LE DIRECT

La Syrie de Bashar Al-Asad / Revue Maghreb Machrek

7 min
À retrouver dans l'émission

Souhaïl Belhadj : La Syrie de Bashar Al Asad. Anatomie d’un régime autoritaire (Belin) / Revue Maghreb Machrek N° 213 (Choiseul)

mm
mm
belin
belin

L’auteur est politologue, il décrit en détail le fonctionnement du pouvoir syrien depuis le coup d’état d’Hafez Al Assad, qui soit dit en passant s’appelait en réalité Al-Wahech, ce qui signifie en arabe « le sauvage », c’est son père, le grand-père de l’actuel président, qui avait gagné le surnom d’Al Assad – le lion en arabe – dans son combat contre l’occupation mandataire française. Souhaïl Belhadj étudie la manière dont ce régime autoritaire, en pratiquant une subtile répartition des charges entre les différentes communautés de ce pays comparable au Liban du point de vue de sa diversité confessionnelle, non sans omettre de doubler chacun des postes par un mouchard proche du clan Assad, comment il a réussi à conserver le pouvoir. Et il concentre ses analyses sur l’accession à la présidence et le mandat de celui que rien ne destinait à l’exercer, si ce n’est la mort accidentelle et quelque peu suspecte du dauphin, son frère aîné. Lorsque Bashar Al Asad arrive au pouvoir, le 20 juin 2000, la société syrienne éprouve un besoin vital d’oxygène et en réponse à cet appel pressant, le nouveau président ouvre momentanément les vannes, les prisons lâchent 600 prisonniers politiques, on promet la liberté de la presse, des forums citoyens se constituent, des intellectuels engagés, des militants des droits de l’homme, des avocats, des parlementaires se réunissent pour réclamer la levée de l’état d’urgence et des lois d’exception, l’instauration des libertés, l’indépendance de la justice et la promulgation d’une nouvelle loi électorale… Bref, on s’en souvient encore, on appelait ça un peu vite, une décennie avant les répliques tunisienne, libyenne ou égyptienne, le « printemps de Damas ». Mais dès l’été 2001, le temps aux services de renseignement de repérer et de ficher tout ce petit monde, une vague d’arrestations porte un brutal coup d’arrêt à l’expansion de la société civile, les prisons se repeuplent d’opposants et depuis lors vogue à nouveau en toute sérénité la galère du régime.

Jusqu’à cet autre printemps qui, dans la foulée des soulèvements sur ses rives sud va faire exploser le beau projet sarkozyste d’Union pour la méditerranée dont l’invité d’honneur était précisément le président Assad. Ce printemps syrien tardif, personne ne l’avait vu venir, pas plus que les autres d’ailleurs. Même au moment où les révolutions battent leur plein en Tunisie, en Lybie ou en Egypte, les observateurs de la vie politique syrienne insistent sur les raisons pour lesquelles un mouvement contestataire a peu de chances de se former dans ce pays. A commencer par le bilan économique, le maintien d’un assez bon niveau de redistribution des richesses – si l’on excepte la voracité des membres du clan au pouvoir – la légère amélioration des conditions de vie de la classe moyenne, la défense de la souveraineté nationale et le maintien de son rôle stratégique régional dans un contexte tendu. Et à la différence de ses homologues déchus, Bashar Al-Assad n’est pas installé à la présidence depuis plus de vingt ans même s’il assure la pérennité d’une dynastie familiale. Mais le phénomène d’usure du pouvoir et d’isolement au sommet de l’état du despote n’apparaissait pas dans le cas syrien pour causer une crise de légitimation.

Pourtant le feu couvait sous la cendre, les réformes politiques constamment ajournées auront fait le lit de la contestation, on n’a pas oublié la répression féroce des années 80 et la jeunesse subit un taux de chômage proportionnel à la vitalité démographique du pays. Les jeunes diplômés, en particulier, peinent à trouver leur place au soleil et constituent un véritable défi pour l’économie syrienne, qui ne parvient à en absorber qu’un sur deux. Enfin l’identification aux mouvements de contestation dans le monde arabe a joué incontestablement un rôle d’incitation et d’émulation. Mais contrairement à ce qui s’est passé ailleurs, les manifestants de la première heure en Syrie ne remettaient pas en cause le leadership présidentiel, ils appelaient seulement à la mise en œuvre de réformes politiques et c’est la réponse du pouvoir à ces demandes pacifiques, avec le recours massif à la répression et à la violence qui a transformé les protestations en révolte et de là, en guerre civile.

Du coup, et compte tenu de la situation géopolitique du pays, l’auteur met en garde contre les risques d’extension régionale du conflit, déjà bien entamée avec la présence militaire de la Russie et l’assistance empressée du Hezbollah libanais, fondé de pouvoir de l’Iran sur zone et engagé dans la contre-insurrection aux côtés de l’armée, comme c’est désormais officiel suite aux déclarations de Hassan Nasrallah. D’autant que cette idéologie « nationale » du parti Baas s’est toujours réclamée du panarabisme, qui déborde la nation de tous côtés. Et que cet état, alors qu’il signait un traité d’ « amitié » avec l’Union soviétique, concluait dans le même temps une alliance stratégique avec la révolution iranienne en jouant sur la parenté alaouite avec le chiisme, tout en entretenant des rapports bien compris avec l’Arabie saoudite, son principal bailleur de fonds, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Rien d’étonnant à ce que fasse retour le refoulé communautaire, qui s’autorise de 14 siècles d’histoire réelle, sous une forme d’autant plus virulente que le régime a constamment tenté de l’étouffer, et cela vaut évidemment pour la situation actuelle. Michel Seurat, dans un livre indispensable réédité aux PUF sous son titre d’origine L’état de barbarie , 04.05.2012 cite un intellectuel syrien qui lui confiait dans les années 80: « Il y a vingt ans nous étions nassériens, communistes, ba’thistes ou nationalistes arabes, aujourd’hui nous sommes sunnites, chrétiens, alaouites, druzes ou autres ».

Jacques Munier

Revue Maghreb Machrek N° 213 Dossier La crise syrienne (Choiseul)

Coordonné par Stéphane Valter

Au sommaire :

Le soulèvement syrien et son impact sur les relations turco-syriennes

Meliha ALTUNISIK - Özlem TUR

L'avenir des relations syro-libanaises

Pierre BERTHELOT

Pour une nouvelle conception de la Syrie : le renversement de l’image de l'État et du régime

Adam ALMQVIST

Le Conseil national syrien : genèse, développement et défis

Ignacio ALVAREZ-OSSORIO

Révolution et violence en Syrie : l’héritage des Frères musulmans

Raphaël LEFÈVRE

La construction d’un territoire kurde en Syrie : un processus en cours

Cyril ROUSSEL

SouriaHouria (Syrie Liberté)

Groupe de soutien à la révolte du peuple Syrien

Une association d’intellectuels, de professionnels et d’étudiants syriens, français, franco-syriens ou amis de la Syrie qui s’est constitué en mai 2011 pour soutenir le combat et les revendications légitimes du peuple syrien.

« Notre actionen France vise à sensibiliser le gouvernement, les élus, les médias, les partis politiques, les organisations professionnelles et la société civile »

A retrouver sur le site toutes les informations sur les initiatives et les opérations de soutien, ainsi que sur la situation en Syrie

http://souriahouria.com/

Et notamment 25/09/2012 Paris : Rencontre et Conférence “Les chrétiens de la Syrie” avec Père Paolo D’all’Oglio

Jésuite italien qui a vécu 30 ans en Syrie

http://souriahouria.com/25092012-paris-rencontre-et-conference-les-chretiens-de-la-syrie-avec-pere-paolo-dalloglio/

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......