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La vie comme au théâtre / Revue Littérature

5 min
À retrouver dans l'émission

Florence Delay : La vie comme au théâtre (Gallimard), Sept saisons (Gallimard) / Revue Littérature N°176 Dossier Valère Novarina (Larousse)

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Dans l’une de ses œuvres autobiographiques, Stendhal fait hésiter son pseudonyme Henry Brulard avant de se mettre à écrire sa vie : « Oui, mais cette effroyable quantité de Je et Moi ! Il y a de quoi donner de l’humeur au lecteur le plus bénévole. » Florence Delay, quant à elle, affirme préférer le nous , « qui exclut la famille – je cite – qui bouge au gré des classes, des années, et se matérialise quand nous , les quatrièmes par exemple, investissons le plateau de la salle noble pour jouer Les Fourberies de Scapin. » La vie comme au théâtre , c’est donc pour elle, très tôt, la vie au théâtre, comme en témoigne cette double parution : côté jardin l’enfilade des souvenirs d’expériences, de spectacles, de rencontres avec les plus grands, qui tissent une biographie, côté cour ses chroniques pour la NRF , Sept saisons sur près d’une dizaine d’années. Entre les deux livres une foule de correspondances.

Florence Delay aime pratiquer ce jeu de billard à plusieurs bandes pour se raconter et faire remonter dans son récit la belle substance de sa vie. Dans Mes cendriers , elle le faisait par le truchement de cet objet minuscule et symbolique pour l’écrivain, qui recueille la cendre de ses méninges au terme du circuit court qui va de la main, dont les phalanges enserrent la cigarette, au briquet, sa flamme et la fumée, véritable « résumé-express de notre vie ». Dans Mon Espagne Or et Ciel , c’est à travers sa relation intime, lumineuse avec la culture et la littérature espagnole qu’elle avait retracé la ligne qui mène de sa découverte du théâtre du Siècle d’or à son amitié avec Jose Bergamin, dont elle a traduit La Solitude sonore du toreo . Ici elle raconte comment l’auteur du Grand Théâtre du Monde est entré dans sa classe, alors que la prof de philo analysait un passage des Méditations métaphysiques où Descartes se dit effaré par le souvenir d’un songe. Au même moment, commente l’enseignante, un dramaturge de génie fait en Espagne le même constat. Dans La vie est un songe , Calderon de la Barca illustre la difficulté à distinguer la veille du sommeil, l’illusion et la réalité. « Il n’existe qu’un seul mot en castillan, sueño, pour dire le rêve, le songe et le sommeil – ajoute l’auteure – Cette adéquation de la vie, du songe et du sommeil, du théâtre et du monde, gouverne depuis lors secrètement ma vie. »

« Je l’ai raconté ailleurs mais j’en ai besoin ici ». Alors qu’elle vient d’être nommée assistante en littérature comparée à la Sorbonne éclate la révolte de mai 68, dont l’un des slogans – on s’en souvient – clamait l’équivalence du rêve et de la réalité. Jose Bergamin est alors son hôte, qui voit depuis sa fenêtre au quartier latin l’effusion qui lui rappelle les grands moments de la proclamation de la République à Madrid. Le lendemain, déjeuner avec André Malraux au terme duquel le ministre demande à Bergamin s’il peut le déposer quelque part. « À la Sorbonne » répond l’écrivain et ami espagnol. Malraux qui se dirige vers l’Assemblée Nationale lâche alors cet étonnant mais lucide commentaire : « Tu vas vers l’irrationnel, et moi vers l’irréel ».

Au chapitre des rencontres légendaires il y a évidemment Robert Bresson, qui lui conseille fermement d’oublier le théâtre pour son premier rôle dans le Procès de Jeanne d’Arc. Florence Delay saura pourtant en tirer des leçons pour l’art de la scène : « parler comme à soi-même, porter une attention intense à ce porte-parole de l’âme qu’est la voix. » Et elle n’oubliera jamais cette indication lors de la scène de l’interrogatoire, « d’écouter avant de répondre au tribunal, d’écouter à l’intérieur ce que Dieu, mon cœur, mes voix m’en disaient. »

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On pourra lire dans les chroniques de la NRF la critique de nombreuses mises en scène de pièces du grand répertoire classique et contemporain mais je voudrais m’arrêter sur deux d’entre elles, qui illustrent la nécessaire perméabilité entre les deux livres, entre le théâtre dans la vie et la vie comme théâtre. Avec Jacques Roubaud, Florence Delay a adapté une version de la légende du Graal pour le Théâtre de Marcel Maréchal à Marseille. Son compte-rendu pour la NRF est un modèle de fine autodérision, à la fois pour les auteurs qui se sont employés à restituer l’enchantement né de la répétition au long d’un spectacle-marathon de trois fois trois heures, et à l’encontre de ses confrères critiques. Là aussi, on peut suivre, dans l’envers du décor, et l’autre livre, le travail et l’invention du scénario. Mais il faut avoir l’élégance souriante et ironique de l’académicienne pour oser proposer à la prestigieuse revue une chronique sur le théâtre érotique, auquel elle suggère d’ailleurs de retirer deux fois son nom pour lui substituer celui de « salle d’attente », « car son unique exploit est de recréer, pendant les quelques minutes qui précèdent son début, cet état de léger trouble anxieux qu’on éprouve dans l’antichambre des docteurs ou de la loi. » Le reste est à découvrir à l’enseigne des Deux Boules ou des Jeux de Dames , où il n’y a pas une dame. Entre pathétique et fou rire

Jacques Munier

Revue Littérature N°176 Dossier Valère Novarina : une poétique théologique ? (Larousse)

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La poétique de Novarina, envisagée comme « une théologie de la brèche », son rapport au sacré et à la tradition biblique…

Il y a quelque chose de picaresque dans son traitement des attributs et des rituels du christianisme ou, comme dit Christine Ramat dans cette livraison, « une theomania comique ».

Au sommaire :

DENIS GUÉNOUN

Avant-propos

OLIVIER DUBOUCLEZ, ALISON JAMES

Valère Novarina : une poétique théologique ? Introduction

VALÈRE NOVARINA

« Une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part. » Entretien réalisé par Olivier Dubouclez

AMADOR VEGA

Valère Novarina : une théologie de la brèche

CHRISTINE RAMAT

La théomania comique de Valère Novarina

NATHALIE DUPONT

Valère Novarina - opus incertum

LEIGH ALLEN

Le rituel de la (s)cène dans quelques pièces de Valère Novarina

FLORE GARCIN-MARROU

La mise en scène de l'état de grâce dans le théâtre de Valère Novarina

ISABELLE BARBÉRIS

Histrions novariniens : performer dans l'absence de dieu

ÉVELYNE GROSSMAN

Artovarina : un théâtre résurrectionnel

JOHN IRELAND

Terreur et théologie : Paulhan, Scarry, Novarina

ALISON JAMES

Distension et dispersion : temporalités dans le théâtre de Valère Novarina

OLIVIER DUBOUCLEZ

Comment finir ou la prière faite au théâtre (Novarina et Augustin)

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