est divisé en cycles de 144 000 jours et nous serions aujourd’hui à la toute fin du 13ème cycle, donc tout près de mettre le compteur à zéro puisqu’il s’agit d’un décompte rétroactif. Mais pour l’anthropologue, cet engouement pour l’Apocalypse doit être considéré pour ce qu’il est : un phénomène de croyance collective à l’heure de la communication de masse, qui pourrait éventuellement nous éclairer sur la manière dont se forme un mouvement religieux. Il rappelle que les adventistes du septième jour et les témoins de Jéhovah sont nés de la prophétie de William Miller qui affirmait que le Christ allait revenir parmi nous en octobre 1844…

La deuxième constatation faite par Bernard Sergent, c’est que les ingrédients du cataclysme final proviennent en général de l’environnement familier aux prophètes de malheur et au cycle des saisons. Ainsi le déluge, décrit par les mythes mésopotamiens et par le récit biblique, une inondation torrentielle auquel les Grecs ont précisément donné le nom de kataklusmos . Dans le Coran, révélé à un bédouin du désert d’Arabie, il n’est évidemment pas question de ciel qui s’ouvre pour déverser des trombes d’eau mais logiquement d’une dévastatrice tempête de sable qui anéantit les ‘Ad, un peuple vraisemblablement mythique pratiquant le culte des idoles. De même, pas de déluge, ni d’eau ni de feu dans les mythes africains mais une dévorante courge géante qui avale sans coup férir des populations entières, voire l’humanité au complet. Seul un bélier qui affronte tête baissée la cucurbitacée surdimensionnée lui fait rendre gorge, la fendant en deux d’un coup de corne ajusté et provoquant le saignement qui va teindre la peau des hommes en leur donnant différentes couleurs. Bernard Sergent relève bien quelques récits de déluge ou d’incendie en Afrique occidentale ou en Afrique du Sud mais dans toute la région sahélienne, c’est plutôt cette sorte de « mère dévorante » qui assure le renouvellement de l’humanité en prenant dans certains cas l’apparence d’une calebasse. Et les pluies, même diluviennes, seraient plutôt synonymes de bienfait dans la partie la plus aride du continent. On retrouve d’ailleurs cette image d’un légume contenant l’humanité à venir dans de nombreux récits du sud-est asiatique. Une courge mais aussi un haricot replet. Dans certains cas ce sont les pépins qui assurent la diversité ethnique : Chinois, Siamois, Cambodgiens, Vietnamiens, montagnards, à chacun son pépin.

Bernard Sergent rappelle que la relation des peuples premiers aux forces naturelles et au bon vouloir de la météo ou du volcan tout proche était très différente de la nôtre. Qui pouvait garantir que le soleil revienne le lendemain quand il s’éloignait à l’horizon à mesure que les jours raccourcissaient ? La tradition des feux de la Saint-Jean, qui n’est pas seulement européenne mais aussi nord-africaine et en partie asiatique, cette fête qui coïncide avec le solstice d’été est la forme perpétuée d’un culte au soleil. Le rite qui consiste à sauter par dessus le brasier traduit en bonds et en sauts l’ardente prière adressée à l’astre pour qu’il reste toujours haut dans le ciel, ainsi que la peur de la nuit. C’est donc tout « naturellement » que le big bang de l’espèce humaine a été imaginé comme un chaos, une apocalypse où les éléments naturels avaient le premier rôle. Enfin, la notion d’évolution est récente, elle reste étrangère à bien des cultures et nos ancêtres exprimaient par le truchement de cet imaginaire apocalyptique un changement, une crise, un progrès ou une origine

Treize légendes, donc, comme pour apporter une caution malicieuse au treizième cycle du calendrier maya : les autres mythes analysés par Bernard Sergent sont les déluges grecs et notamment le mythe platonicien de l’Atlantide, le crépuscule des dieux dans la mythologie scandinave, les pralaya indiens et la destructrice danse de Shiva qui fait trembler le monde et s’achève dans un gigantesque incendie ou encore les quatre soleils mexicains, celui de l’eau, celui des jaguars qui dévorent tout, celui du vent et celui de la terre et des séismes. On a l’embarras du choix

Pour conclure, le jeudi 20 décembre au soir, et jusqu’à preuve du contraire, tout indique que nous pourrons dormir sur nos deux oreilles, sans pour autant oublier le réveil, bien sûr…

Jacques Munier

Revue Arts sacrés N°20 Dossier La fin des temps

Un très riche dossier iconographique sur ce phénomène qui d’après Umberto Eco est aujourd’hui plus caractéristique du monde laïc que du monde chrétien, lequel en fait plutôt « un sujet de méditation que le monde laïc feint d’ignorer mais qui le hante ». Depuis le cycle des Beatus dans l’Eglise mozarabe d’Espagne et la place qu’occupe le Livre de l’Apocalypse dans la liturgie pascale jusqu’à la vidéo de Marco Bambrilla intitulée Civilization , en passant par les représentations de la fin du monde dans l’art islamique. Si du côté chrétien, on ne sera pas surpris de voir que l’empire du mal, c’est l’islam, les musulmans ne sont pas en reste, qui voient dans la descente de Jésus sur le minaret de la mosquée le signe assuré du début de la Fin. Sur ce sujet on peut lire dans ce numéro un entretien avec Jean-Pierre Filiu, l’auteur notamment d’Apocalypse dans l’Islam (Fayard)

Et aussi les magnifiques sculptures de Jugement dernier au fronton des portails d’églises ou de cathédrales, comme à l’Abbatiale Sainte-Foy de Conques le braconnier qui se fait rôtir à la broche par un lapin ou le chanteur paillard qui se fait arracher la langue

Jérôme Cottin analyse les gravures visionnaires de Dürer inspirées par l’Apocalypse

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