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La marchandisation de Dieu / Revue Socio-Anthropologie

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Lionel Obadia : La marchandisation de Dieu. L’économie religieuse (CNRS Editions) / Revue Socio-Anthropologie N°28 Dossier Apocalypses (Publications de la Sorbonne)

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L’approche économique du fait religieux est un domaine émergent, même s’il a des précurseurs. Il renvoie aux deux sens du mot économie : celui de science économique, et il désigne alors l’étude des religions au moyen des catégories économiques de marché, de capital et autres, mais aussi celui d’économie réelle, il concerne alors la manière dont la croyance et ses principes ou ses valeurs exercent une influence sur le comportement économique. On peut considérer Adam Smith comme le précurseur en la matière, notamment sa Théorie des sentiments moraux , où il étudie l’influence de la religion et des croyances sur l’économie. Mais la figure tutélaire de l’économie des religions, c’est évidemment Max Weber, non pas tant pour son grand œuvre sur L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme que pour son Introduction à l’éthique économique des religions universelles , où il tente de reconstituer les liens que chaque grande religion a entretenus avec l’économie, ouvrant la voie à une modélisation économique des comportements religieux.

C’est la mondialisation qui est aujourd’hui le facteur déterminant. Rien d’étonnant à cela car c’est à la fois au capitalisme et à l’expansion religieuse que la mondialisation a le plus massivement profité. Résumant le fait dans une boutade, le sociologue Jesus Garcia-Ruiz, spécialiste des nouvelles formes du religieux en Amérique Latine, affirme que « Max Weber n’est pas mort, il est au contraire au mieux de sa forme et vit actuellement à Guatemala-City ». L’éthique de la réussite sociale et économique constitue en effet un levier particulièrement efficace de l’évangélisation pentecôtiste dans cette partie du monde, traditionnellement catholique. Comme le montre Lionel Obadia, mondialisation et expansion du religieux se sont vite rencontrées, par exemple dans la montée en puissance de la finance islamique ou l’apparition d’une « finance chrétienne ». Pour la petite histoire, en guise d’illustration du pouvoir de développement économique et industriel des religions, la dernière trouvaille à la mode est un tapis de prière électrique qui s’oriente automatiquement vers la Mecque. On imagine déjà le message publicitaire : « En vacances ne partez pas sans lui ! »

Lionel Obadia cite de nombreux auteurs anglo-saxons qu’on ne devrait pas tarder à voir débarquer en traduction. Mais selon lui c’est l’économiste californien Laurence Iannacone qui, dans les années 80, a commencé à s’intéresser de près à des expressions comme « marchés religieux », « consommateurs de religion » ou « producteurs de sacré ». Selon cet auteur – je cite « les recherches sur la religion assurent à l’économie plusieurs avancées significatives : elles peuvent générer de l’information à propos de zones négligées du comportement « non-marchand » (…) et explorer la manière dont la religion (et par extension la moralité et la culture) affecte les attitudes économiques et les activités d’individus, de groupes et de sociétés ». Sa théorie économique se base notamment sur des approches quantitatives et sur des études de cas – loyauté et préférences religieuses, comportements économiques d’inspiration religieuse. De son côté le sociologue Stephen Warner a également contribué à ouvrir le champ en soulignant les potentialités des approches de la religion en termes de marché, de loi de l’offre et de la demande et de « choix rationnels ». En France, l’économiste Philippe Simonnot a également arpenté le terrain des religions. Avec des livres comme Le marché de Dieu : L'économie des religions monothéistes , ou Les Papes, l'Église et l'argent : histoire économique du christianisme des origines à nos jours (Bayard, 2005), il a appliqué à l’étude du fait religieux les outils de la science économique et notamment dans ce dernier livre, il montre comment, sur ce qu’il appelle, non sans malice, le marché de « la part bénite », le christianisme naissant va « casser les prix », c’est-à-dire les contributions en termes de droits d’entrée imposés aux fidèles – souvenez-vous, même les esclaves, les droit-communs étaient admis – pour au final se tailler la part du lion sur le marché, puis viser au monopole afin d’exploiter une rente et amortir ainsi ses coûts.

Jacques Munier

socio anthropo
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Revue Socio-Anthropologie N°28 Dossier Apocalypses (Publications de la Sorbonne)

http://www.univ-paris1.fr/fileadmin/Publi_Sorbonne/images/Le_VDP_Socio-anthropo_28.pdf

Un dossier sur les imaginaires de la fin du monde, coordonné par Alain Gras.

Bertrand Méheust revient sur le caractère à la fois énigmatique et controversé de l’Apocalypse de Jean, dont il tente d’éclairer l’expérience prophétique

Marc Berdet évoque l’apocalypse des années 30 à travers la figure de l’Ange de l’histoire imaginée par Walter Benjamin

Et deux contributions portent sur l’horizon apocalyptique esquissé par certains scénarios écologistes, notamment celle de Dominique Bourg qui analyse à la lumière de la parousie la notion d’anthropocène.

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