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Le bel âge du cerveau / Revue Terrain

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À retrouver dans l'émission

André Aleman : Le bel âge du cerveau (Autrement) / Revue Terrain N°63 Dossier Attendre (Editions MSH)

Aleman
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S’il est vrai qu’à partir d’un certain âge – environ 75 ans – les performances de notre mémoire diminuent – encore le début de ce déclin s’amorce-t-il dès l’âge de vingt ans – s’il est vrai aussi que la pensée ralentit, pour le reste les seniors n’auraient aucun souci à se faire avec leur cerveau, bien au contraire. André Aleman, professeur de neuropsychiatrie cognitive, montre que son fonctionnement à l’âge avancé explique la plus grande stabilité émotionnelle et la meilleure gestion du stress des personnes âgées, ainsi qu’une capacité accrue à prendre des décisions complexes. Si la mémoire décline, c’est d’ailleurs aussi parce qu’on a moins l’occasion de s’en servir à ces âges. Car le cerveau, on le sait maintenant, continue toute la vie à produire de nouvelles cellules, principalement dans l’hippocampe, siège de la mémoire et du stockage des informations. Mais ces neurones frais ont une durée de vie de quelques semaines seulement s’ils ne sont pas mobilisés par l’apprentissage.

Le poids et le volume du cerveau diminuent avec l’âge, notamment certaines zones comme le cortex frontal et l’hippocampe, accentuant le déclin continu de la mémoire. De même le cortex préfrontal, qui aide à filtrer les informations non pertinentes, ne fonctionne plus à plein régime, ce qui explique les difficultés de concentration là où les enfants font du bruit, par exemple. Mais ce qu’ont montré les études de l’équipe américaine dirigée par le neuropsychologue bien nommé Roberto Cabeza, c’est qu’il se produit un phénomène d’adaptation et de compensation. Ainsi, l’activité diminue dans la partie postérieure du cerveau mais s’intensifie dans sa partie antérieure alors même qu’elle est la plus touchée par les effets du vieillissement. Le même phénomène s’observe à propos de l’asymétrie bien connue des deux hémisphères. À gauche le langage, à droite les émotions, cette répartition s’estompe avec l’âge, comme s’il s’agissait de mieux répartir la charge en réorganisant les réseaux de neurones, ou de compenser les effets de l’âge par une activité accrue.

Quant à la meilleure stabilité émotionnelle des seniors, l’auteur évoque l’hypothèse selon laquelle, par rapport aux jeunes, ils sont moins tournés vers le futur et donc plus aptes à profiter du moment présent. Le psychologue américain Erik Erikson parle d’un facteur d’ « intégrité personnelle », lorsque le bilan de la vie est positif, un facteur qui contribue grandement à cette stabilité émotionnelle. Et dans le contexte des relations sociales, le ralentissement de la pensée aurait également des conséquences heureuses, dans la mesure où il est souvent préférable de ne pas réagir trop rapidement. Ce ralentissement est notamment favorable à la stratégie de « réinterprétation » des émotions, qui consiste à revenir sur leur cause effective et ainsi à éventuellement les relativiser, à ne pas se laisser emporter par elles. Des chercheurs de l’université du Michigan ont montré que les gens de plus de 60 ans faisaient preuve d’une « intelligence sociale » supérieure à celle des jeunes, en particulier la faculté d’adopter le point de vue d’autrui, et résolvaient mieux les conflits que leurs cadets.

Tout cela contribue à la définition de ce nous appelons la sagesse. Il s’y mêle évidemment l’expérience acquise. La vision à long terme, dans laquelle une décision influence les suivantes et ce que Piaget désignait comme la pensée « post-formelle » qui intervient dans les problèmes complexes présentant plusieurs solutions possibles sur fond d’incertitude, ainsi que le discernement, sont des facultés qui améliorent la capacité de décision et participent de ce que nous considérons à juste titre comme de sages dispositions. Il peut même y entrer de l’autodérision ou de l’humour, comme dans cette réponse de notre Jeanne Calment nationale à un journaliste venu célébrer son cent dixième anniversaire – elle qui vécut jusqu’à 122 ans – et qui lui disait d’un ton hésitant espérer pouvoir la féliciter l’année suivante. La jubilaire lui répondit qu’on pouvait en effet l’espérer, son interlocuteur paraissant en bonne santé…

Jacques Munier

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Revue Terrain N°63 Dossier Attendre (Editions MSH)

http://www.editions-msh.fr/livre/?GCOI=27351100635880

C’est sans doute l’une des choses les mieux partagées au monde. « Qui n’a jamais attendu ? Demande Christian Bromberger dans son introduction – Ni le félin sa proie, ni le voyageur son train, ni le mystique la grâce. » Des files d’attente aux attentes messianiques des christianismes autochtones en Islande ou au Cap-vert, en passant par l’attente des demandeurs d’asile, des migrants sur leur parcours, dans l’armée ou en prison, c’est toujours la même expérience d’un temps suspendu qui est étudiée sous des facettes différentes… Comme un fait social total

Avec les étonnantes photos de Gérard Monnier : des gens qui attendent, partout à travers le monde

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