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La politique sur un plateau / Revue Le Temps des Médias

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À retrouver dans l'émission

Pierre Leroux, Philippe Riutort : La politique sur un plateau. Ce que la télévision fait à la représentation (PUF) / Revue Le Temps des Médias N°20 Dossier Nouvelles du monde (Nouveau monde éditions)

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Pour Jean-Luc Mélenchon, les amuseurs « font plus pour la politique aujourd’hui que les officiels de l’information politique », pointant notamment les belles audiences de ces talk-shows d’animateurs vedettes qui ont progressivement détrôné les émissions politiques et leurs journalistes spécialisés. Pour le dire autrement, et cette fois-ci à la manière de Thierry Ardisson, dans ce type d’émissions de divertissement, les personnalités politiques « s’expriment – je cite – devant de vrais communicants et non des talmudistes de la pensée politique. Ils se montrent plus humains et détendus ». Reste qu’on peut se demander si ce que les « communicants » désignent comme un « vecteur implicite de politisation » ne finit pas par dissoudre la politique dans le spectacle.

C’est la question posée par les auteurs, qui s’interrogent notamment sur l’efficacité du dispositif à destination des catégories de la population statistiquement les moins intéressées aux affaires publiques : les classes populaires et les jeunes, ces derniers ayant réduit de deux heures par semaine leur consommation de télévision, « ancêtre de l’internet », comme on sait. La réponse n’est pas assurée. En fait, cette évolution décrite en détail dans le livre résulte d’une convergence entre la peopolisation de la politique sous l’impulsion des conseillers en communication et le déclin progressif des émissions politiques, qui ont amené les responsables de programmes à changer de stratégie, sans qu’on puisse déterminer avec certitude qui de l’œuf ou de la poule… Le fait est que même les politiques les plus « classiques » s’y sont mis. Michel Rocard, dont on n’a pas oublié le passage chez Thierry Ardisson (« est-ce que pour vous sucer c’est tromper ? » à propos de l’affaire Monica Lewinsky), Rocard lui-même reconnaît qu’une émission politique draine moins de 500 000 auditeurs de plus de 45 ans alors que chez Ardisson ils sont 4 à 5 millions de moins de 35 ans. « Je n’ai pas le choix – s’excuse-t-il – je veux parler aux jeunes de mon pays. Et il n’y a pas d’autres lieux. »

Si la désacralisation de la politique et le refus de la langue de bois sont bien des vertus démocratiques, et un incontestables progrès citoyen de rétorquer froidement, comme Karl Zéro à une réponse convenue de Jean-François Copé : « tu me prends pour un con ? », et s’il est vrai que la politique est une affaire trop sérieuse pour être confiée aux seuls politiques, il reste que leur présence dans ces shows où l’animateur tient la vedette s’apparente davantage à la performance sur scène qu’au débat d’idées dans l’espace public. On peut alors légitimement se demander quelle place subsiste au contenu politique dans une telle dégradation du programme en message. Les auteurs se sont amusés à minuter le temps accordé à l’invité politique dans une émission comme Le Grand Journal de Canal , d’une quarantaine de minutes au total, hors publicité. Ce 19 décembre 2007, c’était Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État à l’Écologie qui jouait le rôle du politique. Après une ouverture d’une minute sur les images du ministre Jean-Louis Borloo en train de se baigner en périphérie de la conférence sur l’environnement de Bali, séquence assortie de remarques ironiques sur son maillot de bain, la secrétaire d’État disposera en tout et pour tout de 9 minutes réparties en trois séquences tout au long de l’émission qui alterne chroniques et échanges avec d’autres invités sans aucun rapport avec l’écologie. Elle pourra développer en 3 mn chrono la question du financement des mesures prises lors du « Grenelle de l’environnement ». Et pour conclure, on lui demandera quel titre elle préfère dans le répertoire de Carla Bruni. On comprend que les politiques se bousculent pour passer à France Culture…

Jacques Munier

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Revue Le Temps des Médias N°20 Dossier Nouvelles du monde (Nouveau monde éditions)

Une revue d’histoire des médias – déjà - avec pour cette livraison, des nouvelle du monde, ou comment vont et viennent les informations internationales (3 articles sur l’AFP)

Comment la maîtrise du temps et de l’espace a modifié la connaissance du monde. De l’européocentrisme de l’époque moderne à la mondialisation, les contributions analysent « les mutations des modes de médiatisation de ces regards sur l’étranger ».

Et aussi :

Elisabel Larriba

L’attrait de la presse espagnole des Lumières pour l’information internationale : El Espíritu de los mejores Diarios que se publican en la Europa (1787-1791)

« Dans quelle mesure l’Espagne des Lumières, qui est aussi celle de l’Inquisition et de la double censure (d’Etat en amont, inquisitoriale en aval), réussit-elle à s’ouvrir à l’information internationale ? Comment la presse espagnole ou du moins certains périodiques contribuèrent activement, à la fin du xviiie siècle, à la diffusion de ce type d’information. La stratégie éditoriale de l’Espíritu de los mejores diarios que se publican en Europa (1787-1791) qui, de par une démarche innovante et audacieuse (du moins en Espagne), s’attira incontestablement les grâces du public, mais fut condamné prématurément au silence en 1791, les autorités craignant alors la contagion des idées de la Révolution française. »

http://www.nouveau-monde.net/livre/?GCOI=84736100720970&fa=description

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