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La France des cités / Revue vacarme

6 min
À retrouver dans l'émission

Jacques Donzelot : La France des cités. Le chantier de la rénovation urbaine (Fayard) / Revue Vacarme N°63 Dossiers Biens communs : une utopie concrète

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Le constat s’impose : après avoir été une solution, la cité est devenue un problème. A l’époque faste des Trente Glorieuses, les cités ont constitué un incontestable progrès par rapport à l’habitat insalubre et confiné des quartiers populaires des villes, asphyxiés par l’afflux de populations poussées par l’exode rural et attirées par l’essor industriel et ses emplois. La cité sociale avait été pensée par l’architecture moderne depuis les années 30 et dans tous les pays développés sur le modèle de l’urbanisme fonctionnel , qui consistait en l’art de séparer, et d’attribuer un espace propre aux quatre grandes fonctions de la ville industrielle : l’habitat, la production, le commerce et les loisirs, et enfin les transports. Les habitants suffisamment âgés pour s’en souvenir en conçoivent tous une véritable nostalgie. Qu’ils soient venus de la campagne, du logement exigu et vétuste d’un centre-ville engorgé ou d’un bidonville, ils n’ont pas oublié le bonheur qu’ils ont éprouvé jadis dans ces nouveaux quartiers aérés et spacieux, dans les appartements lumineux d’immeubles où s’étaient reconstituées les solidarités villageoises, sans le caractère parfois étriqué des relations de village, ou au contraire l’anonymat des grandes villes. On connaît les principales raisons du déclin de cette utopie sociale : la désagrégation du tissu industriel, la mutation de l’activité économique dont les emplois exigent des qualifications plus poussées et qui sont attribués à des personnes qui n’habitent plus ces quartiers, lesquels connaissent un chômage grandissant, aggravé par l’échec scolaire, la raréfaction des transports, la fuite des commerces. Résultat : des familles qui se replient à l’intérieur des appartements, des espaces communs occupés par des jeunes désœuvrés qui se livrent à des trafics illicites et marquent leur territoire par toute sorte de violences et d’incivilités, et pour finir la « cité radieuse » dégradée en ghetto repoussant.

Jacques Donzelot a observé sur le terrain les effets pas toujours concluants des politiques de rénovation urbaine, qui consistent – je cite – à « rattacher les quartiers d’habitat social à la ville par une diversification des logements qui en banalise l’apparence, par une nouvelle trame urbaine qui les rende plus transparents au regard extérieur et qui branche leurs habitants plus aisément sur les voies de circulation et les moyens de transport collectif de l’agglomération dont ils relèvent ». De Strasbourg à Villiers-le-Bel en passant par Lyon, Bordeaux et Rouen, il a étudié les projets, les réalisations et surtout rencontré les habitants, auprès desquels il a pu constater cet attachement paradoxal aux lieux lorsque des démolitions étaient entreprises. Un travail sur la mémoire est d’ailleurs engagé dans la plupart des cas pour recueillir les témoignages, et pas seulement dans une intention « thérapeutique ». Cette valorisation du passé prend tout son sens « depuis – dit-il – que la thématique du progrès a cédé la place à celle du changement, c’est-à-dire d’un avenir qui n’apparaît plus comme le prolongement heureux du passé, son accomplissement, mais comme le fait d’une adaptation à la mondialisation, comme beaucoup plus subi que voulu, et moins porteur d’espoir que porté par la nécessité ». Il est donc primordial en matière de rénovation urbaine, d’être à l’écoute des habitants qui, tous, expriment leur préférence pour la spécificité de ces quartiers par rapport à la ville. On y est plus « détendu », moins « stressé », moins circonvenu par les appels à consommer… A mi-chemin entre la ville anonyme et la campagne apaisante.

Le sociologue analyse en détail chaque projet, dont il constate les réussites ou les échecs, les effets inattendus ou les insuffisances. Mais ses analyses sont orientées par une conception d’ensemble de l’évolution qui a fait basculer l’utopie sociale de la cité dans l’enfer et la relégation du ghetto. Selon lui, la question urbaine a changé de nature. A l’origine, elle se posait en termes de solution à apporter à des flux de population qui submergeaient les capacités des lieux, avec toutes les nuisances dues à l’exiguïté et à l’insalubrité qui poussaient les gens à préférer vivre au dehors, une tendance néfaste pour la vie de famille que l’on résumait dans l’adage hugolien « les hommes au bistrot, les femmes au trottoir et les enfants à la rue ». La situation était alors également celle d’une confusion des lieux d’habitation et des lieux de travail, ateliers ou usine, confusion aggravée par le rôle du bistrot qui servait à la fois de lieu de débauche et de lieu d’embauche. Jacques Donzelot rappelle aussi que l’ordre public se trouvait ainsi à la merci du moindre mouvement d’humeur de la population ouvrière qui, vu la promiscuité des lieux, pouvait se propager dans toute la ville à la vitesse de l’éclair. Tous ces éléments restent présents à l’esprit des urbanistes jusque dans les années 50. C’est dans cette perspective que s’inscrivent les schémas de l’architecture fonctionnelle, avec leur obsession de séparer les fonctions et de réduire le rôle des flux. Mais aujourd’hui la situation s’est inversée. Nous sommes passés du modèle de la ville industrielle à celui de la ville des flux , selon l’expression d’Olivier Mongin dans un livre à paraître prochainement, et où les cités souffrent de leur déconnexion d’avec le monde urbain environnant. Le problème n’est plus de trouver un logement correct, mais que celui-ci se trouve dans un lieu pas trop désenclavé, pour donner accès aux flux qui conduisent vers les meilleures opportunités. Autrement dit les flux l’emportent désormais sur les lieux. Et c’est pourquoi Jacques Donzelot plaide pour une citoyenneté urbaine , dont il donne de nombreux exemples, en lieu et place de la citoyenneté sociale qui était l’horizon de politiques publiques qui sont en passe de s’exténuer.

Jacques Munier

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Revue Vacarme N°63 Dossiers Biens communs : une utopie concrète

A égale distance de l’Etat et du marché les auteurs proposent un manuel à l’usage de tous ceux qui veulent se réapproprier les communs, les communaux, les espaces collectifs. « L’intérêt commun ne préexiste pas – disent-ils – il émerge dans sa radicalité par les pratiques de décision et de gestion collective » et c’est exactement ce qu’illustre à Grenoble la constitution du groupe Echo (Espace des communautés et habitants organisés), qui, au lendemain des émeutes du quartier de la Villeneuve, en août 2010, ont entrepris de fédérer les associations en une « alliance citoyenne » pour prendre en main la gestion de leur quotidien comme le rappelle Jacques Donzelot dans son enquête.

Plus généralement, des terres cultivées aux logiciels libres ou l’internet en passant par l’eau, les forêts, la santé ou l’éducation, Vacarme se fait ici l’écho et le porte-voix des luttes dans le monde entier pour reprendre la main sur la gestion collective du bien commun.

http://www.vacarme.org/

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