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La sexualité masculine / Revue Feuilleton

7 min
À retrouver dans l'émission

Jacques André : La sexualité masculine (PUF) / Claude Crépault : La sexualité masculine (Odile Jacob) / Revue Feuilleton N°7

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Il y a quelque chose de paradoxal dans la sexualité : c’est la plus ancienne pratique qui soit, difficile d’imaginer la moindre nouveauté sous ce soleil – essayez seulement d’ajouter une position inédite au Kama sutra – et une histoire de la sexualité est d’abord une histoire des représentations de l’acte sexuel, non de l’acte lui-même. Et pourtant, depuis qu’on l’explore on en mesure toute la labilité, traversée et même investie qu’elle est, dans l’intimité des êtres, par les histoires personnelles et donc sociales, par les évolutions culturelles et sociétales, quand elle n’en est pas à l’initiative, comme la dite « révolution sexuelle » des années 60. Un bon exemple est celui de la différence entre sexualité féminine et masculine. Pour Freud, qui a montré l’importance psychique de la sexualité, la place considérable qu’elle occupe dans l’inconscient et ses constantes résonnances dans notre vie consciente, la sexualité féminine était un mystère, le « continent noir », disait-il en empruntant l’expression à Stanley, l’explorateur de l’Afrique. Il n’est pas douteux qu’une grande part de l’énigme provenait du fait qu’à l’époque la sexualité féminine faisait l’objet d’un tabou, qu’en gros elle n’existait pas, qu’en tous cas elle s’effaçait derrière la procréation. Seule comptait la sexualité masculine, les très riches heures du phallus, lequel ne craignait apparemment qu’une seule chose : la grande vérole. La domination masculine s’exerçait sans partage et elle tirait de la symbolique phallique son plus puissant ressort. Aujourd’hui les choses ont bien changé. La marche vers l’égalité des sexes a presque inversé la donne, le phallus s’est largement rétracté, phallocrate est devenu synonyme de dinosaure et il n’y a pas un magazine féminin qui ne donne la recette de l’orgasme ou ne propose des tests pour savoir si vous êtes, mesdames, vaginales ou clitoridiennes.

Les deux auteurs, le sexologue et le psychanalyste s’accordent sur le constat : la sexualité de l’homme est devenue plus complexe, en tous cas plus énigmatique que celle de la femme. Jacques André l’affirme : « ce que la sexualité a perdu en triomphe (avec ou sans gloire), elle l’a gagné en incertitude et en questions… elle est de ce fait (re)devenue intéressante ». La libération des femmes a également profité aux hommes, moins engoncés dans leur rôle dominant, plus ouverts à leur propre part de féminité. Mais le fantasme de domination n’a pas pour autant rejoint le cabinet des curiosités. Il se répand sans retenue dans celui du psychanalyste. « L’inconscient fait de la résistance, il est politiquement incorrect ». Tout cela n’a évidemment pas arrangé les affaires du phallus, désormais dans le collimateur de la loi, celle qui condamne le harcèlement sexuel. On comprend que dans ces conditions la sexualité masculine n’aille plus de soi. Il n’est pas jusqu’au privilège d’en avoir qui ne soit affecté : on convient que la soi-disant supériorité qu’il conférait, à tout le moins l’avantage comparatif, n’était qu’un leurre. Car il est beaucoup plus angoissant de redouter perdre quelque chose qu’on a que désirer, comme les filles, ce qu’on a pas.

Même le complexe d’Œdipe, dont on ne savait trop que faire chez elles, est apparu moins clair chez les garçons, moins phallo-centré, alors qu’on s’accorde aujourd’hui pour considérer comme Freud que le développement psychosexuel des filles est plus compliqué, du fait d’une double identification conflictuelle à la mère et au père. Pour les garçons, l’amour fusionnel mais chaste avec la mère a une conséquence décisive dans le développement de la sexualité au stade adulte : le clivage bien connu entre la maman et la putain, entre la femme aimée et la femme désirée, un clivage dont les effets sur la sexualité conjugale déferlent dans les consultations du sexologue comme du psychanalyste. Baiser et respecter accordent mal leurs exigences, surtout la première fois. Jacques André rappelle que c’est à Stendhal que l’on doit l’introduction du mot fiasco dans la langue française – je cite « S’il entre un grain de passion dans le cœur, il entre un grain de fiasco possible… Plus un homme est éperdument amoureux, plus grande est la violence qu’il est obligé de faire pour oser toucher aussi familièrement un être pour lui semblable à la Divinité ». Comme le souligne joliment le psychanalyste, la débandade est alors le prix à payer.

Certains pourtant parviennent à dépasser élégamment le clivage, comme Joyce, qui écrivait à sa femme « Ma douce petite pute Nora ». Et dans son Journal , Michelet illustre parfaitement la rencontre accomplie de l’amour et de la sexualité : « Chez celui qui n’est point blasé, le seul contact de la personne aimée, le sentiment de sa chair, de sa chaleur, la vue charmante et toujours nouvelle de ce qu’on a vu mille fois, ces chastes privautés, les occasions continuelles d’assister aux moments cachés, aux toilettes, aux fonctions obligées de la nature, tout cela, à chaque instant, tire des étincelles. C’est l’assaisonnement de la vie, le sucre et le sel, bien plus, son pénétrant parfum, dont elle est comme enchantée. C’est la source inépuisable des rajeunissements imprévus, des réveils dans la langueur, des oublis dans la fatigue. Pour le sursum corda et l’érection inventive, il suffit que le matin je l’aie baisée au sein, aux reins ou au pied. »

Les homosexuels connaissent également ce clivage, avec une vie conjugale sage et la drague pour baiser mais ils semblent le vivre d’une manière plus détendue. Michel Foucault parle dans La Volonté de savoir , d’une « certaine qualité de la sensibilité sexuelle, une certaine manière d’intervertir en soi-même le masculin et le féminin ». Et le psychanalyste, qui parle de « narcissisme phallique », suggère que cette omniprésence du même et de l’autre sexe allège la relation sexuelle de la polarité conflictuelle qui la complique parfois dans sa version hétérosexuelle.

Jacques Munier

Revue Feuilleton N°7

Le feuilleton du printemps

Vacances de printemps arabe , par Joshua David : En 2011, Chris Jeon, un étudiant de UCLA âgé de vingt et un ans, choisit de faire son spring break , (quelques jours de débauche sous le soleil, simple parenthèse avant le retour dans le rang), il rejoint les rangs des insurgés libyens en guerre contre Kadhafi durant ses vacances d’été. Délaissant son projet de stage dans le milieu de la finance.

Comandante Yankee , par David Grann : un pan méconnu de l’histoire de la révolution cubaine, le journaliste américain David Grann raconte le destin tragique de William Alexander Morgan, le comandante yankee, aux côtés de Fidel et du Che. Mêlant récit de guerre et épopée politique, espionnage, trahison fratricide et histoire d’amour

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