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Le royaume biblique oublié / Revue Politique étrangère

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Israël Finkelstein : Le royaume biblique oublié (Odile Jacob) / Revue Politique étrangère , Printemps 2013 Dossier Israël après les élections (Ifri)

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Ce royaume oublié, c’est tout simplement le premier royaume d’Israël, désigné dans la Bible comme le « Royaume du Nord » ou la Samarie, présenté dans les livres de Samuel et des Rois comme rejeté par Yahvé et dont les rois sont évoqués de façon très négative par le texte biblique, en particulier le premier d’entre eux, Jéroboam 1er, le fondateur du Royaume du Nord, décrit comme le premier apostat, « celui dont les péchés ont condamné ce royaume dès sa formation ». Lors de sa chute, en 721 avant notre ère, sous les coups des Assyriens, de nombreux réfugiés affluent en Judée et la population de Jérusalem connaît alors une subite et formidable croissance démographique tandis que le Royaume du Nord, beaucoup plus riche et mieux situé sur les routes du commerce est repeuplé de colons babyloniens. Pratiquant l’amalgame, la Bible qui commence à être écrite à cette époque, ira même jusqu’à accuser la population de Samarie d’être composée de ces colons pratiquant une forme de syncrétisme hébraïco-païen, des accusations qu’on retrouve dans les deux Livres des Rois, alors que les Samaritains ont toujours prétendu être les descendants légitimes des dix tribus d’Israël et qu’ils rejetteront les accusations de paganisme. C’est l’éclairage porté par l’archéologie à la fois sur l’histoire du peuple hébreu et sur l’écriture de la Bible qu’analyse ici Israël Finkelstein en nous plongeant aux origines de cette épopée.

L’auteur est la figure de proue d’une génération d’archéologues qui se démarquent de ceux qui veulent à toute force que l’archéologie vienne confirmer les données bibliques et fouillent sans relâche la ville de Jérusalem, notamment, à la recherche d’indices permettant d’accréditer la description biblique d’une cité puissante régnant sur un vaste empire dès l’époque de David et de son fils Salomon, soit au 10ème siècle avant notre ère, alors qu’à ces hautes époques elle n’était vraisemblablement que le centre d’un minuscule royaume du Sud, la Judée, dominé culturellement et politiquement par son grand voisin du nord. Comme l’a établi la recherche archéologique et historique, presque tous les processus significatifs comme la construction monumentale ou l’activité scripturaire, en particulier la compilation de textes historiques, ont eu lieu dans le royaume d’Israël plusieurs décennies, voire un siècle, avant d’apparaître en Juda. Finkelstein considère par conséquent que – je cite « la tentative désespérée de prouver l’existence d’édifices monumentaux, y compris des fortifications, au tout début du royaume de Juda provient uniquement d’une lecture non critique du texte biblique » et son attitude est donc inverse : reconsidérer l’histoire du peuple d’Israël à partir des données révélées par l’archéologie et par l’examen critique de la Bible, en recoupant au besoin les informations qu’elle délivre avec des sources non bibliques, notamment assyriennes.

Lorsque le Royaume du Nord disparaît à la fin du 8ème siècle avant notre ère, la Judée se retrouve subitement promue « seul leader de toute la nation israélite ». Au moment où commence à s’établir par écrit le canon judaïte, il lui faut incorporer les textes et traditions orales venues du nord avec les réfugiés, des récits pas toujours favorables à ses propres dynasties. Ainsi, lorsque les livres de Samuel incluent les traditions nordistes hostiles au fondateur de la dynastie davidique, ils les « distordent de telle sorte qu’ils arrivent à exonérer David de tout méfait ». L’opération vise évidemment à servir sa stratégie politique, mais aussi à contribuer à l’intégration des réfugiés israélites, et à produire un récit cohérent de l’histoire du peuple hébreu désormais réconcilié par delà ses divisions antérieures, en servant la reconstruction d’une histoire centrée sur Juda, qui soutient que tous les Hébreux doivent se reconnaître dans la dynastie davidique et adorer le Dieu d’Israël dans le Temple de Jérusalem. Pour qui sait lire et voir, comme Israël Finkelstein, le texte biblique porte partout la trace de cet événement historique et fondateur, par excès ou par défaut. Car c’est dans le cadre de ces bouleversements que la Bible fut écrite, comme un document destiné à assurer l’unité retrouvée du peuple juif. Au prix notamment d’un resserrement sur l’identité judaïque car, à l’instar de tous les grands états de la région, le Royaume du Nord abritait une grande diversité ethnique : Israélites, bien sûr, mais aussi Cananéens, Phéniciens et Moabites. Il n’avait pas un seul mais plusieurs centres religieux et par rapport au territoire marginal et isolé au sommet des ses collines arides de Juda, le royaume d’Israël avait constitué sans doute la plus prospère, urbanisée et cosmopolite des cultures du Levant ancien.

De ce point de vue, affirme Israël Finkelstein, « la Bible peut être considérée comme le fruit de l’impérialisme assyrien ». Car la disparition du Royaume du Nord favorisa le développement économique de Juda, ainsi que sa démographie, son urbanisme et son activité scripturaire et elle provoqua une réflexion sur son rôle historique au sein du peuple hébreu. Et par le truchement de sa courte existence, deux siècles en tout et pour tout, le royaume d’Israël avait donné naissance à un concept appelé à un grand avenir. Car en vertu de sa disparition, le Royaume du Nord rendait le terme Israël disponible, au point de vue territorial et politique. C’est pourquoi l’auteur peut en conclure, avec un beau sens du paradoxe que l’histoire ne lui conteste pas, que « l’émergence de l’Israël biblique en tant que concept fut le résultat de la chute du royaume d’Israël ».

Jacques Munier

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A lire aussi

« La Bible dévoilée , Les nouvelles révélations de l'archéologie , un ouvrage de synthèse de l'archéologue Israël Finkelstein et de l'historien et archéologue Neil Asher Silberman, d'abord paru en anglais en 2001 sous le titre de (The Bible Unearthed ). Traduit en français dès 2002 (Folio), il présente le résultat de recherches archéologiques permettant, selon les auteurs, d'éclairer les événements rapportés par la Bible. Il a été complété en 2006 par un second ouvrage, Les Rois sacrés de la Bible, À la recherche de David et Salomon , qui rend compte de datations au carbone 14 réalisées postérieurement avec de nouvelles techniques. La Bible dévoilée, Les révélations de l'archéologie est un film de Thierry Ragobert adapté du livre.

Il s'agit d'un ouvrage scientifique sur des données archéologiques récemment « tirées de terre », d'où le terme unearthed dans le titre original, littéralement « La Bible exhumée ». La traduction française a préféré le mot « dévoilée ». Le livre offre la synthèse d'un nombre important d'articles scientifiques publiés dans des revues professionnelles à comité de lecture, tant par les auteurs eux-mêmes que par leurs collègues, abondamment cités. L'ouvrage discute en détail les travaux de 15 archéologues reconnus, et, tout aussi en détail, de 6 biblistes reconnus. Un film documentaire de quatre heures a été tiré du livre ; sa vocation pédagogique explique le choix fait par France 5 et Arte d'en donner plusieurs diffusions à des heures de grande audience, deux ans de suite, à l'occasion des fêtes de Noël. »

Présentation Wikipédia

Revue Politique étrangère , Printemps 2013 Dossier Israël après les élections (Ifri)

http://politique-etrangere.com/2013/03/19/politique-etrangere-12013-bientot-en-librairie/#more-3515

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