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Le dictionnaire incroyable / Revue Crimes et châtiments

7 min
À retrouver dans l'émission

Jean-Claude Raimbault : Le dictionnaire incroyable (Editions Glyphe) / Revue Crimes et châtiments N°1 (Editions Jacob Duvernet)

Le texte de la chronique

Jean-Claude Raimbault : Le dictionnaire incroyable (Editions Glyphe)

Ceux qui aiment les mots, et j’en suis, cet ouvrage devrait les conjoyer et provoquer leur béance, c’est à dire leur félicité. Il est rempli des ptôses glanées dans les dictionnaires des quatre siècles passés, les vocables tombés comme des feuilles mortes au fil du temps, et il forme un étonnant catalogue de réjouissantes bizarreries et de superlificocantieux dinosaures qui malgré leur excellence – c’est ce que signifie ce zinzinulant coléoptère verbal : superlificocantieux – malgré leur excellence, donc, n’ont pas réussi leur adaptation à l’évolution des parlures.

La lexicographie est un art difficile et parfois ingrat. On n’y échappe pas au risque de l’inventaire ni aux vertiges de l’entomologie, et moi ce matin pas davantage, je le crains, mais l’auteur a rassemblé les perles de sa collection en chapitres, et accompagne le récit de ces mots qui ont beaucoup à nous dire. Chacun correspond à un usage ou une fantaisie, une idée ou un désir qui ont disparu eux aussi et qui nous parlent d’une vie perdue dans l’histoire. D’autant que ces mots oubliés et surprenants sont suivis par les définitions de l’époque, puisées dans les dictionnaires du temps où ils étaient encore sur toutes les bouches et d’ailleurs certains mots valent aussi pour leur définition. Au chapitre des mots identiques qu’il s’agit de distinguer, par exemple : babillard et bavard, « le babillard est incorrect, le bavard est fâcheux. » Mais surtout, bien avant qu’on ne s’essaie à « provincialiser l’Europe », on disposait du verbe « déprovincialiser », « ôter les manières provinciales ». Un éminent lexicographe, tout aussi oublié que ces mots, Napoléon Landet ajoute dans son dictionnaire de 1834 : « mot peu en usage mais bon à utiliser »… Il y a aussi cagnard : « du latin canis, parce que les fainéants aiment à se coucher au soleil comme les chiens ».

Nous ne sommes pas, vous et moi, Marc, des cogne-fétu, des gens qui se donnent « beaucoup de peine pour ne rien faire », et on peut assurer à nos auditeurs que c’est foitable, c’est à dire « digne de foi ». Alors, avec l’inventaire, je vais m’efforcer d’éviter l’éphectite, qui « se dit de ce qui devient plus obscur après une longue étude » et aussi nous épargner le galimatias, dont l’immortel Napoléon Landais – au fait, saviez-vous qu’on pouvait être désimmortalisé ? – donne deux définitions, empruntées à Boileau : le galimatias simple « que les autres ne peuvent comprendre » et le galimatias double, « inintelligible pour le lecteur et l’auteur lui-même ». Suivez mon regard. Et dieu nous préserve du galimart (avec un seul l et un t) du galimart singultueux, qui fait sangloter, « encre perdue en phrases inutiles ». Pourtant galimart désignait auparavant un écritoire ou un encrier, comme chez Rabelais. Mais depuis lors les « lucubrateurs » se sont fâcheusement répandus, qui consacrent leurs veilles « à un travail littéraire ».

Le mot galimatias dériverait de galimafrée, un « ragoût de reste de viande ». Mais à l’heure du petit déjeuner, pas grand chose à se mettre sous la dent dans ce dictionnaire incroyable, à part quelques « panasses », des petits pains. Par contre la vitaille, les vivres ne manquent pas, qu’on épinoche, lentement et sans faim, voire avec dégoût, ou qu’on friande avec délicatesse. Car mieux vaut éviter de brifer, « manger avidement, étouffer » ou galiffrer à l’heure de la crevaille si l’on veut sans encombres atteindre la plesmone, la « plénitude de l’estomac ». Et avec la fripe, « tout ce qui se mange », il est bon de chocailler, je cite : « s’enivrer sur le cul d’un tonneau en choquant le verre ».

A l’heure qu’il est, je vous passe le chapitre sur le sexe. Vous ne saurez pas ce que c’est que bougironner ou choser, pas plus que s’encornailler. S’appaillarder, pas besoin de faire un dessin… Je vous ai gardé pour la fin quelques faux amis. Calybite n’est pas l’équivalent masculin de callipyge mais désigne celui « qui loge dans une cabane ». De même, endoyer se contente de montrer du doigt. Et triquenique n’est qu’une bagatelle, « une querelle sans sujet ».

Voilà, j’ai fini, pas besoin de bourdalou, ce « pot de chambre oblong qu’on appelait ainsi parce que les sermons de Bourdaloue étaient si longs qu’il était prudent, pour les dames, de prévoir d’emporter un discret pot de chambre à glisser sous la vaste robe ». Et Jean-Claude Raimbault de commenter le caractère « machiste de l’explication, qui exonère les hommes de tout problème de vessie ». Mais ceci est un autre chapitre de l’ouvrage. Les mots du machisme, pas de savoir s’il y avait surtout des femmes pour écouter « le roi des prédicateurs et prédicateur des rois ».

Et vivement le weekend qu’on puisse enfin journoyer, « passer la journée sans travailler » et faire le dimanchier. Proufasse, disait-on à la fin d’un repas, un vocable qu’on trouve chez Rabelais et La Fontaine, « que ça vous profite », Mesdames et Messieurs !

Jacques Munier

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