LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Le littoral, dernière frontière / Revue Politique étrangère

5 min
À retrouver dans l'émission

Paul Virilio : Le littoral, dernière frontière. Entretien avec Jean-Louis Violeau (Sens & Tonka) / Revue Politique étrangère N°3/2013 Dossier Les guerres de demain (Ifri)

virilio
virilio

La mondialisation a eu un effet collatéral majeur qui n’a pas échappé à Paul Virilio : nous sommes entrés dans l’ère des flux toujours plus rapides, une version géographique de la société liquide dont parle Zigmunt Bauman. Les frontières sont en voie d’obsolescence et même si l’on édifie des murs un peu partout, ce n’est qu’en réaction à ce mouvement de fond qui affecte notre monde et fait du littoral, et plus précisément de ce qu’on appelle le trait de côte , la dernière limite, celle qui sépare la matérialité du territoire de la dynamique du flux. Il s’agirait d’une transformation de l’histoire aussi importante que celle qui avait marqué le passage à la sédentarisation de l’humanité et à l’agriculture, la révolution néolithique. Mais Virilio préfère au terme de révolution celui de révélation car il y a dans la révolution l’idée d’un dépassement du révolu, lequel – je cite « appartient à notre histoire anthropo-statique, reliée à l’inertie du lieu. Or nous entrons dans le moment de l’inertie du lien », celui de l’instantanéité et de l’ubiquité, « le live , les télécoms ». Si le XXème siècle était celui de la déconstruction, pour le philosophe de la vitesse le XXIème siècle est littéralement désorienté .

Plus que de la « fin de l’histoire » dont on a pu parler comme du délitement d’un sens et d’une orientation au cours du monde, notre époque serait celle de la fin de la géographie et nous serions passés de la tectonique des plaques ou des territoires à la dynamique des fluides, le liquide et l’aérien, l’océan et l’atmosphère. Ces éléments sont à la fois les vecteurs et malgré la capacité de résistance physique qu’ils opposent au mouvement, les prodigieux facteurs de l’accélération des échanges dans ce que Paul Virilio désigne comme une civilisation de l’emport dont le porte-container ou l’A380 seraient les grandes figures. L’urbaniste rappelle d’ailleurs le développement des interconnections entre l’aérien et le maritime, avec des aéroports de plus en plus souvent construits sur la mer, comme à Nice ou à Kansaï, au Japon. Et c’est également l’emport qui domine les stratégies urbaines contemporaines, comme on peut le voir dans le projet du Grand Paris, mais aussi ceux de toutes ces villes – Nantes, Bordeaux, Marseille, Nancy ou Rennes – qui transforment leurs gares et se recentrent autour du TGV.

Donc – je cite « aujourd’hui l’histoire bascule vers le dernier rivage, océanique, vers la fin du monde, vers le finisterre ». Jean-Christophe Bailly l’avait évoqué dans les termes d’une poétique du paysage, avec ce texte inclus dans son dernier livre, Le Dépaysement , sur cette rue de Lorient qui mène au bout du monde. « Mais au delà du tout, il n’est rien qui le termine… » disait Lucrèce, renvoyant quand même l’hypothèse d’un bout du monde à sa dimension géographique, car si le monde n’a pas de fin, il reste que la Terre elle-même, la planète est finie. Même si la frontière n’est plus la ligne bleue des Vosges mais la ligne bleue des mers, « un horizon où il n’y a que de l’horizon ».

Paul Virilio, qui se désigne lui-même comme un enfant de la guerre-éclair et qui s’est ça ou là défini comme un « intellectuel de défense », évoque aussi dans cet entretien stimulant la contribution spécifique et centrale des opérations militaires dans cette conjugaison du temps réel, de l’immédiateté et de l’ubiquité qui transcendent l’espace réel et les distances. On vient de le voir en Centre-Afrique avec la simultanéité confondante de la résolution de l’ONU et des premières patrouilles de l’armée française dans Bangui, donnant rétrospectivement raison au philosophe qui constatait, dès les années 80 dans son livre Esthétique de la disparition , que le but recherché par le pouvoir était désormais – je cite « moins l’envahissement des territoires, leur occupation, qu’une sorte de résumé du monde obtenu par l’ubiquité, l’instantanéité de la présence militaire, un pur phénomène de vitesse ».

Jacques Munier

PE
PE

Revue Politique étrangère N°3/2013 Dossier Les guerres de demain (Ifri)

http://politique-etrangere.com/2013/09/16/politique-etrangere-32013-bientot-en-librairie/

Dossier dirigé par Charles-Philippe David et Dominique David, qui font le triste décompte des victimes des grands conflits du XXème siècle et soulignent le fait que les victimes civiles sont de plus en plus nombreuses. Si les conflits entre grandes puissances semblent bien appartenir au passé, les conflits restent majoritairement interétatiques et l’un des buts majeurs de guerre est aujourd’hui l’état plus petit et non plus grand, comme par le passé

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......