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Le Principe Sécurité / Revue Politique étrangère

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Frédéric Gros : Le Principe Sécurité (Gallimard) / Revue Politique étrangère , automne 2012 Dossier Où va l’Iran ? (IFRI)

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Frédéric Gros : Le Principe Sécurité (Gallimard)

La sécurité est devenue un enjeu politico-médiatique majeur, même s’il faut rappeler qu’au cours de la dernière campagne présidentielle et malgré les tueries de Toulouse et Montauban, la question de l'insécurité aura pesé pour seulement 8% dans le vote des Français, à égalité avec l'immigration, et loin derrière le chômage et la crise. Mais force est de constater que son emprise s’étend à tous les domaines de la vie publique et privée, qu’on parle de société, d’alimentation, d’énergie ou des frontières, au point que Frédéric Gros en fait un véritable « principe régulateur ». Tout se passe comme si, à mesure que les horizons utopiques se réduisent comme peau de chagrin, seules la peur de l’avenir et la perspective de la catastrophe animaient encore l’impulsion historique dans nos sociétés avancées. Et dans le concept de Principe Sécurité, on peut entendre l’écho assourdi, terriblement dégradé et presque retourné comme un gant de ce que le philosophe Ernst Bloch avait désigné du beau nom de Principe Espérance.

Dans un ouvrage récent consacré au thème de l’insécurité durant la campagne électorale de 2002, la linguiste et lexicographe Emilie Née relevait le contenu volatile et la faible problématisation du mot, qui s’impose du coup avec l’évidence d’un dogme, sa sous-détermination en termes de sens et de représentations son ambiguïté référentielle qui permet de l’accoler à toute sorte de réalités, même s’il renvoie le plus souvent à la délinquance, et l’invraisemblable diversité de ses connotations qui désignent aussi bien la route (l’insécurité routière) que l’alimentation, l’économie ou la santé. Toutes ces caractéristiques de plasticité, d’ambiguïté, d’indétermination font que le mot peut fonctionner comme un signal collectif, la synthèse de peurs, de malaises, de risques ou de précarités.

Frédéric Gros, quant à lui, distingue quatre dimensions du principe sécurité, qui se trouvent recouper de grandes séquences historiques : la sécurité comme état mental, disposition d’esprit qui définit l’ambition des sagesses stoïciennes, épicuriennes et sceptiques, soit l’ataraxie ou la sérénité intérieure. Puis la sécurité postulée par la vision du monde eschatologique du millénarisme chrétien, l’utopie mystique d’une période de bonheur parfait pour l’humanité réconciliée, et dont un surgeon tardif et vénéneux a ébauché le cauchemar du Reich de mille ans. Enfin, à l’époque moderne, celle de l’Etat-nation, la sécurité comme garantie des droits fondamentaux et comme fin de l’état de guerre de tous contre tous, qu’illustrent les textes fondateurs de la pensée politique moderne – Hobbes, Locke, Rousseau. Et de nos jours, la version diffuse et généralisée de la sécurité comme « contrôle des flux », ce que l’auteur appelle la biosécurité avec ses corollaires de « traçabilité » et « principe de précaution », qui réalisent à une échelle que Foucault lui-même n’avait sans doute pas imaginée le gouvernement biopolitique.

Ces grandes dimensions ne sont pas cantonnées aux périodes historiques où elles ont connu leur âge d’or. Elles peuvent subir des reconfigurations à d’autres époques et entrer en tension, voire en contradiction entre elles. Ainsi le paradigme de la sécurité intérieure du sage de l’antiquité peut être récupéré par la politique comme un idéal de gouvernement – garantir la sécurité des concitoyens, la paix civile – au risque d’alimenter la confusion entre insécurité réelle et « sentiment d’insécurité », illustrant au regard de la réalité statistique et sociale de la délinquance ce que Jean-Claude Chesnais a appelé dans son Histoire de la violence le théorème de Tocqueville : « Plus un phénomène désagréable diminue, plus ce qui en reste est perçu ou vécu comme insupportable. » De même, des philosophes comme Eric Voegelin ou Karl Löwith ont-ils établi un lien entre la geste millénariste médiévale et certaines grandes violences collectives du XXe siècle, ou à la manière de Günther Anders, une relation avec ce qu’il désigne comme le « millénarisme technique », le rêve d’une société intégralement organisée sur le modèle de la machine. Aujourd’hui la notion de sécurité renvoie davantage dans nos esprits à sa dimension policière ou militaire qu’à son contenu juridique de « garantie des droits fondamentaux », distorsion essentielle de sa constitution d’origine, qui renvoyait à la fois au principe de fondation de l’Etat, à la destination finale des sociétés civiles, à la légitimité de l’autorité ou au but visé par l’institution de communautés politiques.

Frédéric Gros montre comment les trois fonctions de l’Etat moderne entrent en concurrence dans l’exercice du pouvoir, et comment la dimension sécuritaire du maintien de l’ordre public, voire les prérogatives de la puissance dans le concert des nations peuvent faire écran à la première de ces fonctions, qui est celle de garantir les libertés publiques. Il dénonce les risques de confusion, ou comme il dit « d’enveloppement réciproque » entre les catégories de la sécurité policière et celles de la sécurité du territoire, lorsqu’on parle d’ « ennemi intérieur » ou de « guerres urbaines » à propos des émeutes dans nos banlieues. Au nom de cette confusion des genres, l’état de droit abdique, il s’accommode du contrôle des médias, des surveillances abusives, des détentions arbitraires, de l’extension indéfinie du champ pénal. Les exemples abondent, et ils se multiplient dès lors qu’on change d’échelle et qu’on aborde le niveau de ce qu’on appelle la « sécurité globale », un « machin » destiné à nous faire avaler l’emprise croissante d’officines privées qui prolifèrent sur le marché mondialisé de la sécurité, « sur fond d’agitation du spectre de la peur ».

Jacques Munier

Revue Politique étrangère , automne 2012 Dossier Où va l’Iran ? (IFRI)

Dossier coordonné par Denis Bauchard, qui rappelle combien cette société bouge en profondeur grâce au rôle des femmes et des jeunes, dont la part qui poursuit des études supérieures est croissante. Marie Ladier-Fouladi revient d’ailleurs sur le rôle des femmes, dont l’allongement de la durée d’études a contribué à faire chuter la natalité et à remettre en cause l’ordre patriarcal

Sur le plan de la sécurité et concernant le nucléaire Dina Esfandiary fait le point sur ce qu’on sait du l’état d’avancement du programme mais on peut supposer que l’Iran, dont le succès se base « sur un talent quotidien à gagner du temps », évitera le passage concret à l’arme, qui serait trop dangereux pour le pays, et s’arrêtera provisoirement à la maîtrise technique ce qui amène l’éditorialiste de la revue à poser la question : « combien de pays émergents tenteront d’accéder à ce statut de potentialité nucléaire militaire », ménageant une zone d’entre-deux et d’incertitude dans la distinction have-have not introduite par le Traité de non-prolifération et qui s’avère du coup dépassée ?

Mohamed Reza-Djalili et Thierry Kellner : l’Iran dans son contexte régional

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