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L’art de la lutte au Sénégal / Revue Société, Droit & Religion

4 min
À retrouver dans l'émission

Dominique Chevé (ss. dir.) : Corps en lutte. L’art du combat au Sénégal (CNRS Éditions) / Revue Société, Droit & Religion N°4 Dossier La femme dans les religions monothéistes (CNRS Éditions)

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Dans l’un des poèmes de Chants d’ombre , Senghor évoque la pratique ancestrale de la lutte au Sénégal :

« Je me rappelle la danse des filles nubiles,

Les chœurs de lutte – oh ! la danse finale des jeunes hommes, buste

Penché, élancé, et le pur cri d'amour des femmes - Kor Siga ! »

«Kor Siga ! » est un cri d'encouragement aux lutteurs. Le poème s’intitule Joal , qui est le nom de la ville natale de Senghor, en pays sérère. Comme les Wolofs, les Diolas, les Toucouleurs ou les Peuls, les Sérères pratiquent les deux formes de lutte sénégalaise (avec ou sans frappe) et leur accordent une forte valeur sociale et rituelle. Les combats sont un véritable spectacle, accompagnés de chants et de danses au son du tambour, qui mobilise toute la communauté. Et c’est d’elle que vient la force du lutteur, même s’il a pris soin de se « blinder » auprès de son marabout. Le résultat est d’ailleurs visible, pour ne pas dire voyant : le corps du lutteur est comme un sanctuaire tapissé de gris-gris et couvert d’amulettes. L’une d’entre elles est très prisée. Il s’agit d’un ruban de tissu constitué de nœuds auxquels toute sorte d’objets propitiatoires peuvent être accrochés. Sa fabrication par le marabout requiert le plus grand secret et doit se faire la nuit, perché sur un arbre. Les nœuds seraient enrobés de poudres magiques conditionnées dans « la bave d’une personne morte un jeudi ». Ironie de l’histoire : cette amulette porte le nom de « Sengoor »…

La lutte est un jeu solaire, un sport pratiqué dès l’enfance aux quatre coins du pays. À l’origine, elle avait une forte valeur rituelle et venait célébrer la fin des récoltes, ou les soirs de pleine lune. Toujours elle a constitué un moment intense d’exaltation du lien social. Elle oppose les jeunes de villages voisins, plus rarement d’un même village. Son ancrage culturel fort a pour conséquence que les règles, transmises par la tradition orale, sont différentes d’un lieu et d’une ethnie à l’autre. En milieu rural on pratique plus volontiers la lutte dite simple, en ville, la lutte avec frappe qui mêle aux prises, esquives et ripostes les coups de poings. En cas de combat interethnique, on harmonise les règles. D’une manière générale les rencontres sont plus organisées et les assauts plus violents en milieu urbain, mais on signale chez les Wolofs de l’intérieur du pays l’usage de morsures ou de techniques comme le thiabax , un coup consistant à introduire les doigts dans l’œil de l’adversaire.

« Les génies, Dieu et les femmes aiment les lutteurs », affirme un dicton dont on peut apprécier le rang qu’il assigne à chaque entité… Aujourd’hui, même si c’est marginal, les femmes elles aussi entrent dans l’arène. Mais les hommes désapprouvent en général les attitudes et les poses qu’elles adoptent alors pour exprimer leur agressivité, le langage ordurier, une casquette vissée sur la tête, les gestes déplacés. Pourtant, cela fait partie de l’évolution des pratiques, décrites dans l’ouvrage dirigé par Dominique Chevé avec de nombreux chercheurs africains, et notamment les retransmissions télévisées qui le disputent en audience aux matchs de foot, pourtant très suivis. Tout un folklore urbain, lié au rap et à la sape, s’est substitué aux rituels et célébrations du monde rural. Une figure de champion a cristallisé cette tendance, il s’agit de celui qu’on surnomme « Tyson », un athlète impressionnant qui aimait se draper dans la bannière étoilée des États Unis, moins par référence à la nation que pour exalter le « fighting spirit ». Il a incarné à la fin des années 90 l’esprit de toute une génération de jeunes Sénégalais imprégnés par l’image des sportifs noirs américains et l’idéologie du self-made man . Et il a parfaitement symbolisé le mouvement des « boul falé », une expression wolof qui signifie « laisse tomber », ou « t’occupe pas », ce qui résume une attitude face aux difficultés ou à la crise : « Prends la vie du bon côté malgré les embuches, goûte-la, travaille et boul falé, oublie et avance ».

Jacques Munier

SDR
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Revue Société, Droit & Religion N°4 Dossier La femme dans les religions monothéistes (CNRS Éditions)

La question est envisagée sous les angles historique, juridique et social.

La femme en islam et son statut dans la société islamique, Abdulaziz Othman Altwaijri

◗ Les religions et les droits des femmes, Jean-Marie Heydt

◗ Le statut de la femme dans le judaïsme, Gabrielle Atlan

◗ Dans le christianisme, le Visage de l’Homme est autant celui d’une femme que d’un homme, Marie-Geneviève Missègue

◗ La place de la femme dans l’islam, Zeina el Tibi

◗ L’évolution de la femme dans le monde musulman, Fawzia Al Ashmawi

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