LE DIRECT

La question religieuse en Chine / Revue Long Cours

7 min
À retrouver dans l'émission

Vincent Goossaert, David A. Palmer : La question religieuse en Chine (CNRS Editions) / Revue Long Cours N°2 Dossier Vivre sans Dieu

long cours
long cours
religion chine
religion chine

Vincent Goossaert, David A. Palmer : La question religieuse en Chine (CNRS Editions)

La Chine n’a pas échappé au mouvement planétaire de retour du religieux et même si les différentes religions présentes sur son sol ont souffert plus qu’ailleurs de la répression, notamment durant la période maoïste et en particulier sous la Révolution Culturelle, la sécularisation forcée de la société chinoise n’a pas eu les résultats escomptés, tant s’en faut. Confucianisme, bouddhisme, taoïsme, islam et christianisme demeurent bien présents et même certaines religions minoritaires connaissent un véritable essor, comme le protestantisme qui a vu le nombre de ses fidèles multiplié par soixante depuis 1949, et ce en dépit (on est tenté de dire grâce à…) des persécutions particulièrement sévères qui n’auront finalement eu pour conséquence qu’un renforcement de la foi. Aujourd’hui le pouvoir communiste a adopté une attitude plus conciliante à cet égard, depuis quelques années on reconstruit les temples, les mosquées et les églises et de nouveaux cultes sont apparus, entre spiritualité, techniques corporelles et développement personnel, comme le Falungong avec ses millions d’adeptes, qui subissait également les foudres du pouvoir en tant que mouvement sectaire dès 1999.

Les auteurs reviennent sur la structure traditionnelle du fait religieux en Chine pour prendre la mesure des évolutions considérables qui se sont produites au cours du XXe siècle. Le pays est passé d’une situation marquée déjà par une grande diversité quoiqu’organisée sous le contrôle de l’Etat, à une succession rapide de changements, de nouveautés qui n’ont pas duré comme le culte de Mao qui s’inscrivait paradoxalement dans la tradition de l’Etat impérial, lequel se considérait mandaté par le Ciel, ou encore de renouvellements de religions traditionnelles et d’épisodes plus ou moins brutaux d’anticléricalisme. Il en a résulté – observent les auteurs – un univers religieux décentré et multipolaire, et une conséquence majeure sur une société chinoise traditionnellement structurée autour de la religion : la perte du centre de gravité et un décentrement corolaire du pays – je cite –« un Empire du milieu ayant perdu son milieu ».

A une certaine distance, les cultes traditionnels de l’époque impériale ressemblent à la religion civique de l’Empire romain, avec une diversité comparable, voire certaines formes de syncrétisme et quelques piliers communs dans cette diversité : le culte des ancêtres, ainsi que les célébrations communautaires de cultes rendus aux saints et aux divinités locales. La plupart des communautés étaient organisées autour d’un temple, dont le responsable, généralement un notable prêt à payer le prix du capital symbolique conféré par la fonction, pouvait être choisi aux enchères, par rotation, hérédité ou élection divine par tirage au sort, charge à lui d’engager un prêtre bouddhiste ou taoïste pour conduire les rituels. Les temples appartenant aux communautés cléricales – les monastères bouddhiques ou taoïstes et les académies confucéennes – étaient plutôt des centres de formation et d’étude destinés aux lettrés. Toutes les communautés partageaient des notions cosmologiques communes. Les mondes matériels et spirituels ne forment qu’un seul tout, l’univers est un système organique en constante évolution selon des lois exprimées par des symboles opératoires comme le yin et le yang . Les auteurs insistent sur le fort ancrage local des communautés de culte, et sur leur autonomie dans une civilisation essentiellement rurale et agraire jusqu’à la fin du XIXe siècle. Un siècle plus tard, près de la moitié des Chinois vivent en ville. Une évolution rapide qui est venue s’ajouter aux méandres de l’histoire moderne de la Chine pour reconfigurer de fond en comble ce système millénaire.

Les premiers coups de boutoir sont venus des élites, à la fin de la dernière dynastie impériale, celle des Qing. Les fonctionnaires et édiles locaux se sont engagés dans un projet de construction d’une culture religieuse homogène à travers toute la Chine. Ils avaient notamment dans le collimateur les violentes rébellions des groupes millénaristes qui s’étaient produites tout au long du XIXe siècle, le Royaume Céleste des Taiping, le christianisme et les fameux « Boxeurs », ou encore celles des musulmans au Yunnan. Au tournant du siècle, la modernisation se traduit par la nationalisation des temples, la saisie des biens pour financer de nouvelles écoles – c’est le mouvement « convertir les temples en écoles – la destruction des statues et l’expulsion des spécialistes religieux. Mais les réformateurs religieux jouèrent aussi leur rôle dans cette reconfiguration du champ religieux en réinventant des religions qui puissent entrer dans le nouveau cadre, où les associations laïques déclarées et légalement reconnues par l’Etat se mirent à jouer un rôle central. Les églises chrétiennes, notamment celles d’obédience protestante libérale avaient quant à elles entamées un processus de sécularisation et les leaders musulmans chinois adoptèrent des réformes qui s’inspiraient des mouvements de modernisation islamique du Moyen-Orient. Les uns et les autres avaient pour modèle les Etats-nations laïques qui formaient le nouveau contexte pour les religions, occupant un espace spécifique au sein de la sphère publique. L’expression la plus claire de ce principe était la loi de 1905 de séparation des églises et de l’Etat, en France.

Vincent Goossaert et David Palmer observent qu’après chacun de ces chocs, et l’histoire mouvementée de la Chine tout au long du XXe siècle en donne de nombreux autres exemples, comme au cours de la Révolution Culturelle, « après chacun de ces chocs, le tissu dense de la religion chinoise semblait se recoudre de lui-même » à partir de sa solide base sociale. Mais aujourd’hui, concluent-ils, aucun équilibre ni recomposition stable du paysage religieux n’ont été trouvés entre la société et l’état chinois dans le champ religieux.

Jacques Munier

Revue Long Cours N°2 Dossier Vivre sans Dieu

Avec trois enquêtes, aux Etats-Unis, en Israël et au Brésil, le premier pays catholique du monde. USA : Hélène Crié-Wiesner évoque les athées qui ont choisi d’afficher au grand jour leur liberté de penser, de faire leur « coming-out » en quelque sorte dans un pays où l’appartenance communautaire est vitale et où l’absence de foi est perçue comme une absence de sens moral

Nathalie Hamou a mené son enquête auprès des laïcs israéliens, entre pragmatisme et système D

Lamia Oualalou décrit et analyse la spectaculaire progression des évangéliques au Brésil

Hanan el-Cheikh signe un beau récit sur son enfance dans un milieu chiite très pratiquant et la naissance de ses doutes face à Dieu

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......