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La religion grecque / Revue Annales

6 min
À retrouver dans l'émission

Jan N. Bremmer : La religion grecque (Les Belles Lettres) / Revue Annales Au sommaire : Une Antiquité celtique (Editions de l’EHESS / Armand Colin)

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Jan N. Bremmer : La religion grecque (Les Belles Lettres)

Bremmer
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Même si la religion des anciens grecs était d’une grande diversité, notamment géographique, qu’elle a évolué dans le temps, qu’elle n’hésitait pas à accueillir de nouveaux venus comme Adonis ou Cybèle, et qu’en somme, elle n’avait rien de monolithique, les différents cultes, croyances et rituels qui formaient sa pratique quotidienne se recoupaient suffisamment pour qu’on puisse parler de « religion grecque ». Cet « air de famille » a bien entendu été renforcé par des poètes comme Homère ou Hésiode qui, au VIIIème siècle avant JC, ont recueilli et refondu des traditions antérieures, et formé un corpus qui s’est diffusé dans les cours aristocratiques, les fêtes locales ou les jeux panhelléniques. Les poètes faisaient d’ailleurs partie, avec les prêtres et les devins, du groupe de ce que l’auteur appelle les « spécialistes de la religion » car il n’y avait pas à proprement parler de clergé constitué, de « caste sacerdotale ». Il rappelle à ce sujet le témoignage d’Hérodote, stupéfait de voir que les Perses devaient appeler un mage pour leurs sacrifices.

Car la religion était en fait complètement intégrée au quotidien, et même si elle était plutôt une affaire commune et publique, elle ne connaissait pas la distinction entre le sacré et le profane, elle ne dessinait pas une sphère privée et si elle s’invitait dans l’intimité c’était davantage pour l’ouvrir au firmament reçu en partage, comme dans l’acte sexuel, aphrodisiazein , qui devait son nom à la déesse de l’amour. Mis à part les cultes à mystères, elle s’occupait de la vie ici-bas et pas de l’autre monde, la cité était son territoire au point qu’on a pu parler, comme pour les Romains, de religion civique et que d’une cité à l’autre les panthéons pouvaient différer, certains dieux étant plus importants que d’autres et ceux-là beaucoup moins, voire pas vénérés du tout. Les sanctuaires étaient en général situés au cœur des villes mais certains, très importants comme Delphes ou Olympie s’élevaient dans des endroits éloignés et ont pu favoriser ainsi l’émergence du panhellénisme, notamment du fait que les aristocrates des environs s’y rencontraient pour s’affronter au cours des jeux et rivaliser d’offrandes. D’autres sanctuaires marquaient les limites du territoire d’une cité et lorsqu’ils étaient établis à distance, l’auteur évoque l’hypothèse que leurs cultes se soient inscrits en opposition avec ceux qui étaient implantés au centre. Les fidèles y faisaient leurs sacrifices et aussi leurs offrandes votives, qui constituaient des témoignages plus durables, toute sorte d’objets, des plus précieux aux plus étranges et l’on peut imaginer, grâce à certaines fouilles, le bric-à-brac qui devait s’y entasser, des dents d’hippopotame aux statuettes de kouroi , des plaques en or massif ou des curiosités vivantes comme les paons qui paradaient en tous sens, des répliques de membres guéris, des bras, des jambes, des vulves et des pénis en quantité.

Du fait de son caractère public, la religion était le reflet direct des conditions sociales. Les esclaves n’y jouaient aucun rôle, sauf lors des festivités qui suspendaient pour un temps, voire renversaient les positions, comme dans les Anthestéries athéniennes, au cours du mois d’Anthestérion, à peu près à la fin de notre mois de février. Le premier jour était consacré au vin nouveau, que les fermiers de l’Attique convoyaient par jarres entières jusqu’au sanctuaire de Dionysos où les libations répétées célébraient le dieu de la vigne au milieu des chants et des danses, et le jour suivant des concours de descente avaient lieu au son des trompettes, au cours desquels chacun essayait de vider trois litres cul sec. La licence accordée aux esclaves durant ces fêtes était un signe supplémentaire de renversement de l’ordre social, qui a pu à l’occasion déboucher sur de véritables révolutions.

Sinon la stricte observance de cet ordre au cours des fêtes religieuses et des processions impliquait le plus souvent un rigoureux contrôle des femmes, les ménades restant cloîtrées au sanctuaire dionysiaque. Mais les femmes avaient également leurs jours de fête, comme au cours des Thesmophories en l’honneur de Déméter, et leur caractère transgressif était souligné par le fait qu’à Athènes, ces jours-là, les prisonniers étaient libérés et les sessions du tribunal suspendues, de même que les réunions de l’Assemblée. D’après une version du mythe, le jeûne de Déméter en quête de sa fille Perséphone avait pris fin lorsqu’une vieille femme l’avait fait rire en soulevant sa tunique. Jan Bremmer est tenté de rapprocher cet épisode de la levée du jeûne rituel au cours des Thesmophories, qui s’accompagne de moqueries et d’échanges d’obscénités. Hérodote quant à lui déclare qu’on ne peut pas tout dire à propos de ces fêtes et il semble bien que ce soit à cause de cette partie des festivités.

Il en va de même pour les fameux « cultes à mystères », mais l’Hymne homérique à Déméter nous apprend que le secret qui les recouvrait n’était pas tant dû à une volonté de cacher une sagesse ésotérique qu’à celle d’inhiber une parole qui devait rester confinée dans le respect dû aux dieux. On pourra suivre dans le livre de Jan Bremmer les différentes étapes de l’initiation aux mystères, à commencer par le jeûne et la procession qui allait d’Athènes à Eleusis par la voie sacrée qui existe encore aujourd’hui, les deux nuits initiatiques, l’une qui rejoue le mythe, la suivante consacrée à la contemplation, l’initiation au plus haut degré des mystères. On saura tout également, en particulier ce que révèlent les données les plus récentes de la recherche notamment archéologique, sur les rites orphiques et leur relation à la mort. Tout semble si étrangement contraire à l’esprit de la religion grecque dans ce culte à Orphée apparu en Italie méridionale, au seuil du Vème siècle avant JC, porté par les poèmes : le souci de l’au-delà, le prêche d’une culpabilité ancienne, le végétarisme pour s’opposer à la pratique du sacrifice et surtout la profusion de livres qu’il a produits au cœur d’une société ancrée dans la tradition orale. Et pourtant, on sait qu’il était très populaire. Je vous parlais de diversité en commençant…

Jacques Munier

Revue Annales Au sommaire : Une Antiquité celtique (Editions de l’EHESS / Armand Colin)

Auteurs Olivier Buchsenschutz , Katherine Gruel , Thierry Lejars

Une Antiquité celtique, parce que l’idée ne va pas de soi, tant nous sommes tributaires de l’image de hordes barbares ou de mercenaires qu’ont véhiculées complaisamment les textes grecs et romains. Les auteurs reviennent sur ce qu’on peut appeler un apogée de la culture celtique qui connaît entre le IVème et le IIIème siècle son extension maximale par la colonisation, notamment vers les Balkans et l’Italie du Nord. Les découvertes récentes des archéologues, en particulier dans les nécropoles, révèlent une riche civilisation fondamentalement rurale et aristocratique, qui se développe en marge du modèle d’évolution des sociétés méditerranéennes vers la centralisation, l’urbanisation et la formation de l’Etat

Une société de paysans et de guerriers, avec les druides, qui illustre les trois fonctions de Dumézil

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