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La pègre déchiffrée / Les Cahiers européens de l’imaginaire

5 min
À retrouver dans l'émission

Diego Gambetta : La pègre déchiffrée. Signes et stratégies de la communication criminelle (Éditions Markus Haller) / Revue Les Cahiers européens de l’imaginaire N°6 Dossier Le fake (CNRS Editions)

gambetta
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Il y a quelques années, une Canadienne qui voulait se débarrasser de son mari trouva dans l’annuaire les coordonnées d’une société de tueurs à gages au nom sans équivoque : « Les as de la gâchette ». Ayant négligé de lire la présentation qui vantait des « Numéros spectaculaires du Far West pour congrès, soirées privées, etc. » elle se retrouva face à un policier en civil auquel elle remit 2000 dollars et qui la coffra illico. Cette histoire illustre a contrario les difficultés que connaissent les vrais truands pour se reconnaître et communiquer sans risque de se retrouver, eux aussi, face à une taupe infiltrée dans le milieu, ou encore de s’associer avec un individu peu fiable. Une opération criminelle est le plus souvent collective : les voleurs ont besoin de receleurs, les escrocs d’informateurs et les trafiquants de drogue de producteurs et de revendeurs. Diego Gambetta a étudié les tactiques employées par les voyous pour s’annoncer, se reconnaître ou s’imposer dans un contexte où – je cite « le rôle essentiel des motivations prédatrices ou protectrices (…) confère aux communications criminelles une intensité, une subtilité dont l’honnête citoyen fait rarement l’expérience ».

Le langage codé de l’argot des truands fait partie de la panoplie de la pègre et, comme on sait, il a explicitement cette fonction de reconnaissance entre soi et de dissimulation à l’égard des autres. Mais l’auteur s’intéresse ici davantage aux signaux inarticulés : attitudes, gestes, réputations, relations, toutes ces « impressions fugaces » ou ces « petits tests » qui permettent de se comprendre « sans rien dire ». Il évoque le cas célèbre de cet agent du FBI qui a infiltré la mafia new-yorkaise à la fin des années 70 sous le nom de Donnie Brasco et dont l’histoire fut portée à l’écran. Pour se faire admettre dans le milieu, il disposait déjà de qualités dues à ses origines italiennes et à son enfance passée à traîner dans les rues d’un quartier populaire, avec l’apprentissage qu’on peut y faire de compétences « qu’on ne peut pas feindre ». Outre l’histoire simple et sans passé qu’il s’est inventée – orphelin et célibataire – car « moins on dit de mensonges, moins on a de choses à mémoriser », il a su adopter dans ses travaux d’approche une « stratégie de signalisation » qu’il décrit ainsi : « De brèves présentations, de courtes conversations, des apparitions ici ou là, des allusions à vos projets, de discrètes excentricités… » Et surtout « il ne faut pas être pressé » pour établir des contacts ou obtenir des informations sur le prochain coup. Mais il a soigneusement évité l’un des principaux éléments discriminants, trop facile à vérifier, le passage par la case prison qui fait le vrai truand et compte dans son pédigrée au moins autant que les coups fumants.

L’univers carcéral, outre qu’il fournit à tous l’occasion de rencontrer les acolytes des prochaines équipées, est le lieu idéal pour s’affirmer, en imposer et accroître sa crédibilité sur le marché, surtout s’il s’agit d’un établissement de haute sécurité. On peut noter au passage que plus les conditions de détention sont dures, plus grandes les probabilités de récidive. L’auteur analyse l’occurrence et les effets de la violence en prison, d’autant plus élevée que la réputation est à construire, ce qui place en tête les maisons où le turn-over est important, où les jeunes sont nombreux ou bien encore les établissements recevant des femmes, pourtant nettement moins violentes que les hommes dans la vie mais qui disposent de ce fait d’un moindre « capital-violence » à afficher pour se faire respecter.

Toutes ces tactiques de signalisation, souvent coûteuses en termes d’investissement personnel – l’auteur évoque aussi les marques corporelles comme les blessures ou les tatouages, lesquels assurent la fidélité à un clan mais exposent à la vindicte d’autres groupes – tout cet habitus criminel a beaucoup inspiré le cinéma. Diego Gambetta rappelle quelques épisodes de cette co-production discrète, des plus triviaux lorsqu’il s’agit de tourner en paix moyennant finances à Palerme comme Francesco Rosi ou à Moscou comme Anthony Waller, aux plus glorieux, lorsque Al Capone lui-même enseignait l’art de la mitraillette à Howard Hawks. Mais le plus étonnant dans cette histoire reste l’effet-retour des films noirs sur le comportement des truands. Ainsi les assassins qui à l’image des tueurs du Parrain sont allés dégommer un mauvais payeur dans son lit d’hôpital déguisés en médecins.

Jacques Munier

fake
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Revue Les Cahiers européens de l’imaginaire N°6 Dossier Le fake (CNRS Editions)

http://www.lescahiers.eu/article

Le fake, le faux, le simulacre, l’imposture, dont Michel Maffesoli souligne le paradoxe que, dans le langage de la jeunesse postmoderne, la connotation péjorative se transforme en apologie d’un monde chatoyant, « parce qu’il n’obéit plus à l’injonction de la raison unique, de l’assignation à l’identité… »

Un inédit de Gilbert Durand, anthropologue de l’imaginaire, sur les images en miroir

Pierre Luminet : mirages cosmiques, les illusions d’optique…

« Dans la langue française, il n’y a pas de mot, pour décrire ce qui n’est pas vrai, qui ne donne en même temps à la chose une tonalité sinistre : le faux, le contrefait, l’imposture… Partout rôde la peur de corrompre le vierge, le bel original. Il n’y a pourtant plus une vérité unique, un autre paradigme s’esquisse sous nos yeux : zombies et super-héros, parcs à thèmes, univers chiffonnés et falsifications scientifiques, complotisme et cruauté de la transparence, artifices, simulacres, avatars, rêves… Et le monde vrai devint fake.

Sociologues de l’imaginaire, astrophysiciens, spécialistes du cerveau, sémioticiens, anthropologues, photographes, poètes et plasticiens apprennent aux Cahiers à déchiffrer, dans l’art contemporain, dans les sciences exactes, sur les murs de la ville, ou dans les faits divers, ce réel plus réel que la réalité. »

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