LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

L’adolescente et le cinéma / Revue Télévision

8 min
À retrouver dans l'émission

Sébastien Dupont et Hugues Paris (ss. dir.) L’adolescente et le cinéma. De Lolita à Twilight (Erès) / Revue Télévision N°4 Dossier L’appel du divertissement (CNRS Editions)

télévision
télévision
érès
érès

Au cinéma, la femme-enfant semble avoir remisé la femme fatale au rayon des archives. La question de savoir qui de l’œuf ou de la poule est responsable de cette évolution n’est pas tranchée : est-ce parce que les ados sont de gros consommateurs de films que leurs histoires, leurs projections et leurs fantasmes ont envahi les écrans, ou est-ce parce que leurs silhouettes évanescentes s’y sont multipliées et que leur identification aux personnages en a été grandement facilitée, que ceux-ci sont devenus cinéphages ? En tout cas l’émergence récente de cette classe d’âge a trouvé là un puissant facteur de reconnaissance sociale et pour les adolescents un miroir grandeur nature de leurs rêves et de leurs impasses. On peut cependant se demander si le pouvoir cathartique du cinéma ne serait pas mieux employé à leur servir des modèles qui les tirent de cette obsédante identification à eux-mêmes, qui ne fait qu’alimenter le syndrome de Peter Pan , la revendication d’une posture juvénile et le culte du moi , lesquels contribuent, avec le chômage structurel des jeunes et leur séjour prolongé d’autant au foyer familial, à ce que Marcel Gauchet a décrit comme « l’impossible entrée dans la vie ».

Toujours est-il que le 7ème art semble convenir à merveille à ce processus d’identification et de reconnaissance qui constitue l’essentiel de l’activité psychique des êtres en devenir que sont les ados. Comme l’observait Maud Manonni : « Il y a à l’adolescence une labilité identificatoire, des possibilités multiples de déguisement, et la recherche d’une scène où déployer tout son jeu ». Sur la scène virtuelle surdimensionnée qu’est le cinéma par rapport à la famille ou à l’école, des aventures tellement plus intéressantes se produisent. Pourtant, on le sait, les images n’offrent qu’une place limitée au principe de réalité et elles ne proposent que des interactions unilatérales, quand elles ne sont pas purement et simplement hypnotiques. Les différents auteurs de cet ouvrage collectif, psychologues, psychanalystes, sociologues ou spécialistes du cinéma ont choisi un angle particulier et relativement inédit pour étudier le phénomène, en se focalisant sur les filles, le cas des garçons étant mieux documenté. De Lolita à Twilight ou au récent Spring Breakers , le point de vue sur les adolescentes est évidemment très différent, même si l’œil qui est derrière la caméra est toujours celui d’un adulte. Pour le psychanalyste, le matériau cinématographique est, comme la littérature pour Freud, un champ privilégié de manifestation du symbolique. Les adolescentes ont largement investi ce champ et donné naissance à des images fortes. Mais, pour reprendre la formule de René Char, il se pourrait bien que ces images sachent « d’elles des choses qu’elles ignorent d’elles-mêmes ».

Qu’elles ignorent encore mais qu’elles pressentent confusément ou comme dans un jeu encore innocent. Le paradoxe de cette mise en scène des jeunes filles tient au fait qu’elles découvrent le sentiment valorisant d’être désirables tout en se sachant en même temps sexuellement prohibées. C’est bien entendu surtout le cas de films comme Lolita , de Stanley Kübrick, où des adultes interviennent dans le jeu de la séduction. Vladimir Nabokov, l’auteur du roman éponyme, a parfaitement décrit, du point de vue de l’homme, cette troublante et incendiaire confusion des sentiments : « Présentez à un homme normal une photographie de groupe (écolières ou girl-scouts) en le priant de désigner la plus jolie petite fille, et ce n’est peut-être pas la nymphette qu’il choisira. Il faut être un artiste doublé d’un fou, un de ces êtres infiniment mélancoliques, aux reins ruisselants d’un poison subtil, à la moelle perpétuellement embrasée par une flamme voluptueuse (oh ! cette torture sous le masque !) pour discerner aussitôt, à des signes ineffables – la courbe légèrement féline d’une pommette, la finesse d’une jambe duveteuse, et autres indices que le désespoir et la honte m’interdisent d’énumérer – la nymphette démoniaque cachée parmi les enfants bien normales auxquelles elle reste inconnue, ignorant elle-même le pouvoir fantastique qu’elle détient. » Les propos, qu’enflamment un puritanisme exacerbé, semblent d’ailleurs mieux convenir à l’auteur lui-même qu’au personnage de James Mason qui l’incarne dans le film et qui a l’air de dire continuellement : « c’est pas moi, c’est elle ».

On est loin du regard, délicatement ironique quoique non exempt de séduction, porté par Eric Rohmer sur les adolescentes et qui est ici analysé par Joëlle Roseman. C’est l’autre point de vue adopté par le cinéma sur les adolescentes, celui qui s’essaie à percer leur mystère et s’emploie à leur donner la parole. On pense évidemment au film de Sofia Coppola The Virgin Suicides , étudié par Marion Haza. Les cinq sœurs qui n’auront finalement qu’une manière d’accéder à leur corps et à ses métamorphoses urgentes, le suicide, sont suivies pas à pas par le regard de la cinéaste jusqu’au drame final. L’impossible virginité est le fil conducteur de l’histoire, avec une mère étouffante qui mène son quintette à la baguette et « semble vivre la conception de ses enfants comme une parthénogenèse », ne supportant pas l’émergence de la féminité et de la sexualité chez ses filles. Comme dans la scène où elles se préparent pour un bal : « elles eurent beau choisir la robe de leurs rêves, Madame Lisbon rajouta trois centimètres au buste, à la taille et à l’ourlet pour obtenir quatre sacs identiques ». La tragédie, légère comme une vie d’adolescente si l’on ose l’oxymore, est représentative d’une tendance importante du cinéma consacré aux jeunes filles, celle de l’émancipation.

Jacques Munier

La psychanalyse fera ses choux gras de l’engouement des jeunes filles pour les films d’horreur

Le répertoire des situations : la découverte de son corps et de sa métamorphose, le premier amour, la révolte contre les adultes, les relations et la concurrence avec les autres jeunes, filles et garçons.

Hugues Paris avec Hubert Stoecklin (L’amant interdit, l’ennemi aimé , revient sur la question récurrente du premier amour – Contes cruels de la jeunesse, Oshima) sont aussi les auteurs d’un livre réjouissant : Star Wars au risque de la psychanalyse (Erès) Dark Vador sur le divan du psychanalyste en adolescent mélancolique qui bascule du « côté obscur de la force », à retrouver dans L’essai et la revue du jour 18.04.2012

http://www.franceculture.fr/emission-l-essai-et-la-revue-du-jour-star-wars-au-risque-de-la-psychanalyse-revue-savoirs-et-cliniqu

Revue Télévision N°4 Dossier L’appel du divertissement (CNRS Editions)

Avec en particulier trois contributions sur ce qui pourrait apparaître comme une contradiction dans les termes : divertissement et politique :

Pierre Leroux, Philippe Riutort : Rendre la politique divertissante. Les talk-shows et la construction d’une expertise « populaire » de la politique

Barbara Laborde : Présidentielles 2012 : Quand la campagne s’invite au Grand Journal de Canal

Nicolas Rodriguez Galvis : Rire et réfléchir ensemble. Le cas de l’émission américaine de satire politique The Daily Show

« Tous les genres, qu’ils visent à informer ou à cultiver, subissent l’appel du divertissement , qui est, pour les chaînes, ce que fut le chant des sirènes pour les navigateurs : à la fois un désir irrépressible et l’instrument de leur perte. Comme les femmes-poissons dévoraient les marins, le divertissement engloutit les programmes. La peur de faire fuir son auditeur si l’on est trop sérieux, l’idée qu’on ne peut apprendre qu’en s’amusant imposent d’introduire une dose de divertissement dans tous les genres « sérieux ». L’évolution la plus forte est venue du côté de la médiatisation de la politique, d’abord introduite dans les émissions de divertissement et donnant lieu à ce qu’on appelle aujourd’hui l’infotainment . La télévision participe au mouvement de ludification de notre société.

Ce numéro de Télévision en montre les mécanismes en prenant comme objet les programmes que nous regardons tous les jours. »

Présentation de l’éditeur

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......