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L’abîme carcéral / Revue Les Cahiers dynamiques

4 min
À retrouver dans l'émission

Hélène Erlingsen-Creste : L’abîme carcéral. Une femme au sein des commissions disciplinaires (Max Milo) / Revue Les Cahiers dynamiques N°58 Dossier Mixité et éducation : question de genre ? (Erès)

mitard
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C’est la prison dans la prison, le « mitard », ou le « jetar », la prison au carré, en quelque sorte. Pour la première fois une femme, membre de la commission disciplinaire qui inflige cette peine, témoigne. Depuis 2011, des citoyens de la société civile peuvent participer à la juridiction interne des établissements pénitentiaires et la présence d’une personne extérieure à la prison est vécue positivement par tous, les détenus comme les surveillants. « Les détenus voient que quelqu’un du dehors s’intéresse à leur cas – explique l’auteure dans une interview récente au journal Libération – Je pose des questions sur leur vie, hors jargon pénitentiaire. Je remets sur le tapis des choses qui paraissent évidentes aux personnels. » « Souvent les détenus en manque d’écoute profitent de ces commissions pour s’épancher un peu » ajoute-t-elle dans le livre.

Concrètement, dans cette maison d’arrêt d’Agen, l’une des plus vieilles de France où vivent près de 150 détenus, hommes et femmes, la salle des commissions n’est pas grande. La citoyenne-assesseur siège à un bureau légèrement surélevé, entre le chef de détention et un surveillant, également assesseur. « Pendant ces commissions – écrit-elle – on est si proches les uns des autres que je peux entendre le souffle des détenus quand ils sont énervés. » Son livre reflète cette proximité. Les cas, les situations, les dialogues, l’apparence physique et le comportement des détenus sont décrits avec beaucoup de réalisme et de tact… Une plongée dans la vie quotidienne de ces hommes et femmes souvent très jeunes qui, ne bénéficiant plus de la liberté, ni de l’égalité, « doivent pouvoir compter – je cite – sur notre entière fraternité ».

L’affaire n’est pas anodine. Outre le mitard, avec ou sans sursis, écoper d’une sanction disciplinaire peut priver un détenu de parloir, de travail s’il en a et donc de « cantine », c’est-à-dire de la possibilité d’acheter des produits de première nécessité, et surtout entraîner une suppression des crédits de réduction de peine. Après les violences, la détention ou le trafic de stupéfiants est l’incrimination la plus répandue. Mais la commission est surtout débordée par les téléphones portables. Tout comme Jean-Marie Delarue, le contrôleur général des prisons, Hélène Erlingsen-Creste estime qu’il faudrait les autoriser. Ça maintiendrait le lien des détenus avec l’extérieur et ça éviterait à la commission de discipline d’avoir à juger et rejuger les mêmes personnes pour les mêmes faits.

Pour se procurer l’objet du délit – alcool, cigarettes, drogue ou portables – les détenus pratiquent le « déperchage » : un proche lance un objet depuis la rue dans la cour de promenade, il atterrit dans le filet de sécurité, il n’y a plus qu’à le « dépercher » en trouant le filet à l’aide d’un yoyo. Se défendre de l’accusation amène parfois les détenus à faire preuve d’une candide mauvaise foi, invoquant la capacité du ciel à se délester d’objets providentiels. D’autres témoignages évoquent les violences, notamment le rite de passage subi à l’arrivée et qui déclenche la riposte : « Ils ont mis de la mousse à raser dans mon lit, m’ont vidé un cendrier sur la tête et attaché à une chaise. » Il y a les caïds, toujours discrets devant la commission, et ceux qui font leurs kékés, comme ce détenu qui raconte avoir improvisé un braquage foireux au volant d’une voiture à boîte automatique qui calait sans arrêt, un remake pathétique des Pieds Nickelés . « Quand on est arrivé – je cite – il y avait des flics partout, pour autre chose (…) On est tombé direct dans le filet. On a tous fui mais mon copain, il a oublié mes affaires, avec tous mes papiers dans la bagnole et donc c’était facile de me retrouver (…) J’ai voulu faire un car jacking , avec une fausse arme et une « gazeuse » j’ai hurlé à un vieux qu’il me laisse sa bagnole. Manque de bol, la gazeuse s’est retournée contre moi et je me suis retrouvé couvert de gel. Je voyais trouble et le vieux, il ne voulait rien entendre. Il restait là, dans sa bagnole, accroché à son volant. Et là, les flics sont arrivés ! »

Jacques Munier

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Revue Les Cahiers dynamiques N°58 Dossier Mixité et éducation : question de genre ? (Erès)

Revue de la Protection judiciaire de la jeunesse

http://www.editions-eres.com/parutions/education-et-formation/cahiers-dynamiques-les-/p3393-mixite-et-education-question-de-genre.htm

Comme le rappelle Marc Bessin dans ce N°, « le genre n’est pas une théorie mais un concept qui permet de penser les rapports sociaux entre les sexes ». Dans le cadre de ce qu’on appelait jadis l’éducation surveillée, il semblait aller de soi que s’occuper d’une jeune délinquant était une affaire d’homme. Puis la mixité, à l’image des évolutions affectant l’ensemble de la société, la mixité s’est progressivement imposée dans ces métiers mais une nouvelle forme de « naturalisme » a fait retour : l’autorité et la force physique aux éducateurs, le soin et la douceur aux éducatrices…

Avec les contributions de la neuropsychologue Cécile Guillaume : « Le cerveau a-t-il un sexe ? » et de Véronique Nahoum-Grappe : « Culture de la violence et différence des sexes : violence du stéréotype »

Sur le sujet du genre, voir aussi la revue Travail, genre et société N°31/2014 Dossier Enseigner le genre (La Découverte)

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