LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

A la gauche du Christ / Revue Esprit

6 min
À retrouver dans l'émission

Denis Pelletier , Jean-Louis Schlegel (dir.) : A la gauche du Christ. Les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours (Seuil) / Revue Esprit N° 387, Août-septembre 2012, Dossier Simone Weil notre contemporaine

esprit
esprit
gauche Christ
gauche Christ
gauche Christ
gauche Christ

Denis Pelletier, Jean-Louis Schlegel (dir.) : A la gauche du Christ. Les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours (Seuil)

C’est à partir de l’épreuve de la Résistance, et de la « mystique de l’unité » qu’elle a engendrée à la Libération, qu’est né le courant de ceux que François Mauriac appelait les « chrétiens de l’autre bord ». L’académicien et prix Nobel, qui rêvait de construire avec eux un « socialisme humaniste », avait notamment pris fait et cause pour le mouvement des prêtres ouvriers, symboles de ces hommes et femmes engagés au nom de leur foi et qui avaient fait de leur appartenance religieuse le motif de leur engagement, et il avait rendu compte dans ses articles de l’aventure de ceux qui incarnaient, selon lui « l’esprit franciscain adapté aux exigences de l’ère industrielle ». C’est donc l’histoire, tout à la fois politique, sociale et syndicale mais aussi intellectuelle et religieuse de tous ceux qui se sont donné pour ambition de réformer d’un même élan la société et leur église que retracent les auteurs de cet important ouvrage. Du coup, il peut aussi être lu comme une enquête approfondie sur l’évolution des rapports entre le politique et le religieux dans le contexte de la sécularisation de la société française, car en se fondant dans le « peuple de gauche » jusqu’à finir par y perdre leur visibilité, ils auront contribué à l’effacement du religieux à l’horizon de notre société moderne.

Les auteurs prennent soin de distinguer dans cette mouvance les catholiques et les protestants, dont la tradition politique s’est très tôt identifiée à la gauche. Patrick Cabanel rappelle que, contrairement à ce qui se passe partout ailleurs, où la culture puritaine, jointe au conservatisme politique et au libéralisme économique – en somme l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, comme disait Max Weber – ont inspiré un engagement à droite, en France c’est une tradition rebelle et huguenote qui s’est formée, s’inscrivant tout naturellement à gauche. Le meilleur symbole en est la cohorte des ministres protestants entourant François Mitterrand au cours de ses deux mandats, de Gaston Defferre à Lionel Jospin en passant par Michel Rocard ou Pierre Joxe et bien d’autres. Les catholiques, quant à eux, ne peuvent revendiquer un tel héritage. Car les quelques figures et courants qui peuvent le constituer – Marc Sangnier et les démocrates chrétiens du Sillon ou le dreyfusisme de la Ligue catholique pour la défense du droit – ceux-là ont été marginalisés par la guerre des deux France, la « cléricale » et la « laïque ». Et cette partition s’est confirmée sous l’Occupation, où la presque totalité de l’épiscopat a fait allégeance à Vichy. Il reste que c’est sur ce double terreau qu’est née cette gauche chrétienne qui s’affirme à la Libération dans le sillage de la Résistance : le protestantisme politique et le catholicisme social.

Dès lors, on les verra s’engager sur tous les fronts de l’époque : la décolonisation et le combat contre la guerre d’Algérie, avec la figure d’André Mandouze, le pied-rouge et spécialiste de Saint-Augustin à l’université d’Alger, mais aussi le dialogue avec le marxisme du jeune Paul Ricoeur ou d’Emmanuel Mounier, le fondateur de la revue Esprit, et même la cause des femmes, défendue par la sœur Françoise Vandermeersch, les cheveux au vent et revêtue de son blouson sombre, ou encore le droit au logement avec l’abbé Pierre. Il y aura même, on le verra, mai 68. Et c’est dans le monde du travail et du syndicalisme que cette présence des chrétiens de gauche sera la plus large. D’abord en milieu rural, où des organisations comme la Jeunesse agricole catholique, la version champêtre de la JOC, la Jeunesse ouvrière chrétienne, ont accompagné la « révolution silencieuse » qui aboutit à ce qu’Henri Mendras appelle « la fin des paysans ». Puis dans le syndicalisme ouvrier et les débats sur l’autogestion.

Franck Georgi consacre sa contribution aux deux plus emblématiques syndicats chrétiens, la CFTC et la confédération qui en est issue, la CFDT. Mais il se demande si celle-ci, née en 1964 de la laïcisation de la CFTC peut encore être considérée comme l’expression syndicale du catholicisme de gauche. Il cite un article de Pierre Rosanvallon dans la revue Esprit sur l’identité de la CFDT, que celui-ci lie au contraire au rejet de la « culture chrétienne de gauche », caractérisée par une approche « sentimentale » du politique et par un « complexe de culpabilité » par rapport au communisme. Au départ, c’est-à-dire au lendemain de la Grande Guerre, la CFTC était avant tout une organisation d’employés, dont la référence religieuse chrétienne plutôt que catholique était destinée à permettre l’intégration des protestants d’Alsace-Lorraine. Le noyau idéologique de l’organisation reposait sur la référence au texte fondateur de la doctrine sociale de l’Eglise, l’encyclique Rerum Novarum de 1891 et apparaissait ainsi étranger à la tradition ouvrière française. Mais des éléments issus de la JOC, la Jeunesse ouvrière chrétienne allaient y installer une minorité de gauche, qui devait paradoxalement renforcer la dimension confessionnelle de l’organisation et bousculer son esprit « employé » sous l’effet de l’ouvriérisme assumé de la JOC. Qui restera, contrairement à la référence confessionnelle que la Reconstruction entamée à la Libération finira par évacuer, sauf du nom. Et c’est ainsi que naîtra la CFDT en 1964, où la référence démocratique s’est substituée à la référence religieuse, comme le « D » au « C »…

En mai 68, Michel de Certeau, par ailleurs réservé sur les usages politiques de la théologie, verra une révolte symbolique qui brise l’ordre du langage pour poser les fondements d’une nouvelle culture et cette révolte prend selon lui la forme d’une révélation, et la génération 68 aura accompli le passage d’une société industrielle à la société d’individus qui se construit encore aujourd’hui.

Jacques Munier

Jean-Paul II et surtout Benoît XVI : fin de la parenthèse, la réforme de l'Eglise devenue restauration ?

Ces chrétiens, on les retrouve aujourd’hui à l’œuvre sous d’autres bannières, dans le mouvement altermondialiste ou chez les Verts et toujours évidemment au Parti socialiste

Revue Esprit N° 387, Août-septembre 2012, Dossier Simone Weil notre contemporaine

Jean-Louis Schlegel, sociologue des religions, est membre du comité de direction de la revue Esprit, dont le fondateur, Emmanuel Mounier est une des figures de référence de l’engagement des catholiques à gauche (revue fondée en 1932)

Simone Weil et les grands thèmes de sa pensée Le travail, la décolonisation et la pensée du malheur, au regard de notre monde actuel, mais aussi Simone Weil et ses grands contemporains et lecteurs, Camus, Blanchot, Orwell et Lévinas

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......