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La voix d’Arkhè / Revue Villa Europa

4 min
À retrouver dans l'émission

Valérie Deshoulières : La voix d’Arkhè . Le paradigme archéologique dans la création européenne moderne et contemporaine (Hermann) / Revue Villa Europa N°5

arkhé
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La voix d’Arkhè, c’est cette voix qui nous appelle depuis l’origine, de Du Bellay et ses Antiquités de Rome à Théophile Gautier et Arria Marcella , la passante fantomatique des ruines de Pompéi, Jensen et sa Gradiva, qui depuis son bas-relief du Musée d’archéologie de Naples n’a cessé de marcher de Freud au Roland Barthes des Fragments d’un discours amoureux , laissant son empreinte fugitive sur les toiles de Dali et d’André Masson. C’est le goût et la peinture des ruines, chez Piranèse, le graveur et l’architecte, l’égyptomanie contemporaine de Bruno Delahays peintre et passionné d’archéologie, ou de Pancino Biagio, artiste éphémère d’une Accumulation de pommes de terre en forme pyramidale, ou encore le rêve hiératique et glacé du Quartier des scribes , dans Babylone, par Thierry Urbain. Toute une « esthétique de la disparition » dirait Virilio qu’illustrent également les architectes post-modernes et leur pratique de la citation, réalisant en quelque manière l’idée de palais de la mémoire formulée par Saint Augustin, « où se trouvent les trésors d’innombrables images » et aussi « tout ce qui y a été mis en dépôt et en réserve et qui n’a pas été encore englouti et enterré par l’oubli ».

Valérie Deshoulières médite ce paradigme archéologique en filant à tombeau ouvert et le regard vif au milieu des champs de ruine et des amoncellements de pierres divines. Mais elle prévient : « la voix d’Arkhè, comme celle des sirènes, est mortifère. Pour lui prêter l’oreille, l’artiste doit s’attacher au mât du navire ». « Il ne s’agit pas dès lors d’incanter ce que furent les marbres, mais d’enchanter ce qu’ils sont », disait avec clairvoyance et sagesse Louis-Sébastien Mercier, l’auteur du Tableau de Paris , de retour d’une visite aux Petits-Augustins, devenu le dépôt des vestiges des destructions révolutionnaires. Et Ivan Cloulas, l’historien de la Renaissance, qui fait revivre dans son roman Sur la trace des dieux les divinités carthaginoises Baal et Tanit au beau milieu de la guerre d’Algérie, confirme : « Notre métier d’archéologue est un sacerdoce, mais un sacerdoce dangereux car il peut, par orgueil, nous couper du monde et nous inculquer, avec le scepticisme, le mépris de nos contemporains. » Flaubert qui avait un goût très relatif pour l’archéologie malgré l’impressionnante documentation ingurgitée pour préparer Salammbô évoque à propos de son séjour en Tunisie sur les traces de Carthage la figure de l’archéologue Botta, un « cadavre qui marche » - je cite – « un homme en ruines, homme de ruines dans la ville de ruines » qui « a l’air de tout haïr si ce n’est les morts ».

« Il y a ceux que la nostalgie de l’antique métamorphose en contempteurs de la modernité et ceux qui méditent sur la relation complexe entre l’antiquité et le présent », résume Valérie Deshoulières, qui se réfère à la notion d’image dialectique par laquelle Walter Benjamin a tenté de penser l’existence simultanée de la modernité et du mythe. Elle rappelle que le mot grec arché signifie à la fois le commencement et le commandement, en somme, comme le précise Marcel Détienne, « la force du commencement ». Les fondateurs de cités, de la mer noire à l’Italie du Sud, devaient passer à Delphes recueillir l’oracle d’Apollon pour pouvoir entreprendre leur tâche de bâtisseur. À la fois urbanistes et architectes, on les appelait les archégètes , de arché et hegestaï , qui signifie « mener, conduire, ouvrir la route ». L’archéologue, commente l’auteure, « est un archégète qui marche à reculons : au lieu de créer une cité, il travaille à en exhumer les fondations ». L’inversion n’est pas neutre, elle révèle un manque, tout comme dans l’opération de traduction évoquée par Yves Bonnefoy dans La Vie errante : « J’ai restitué le texte mot après mot, mais le mien ne sera qu’une ombre, c’est à croire que l’origine est une Troie qui brûle, la beauté un regret, l’œuvre ne prendre à pleines mains qu’une eau qui se refuse. »

Jacques Munier

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Revue Villa Europa N°5

Une revue fondée par Valérie Deshoulières, à Sarrebruck, dans les murs de l’Institut d’Etudes françaises et de l’Université franco-allemande où elle a animé, pendant plusieurs années, un atelier d’écriture dont on peut retrouver ici les étudiants, qui composent notamment une chanson sur l’air « J’aime / Je n’aime pas Facebook »

Avec un dossier Europe, « une identité littéraire » (il y a une Europe de l’esprit à la fois une et diverse… car la littérature a précédé l’économie et la politique) une Europe liée à son héritage grec : « L’Europe et son daimôn, prière pour un retour d’affection » une contribution placée sous le signe de Hölderlin et de la question célèbre qu’il posa du fond de sa « Passion grecque » : « Pourquoi la poésie en temps de crise ? »

Au sommaire : Martin Rueff, Georges-Arthur Goldschmidt, Alain Leygonie, Agnès Spiquel, Jacques Sémelin…

aaarg
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Et puis c’est aujourd’hui Halloween, voici AAARG , qui fête un an d’existence

« Revue bimestrielle, totalement indépendante et diffusée en librairie, AAARG! fait honneur à la BD. Mais histoire de sortir du tout-balisé, elle casse les murs à coups de maillet, et tous les genres de la culture populaire s’engouffrent dans la faille : on peut aussi bien s’y gausser avec de la BD d’humour (torve et grinçant), que se plonger dans le polar noir, l’intimiste, le fan­tastique, la SF... Le tout servi par des auteur.e.s qui ont le talent, l’audace et la gouaille qui s’y prêtent. AAARG!, c’est de la BD mais pas que : la revue propose moult dossiers, articles, nou­velles. Et plus encore, au gré des numéros et des envies. Puisqu’on vous le dit : AAARG! n’a pas de limites »

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