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A la rencontre des adolescents / 2 revues : Critique et La Faute à Rousseau

7 min
À retrouver dans l'émission

Catherine Jousselme, Jean-Luc Douillard : A la rencontre des adolescents (Odile Jacob) / 2 revues : Critique N° spécial Biographies modes d’emploi (N° 781-782)

La Faute à Rousseau , Revue de l’association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique N° 59 Dossier Enfance et langage

La faute à Rousseau
La faute à Rousseau

Catherine Jousselme, Jean-Luc Douillard : A la rencontre des adolescents (Odile Jacob)

L’adolescence est l’âge de tous les paradoxes. Récemment identifiée, car on passait, jusqu’à il y a peu, directement de l’enfance à l’âge adulte, cette période cruciale de formation personnelle et de croissance physique est à la fois l’une des plus riches mais aussi des plus périlleuses dans nos sociétés individualistes où elle n’est pas ritualisée et socialement encadrée. Paradoxale, l’adolescence l’est à plus d’un titre : un moment d’affirmation de soi dans la plus grande vulnérabilité alors qu’on sort du cocon de l’enfance une prise de distance à l’égard des parents alors qu’à bien des égards l’autonomie grandissante accentue la peur de l’abandon, toujours présente une révolte contre les modèles parentaux au moment même où l’on se construit le plus souvent dans la référence à ces modèles, même si à l’insu de son plein gré. D’où les attitudes déroutantes pour bien des parents, je cite, parmi les plus bénignes : « vous répéter que votre look et votre parfum sont décidément désastreux, mais écluser régulièrement votre réserve de Shalimar et vous piquer votre plus joli pull » ou « demander depuis des mois à rester un week-end seul à la maison mais se mettre très en colère quand on lui annonce que ça va être possible » et qu’on va partir en couple. Les auteurs évoquent également le test infaillible des biscottes le matin : vous croquez goulûment dans la cracotte beurrée devant votre enfant de 13 ans. S’il ne lève pas le nez de son bol et ne prête aucune attention aux bruits que vous faites, c’est qu’il n’est pas encore entré dans l’adolescence.

Catherine Jousselme est pédopsychiatre et Jean-Luc Douillard psychologue clinicien, il coordonne un programme régional de promotion de la santé mentale et de prévention du suicide. Tous deux ont parfois affaire à des adolescents qui font peur, cabossés, explosés, « voire complètement cassés ». Pourtant ils récusent cette appréhension largement diffusée par les medias à l’égard des adolescents, « en grande difficulté, violents, insaisissables, cruels, irrespectueux, déstructurés », tout juste bons à évacuer, à fuir ou à enfermer. Ils témoignent que cette image ne correspond pas à la réalité rencontrée dans leur pratique. Leur livre est tout sauf théorique, il est constitué par des récits de vie, à la fois singuliers et exemplaires, à commencer par les leurs propres mais aussi ceux d’enseignants ou d’animateurs. Parce que chacun d’entre nous est passé par là et savoir s’en souvenir peut aider à comprendre et surtout à prévenir.

C’est là le maître mot de leurs interventions mais aussi de l’attitude et parfois du sentiment d’impuissance des parents. Comment prévenir les passages à l’acte, comment faire preuve de discernement quand les signaux d’alerte sont le plus souvent imperceptibles et surtout dispersés auprès d’adultes qui ne se rencontrent pas ou pas assez, les parents, les profs, les psychothérapeutes. Et là réside la ligne de force qui anime l’élan thérapeutique des auteurs, elle affleure dans les nombreuses descriptions, souvent poignantes, de cas cliniques. Elle se résume à un mot, présent dans le titre du livre : le mot rencontre. Rencontre avec l’adolescent, d’abord, une rencontre qui doit être placée sous le signe de l’authenticité, rencontre avec les parents qui détiennent sans toujours le savoir certaines clés du problème, ainsi qu’avec les différents intervenants. Jean-Luc Douillard appelle ça dans son récit de vie « réseauner », raisonner en réseau, il se définit lui-même comme un agitateur de réseau quand, dans le même esprit, Catherine Jousselme conçoit son rôle comme celui d’un passeur, un guide parental qui soigne la relation parents-ados par le biais du soutien aux parents qui lui racontent leur histoire. Outre le fait que fonctionner en réseau, avec les autres ou les institutions est assez proche du processus adolescent et qu’il est vrai pour de nombreuses organisations sociales : la famille, l’école, les associations, les entreprises, il permet de « diluer le transfert en ayant les autres en tête » et d’orienter efficacement le jeune. Il y a beaucoup d’autres astuces dans la boîte à outil de chacun des auteurs, mais aussi dans celles des professionnels qu’ils nous font rencontrer.

Pour eux, l’adolescence doit plutôt être considérée comme un processus dynamique et l’expression « crise de l’adolescence » leur semble inappropriée. Déjà parce qu’il s’agit aussi et peut-être surtout d’une période de deuil, le deuil de l’enfance à faire, et parce c’est une période de changements intenses. A répartir dans trois grandes directions : se séparer, s’individuer et se socialiser. Se séparer, le prélude à la découverte de soi, consomme paradoxalement beaucoup d’énergie mais permet de sortir de la problématique œdipienne. Ça suppose de la part des parents le maintien d’une « distance générationnelle qui permette à l’ado, je cite « de s’éloigner de nous sans culpabilité ni angoisse, et de respecter les règles sans avoir le sentiment d’être soumis à l’autorité d’un autre, trop proche de lui ». L’individuation est la phase qui concerne l’enfant seul et, comme dit Françoise Dolto, la nouvelle « image inconsciente de son corps ». La socialisation se fait essentiellement entre pairs, dans les groupes d’amis ou les bandes, et à l’école. L’école, les ados y passent le plus clair de leur temps, juste après celui passé dans leur famille.

C’est pourquoi l’échec scolaire est si douloureux et souvent l’amorce d’une spirale infernale.

Jacques Munier

2 revues :

Critique N° spécial Biographies modes d’emploi (N° 781-782)

La Faute à Rousseau , Revue de l’association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique N° 59 Dossier Enfance et langage

Critique
Critique

Critique N° spécial Biographies modes d’emploi (N° 781-782) Dossier coordonné par Antoine Compagnon et Philippe Roger

La biographie revient de loin, à la grande époque de la théorie littéraire on la tenait en piètre estime, elle s’impose aujourd’hui comme un genre à part entière, signe des temps, signe d’un retour du sujet, mais sous une autre forme. D’abord on ne raconte plus les vies de la même façon, ce que montrent bien les biographies de Malcolm X ou André Gide (Franck Lestringant : André Gide l’inquiéteur) à Jacques Derrida (Benoit Peeters), qui sont analysées dans cette livraison de la revue, mais aussi parce que, à côté des biographies d’hommes et de femmes célèbres, on voit apparaître celle des gens « ordinaires ».

A ceux-là, La Faute à Rousseau , Revue de l’association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique, offre une tribune trimestrielle, et l’association un refuge, elle qui constitue un fonds d’archives déjà considérable

N° 59 Dossier Enfance et langage

« Une histoire où les mots ouvrent au monde mais sont eux-mêmes un monde mystérieux »…

DOSSIER: ENFANCE ET LANGAGE Mots d’enfant Sylvette Dupuy: La clef du mystère 10 Marie-Hélène Roques: Jules Vallès, une voix d’enfance recomposée 11 Isabelle Valeyre : Petite promenade dans l’incompréhension 13 I. Valeyre : A la maison, à l’école : Enfance de N. Sarraute 14 Denis Dabbadie : CAPOT 15 E. Legros Chapuis : Colette, les mots comme porte ouverte... 17 François Tézenas du Montcel : Le monde du silence 19

Fille ou garçon Laurence Martin : Mots de fille, mots de garçons ? 21 Isabelle Valeyre : Les mots tabou 22 Huguette Junod : Sexisme à l’école 23

Observer Aliyah Morgenstern : Apprendre à dire « je » 25 Denis Dabbadie : On n’est jamais trahi que par les siens 27 Régine Delamotte : Parole enfantine et monde de l’enfance 28 Béatrice Robert : Journaux, carnets et cahiers de langage d’enfants 30 Josette Kurucz-Frey : Babel 32

Soigner Sylvie Jouanny : Les mots du Petit Poucet 34 Isabelle Valeyre : Les mots, les enfants, les adultes dans Enfances de Françoise Dolto 35 Claire Roig : Un « défaut de langue » 37 Pierre Isenmann : Dessine-toi, un film de Gilles Porte 38 Pierre Isenmann : Le chemin singulier de Fernand Deligny 39

Jouer Philippe Lejeune : Les petits Français et le langage 40 Claude Burgelin : Quand le langage étouffe l’enfance : Les Mots de Sartre 41 Véronique Leroux-Hugon : Le scrabble de Michel Leiris 43

L’enfant écrivain Antoinette Weil : La langue d’une enfant poète 47 Philippe Lejeune : Le monde d’Ariane Grimm 50 Ariane Grimm : Extraits 52 Sonia Goldie : Les mots, c’est du sérieux… 53 Philippe Lejeune : Juvenilia 55

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