LE DIRECT

Le Sahara / Revue Feuilleton

6 min
À retrouver dans l'émission

Bernard Nantet : Le Sahara. Histoire, guerres et conquêtes. (Tallandier) / Revue Feuilleton N°8

feuilleton
feuilleton
désert
désert

Dans sa livraison de fin 2011, la revue Hérodote avait publié un dossier consacré au Sahara qui montrait que cette immense région de 9 M de km2 s’étendant sur une dizaine de pays était loin d’être aussi désertique qu’on pourrait l’imaginer. Traversée par les routes de trafics en tout genre, notamment d’armes et de stupéfiants, sillonnée par les réseaux d’immigration clandestine, auscultée par les géologues des compagnies pétrolières et minières et aujourd’hui parcourue par des caravanes de touristes, couverte d’oasis ou, comme à Taoudenni, de mines de sel toujours en activité, la région est également le siège de conflits armés, dans le Sahara occidental ou au Nord du Mali comme on l’a vu récemment. S’il est vrai que le mot Sahara signifie le désert en arabe, il est clair que cette étendue aride est rien moins que déserte au sens propre comme au sens figuré. Et ce que révèle la lecture des archives géologiques et archéologiques, c’est qu’il y a quelques milliers d’années le Sahara était couvert de lacs et peuplé de petits groupes de chasseurs, cueilleurs et pêcheurs néolithiques qui ont partout laissé des traces, des sépultures caractéristiques, des œuvres d’art rupestre représentant des animaux gravés dans la roche – hippopotames, éléphants, girafes ou crocodiles – des outils diversifiés, notamment des silex biface ou des harpons en os de crocodile très résistant, ainsi que des amas de déchets de cuisine qui révèlent une alimentation complète et variée.

Bernard Nantet n’est pas remonté aussi loin dans le temps. Son livre fait suite à un ouvrage précédent, une Histoire du Sahara et des Sahariens , où l’on pouvait retrouver cette préhistoire humide, puis les différentes vagues de peuplements nomades fuyant la désertification et le Moyen Age avec l’arrivée des Arabes et les guerres autour de l’or du Ghana et du Soudan, ainsi que l’histoire des grands empires africains jusqu’à leur chute aux XVIe et XVIIe siècles et l’arrivée des premiers Européens. Dans le livre qui paraît aujourd’hui il reprend le fil de cette histoire, en revenant notamment sur l’épisode de la colonisation du Sahara, et sur les conditions de la décolonisation. Une histoire qui éclaire les événements récents, en particulier l’attitude des Touaregs, qui ont revendiqué l’an dernier leur indépendance, en faisant alliance avec les islamistes d’Aqmi. «La crise a fait émerger des problèmes occultés depuis l’indépendance en 1960», commente l’auteur, notamment ceux de ces «grands perdants des nomades sahariens» que sont les Touaregs, écartelés entre l’Algérie, la Libye, le Mali et le Niger. Comme d’autres, ils ont alors été associés, parfois contre leur gré, « à des peuples qui ne partageaient pas la même approche de l’existence ».

Ces peuples du Sahara ont une histoire, et elle est riche en rebondissements. Bernard Nantet la détaille, non sans préciser la diversité ethnique de ces populations, les Maures ou arabo-berbères, les Touaregs, les Toubous du Tchad et même les Juifs, puisque si l’existence d’un royaume juif dans la région d’Ifrane au Maroc plusieurs siècles avant notre ère n’est pas formellement établie, les preuves d’un peuplement juif dans les oasis du Touat ont été apportées par l’archéologie, avec des stèles comportant des épigraphies, mais aussi par des noms d’origine, comme Touati, sans compter la tradition orale et des témoignages d’origine musulmane ou juive. Au Touat, ce serait le massacre par les Romains des Juifs révoltés de Cyrénaïque, en 115 et 118 de notre ère qui aurait poussé ces populations à trouver refuge au désert. Moins connus que les Touareg ou les Maures arabo-berbères, les Toubous du Tchad constituent le troisième groupe le plus important du Sahara. Eleveurs de dromadaires ou de bovins, ils ne présentent pas la même organisation sociale très intégrée en confédérations que les premiers. Il semble qu’ils soient les descendants des anciens habitants de la forteresse montagneuse du Tibesti. Les aléas climatiques expliqueraient leurs incessantes migrations.

C’est d’ailleurs l’élément déterminant de toute cette histoire dès les origines, comme l’a montré la géologue et paléoclimatologue Nicole Petit-Maire dans son livre sur les grands changements climatiques au Sahara. Avec la diminution de l’insolation, les moussons au sud et les cyclones atlantiques au nord ont diminué et depuis 4000 ans le désert a pris la place que nous lui connaissons aujourd’hui. Dans certains endroits le processus a pu être rapide, voire brutal, comme en témoignent des squelettes de grands poissons entiers piégés par la brusque descente des eaux ou des coquillages fermés, en position de vie. Le silence est retombé pour des millénaires sur ces grands espaces, un silence que seuls viennent rompre les chants des caravaniers qui transportent le sel fossile des lacs asséchés. Celui de Taoudenni, dans le Sahara malien, exploité depuis le XVIème siècle, est réputé pour ses qualités gustatives, médicinales et aphrodisiaques, mais l’extraire est un travail littéralement infernal, au fond des fosses creusées dans les couches de sédiments. De là, les hommes tirent des plaques de cinq empans sur deux, soit près d’un mètre de hauteur et 25 à 35 kg. Certains d’entre eux, piégés par les dettes contractées auprès des commerçants propriétaires des fosses, sont là depuis si longtemps que la nouvelle de la décolonisation du pays ne leur est pas parvenue, comme ce mineur qui demande à la géologue : « mon lieutenant français est-il toujours à Tombouctou ? Dis-lui que je ne l’oublie pas ».

Jacques Munier

Revue Feuilleton N°8

Avec un reportage photo de Guillaume Chauvin qui a suivi dans le désert un bataillon de chasseurs alpins en charge de la formation des troupes tchadiennes

« La guerre a ses règles que le désert ne semble pas connaître. Dans ce photoreportage, une pièce en huit actes, Guillaume Chauvin embarque au sein d’un bataillon – des chasseurs alpins de l’armée française – en charge de la formation de troupes tchadiennes. Dépaysés et loin de trouver en ce territoire une terre sainte susceptible de nourrir leur foi, les soldats en viennent parfois à douter du sens de leur action... »

Extraits

L’air a porté notre avion jusqu’à une nouvelle mission. Dehors, l’appareil tiède qui vient d’atterrir, ce n’est pas la chaleur du réacteur, mais le désert ! Au nord la Libye, à l’est le Darfour. Partout le vide, bouché par un air étouffant, un air de vacances au bord de la guerre... alors bois, photographe ! Bois avant que le désert ne te mange. et couvre ton Nikon bientôt bouillant ! déjà trop tard quand tu as soif !

Dans le cadre d’une recherche photographique, Guillaume Chauvin, né en 1987, accompagne et observe des soldats des troupes de montagne françaises. Il les en remercie.

Le Théâtre des opérations est un texte inédit. © Feuilleton, 2013

Photos © Guillaume Chauvin

Adam Green : Le roi des pickpockets

Approcher les corps au plus près pour les voler est un savoir-faire qu’Apollo Robbins maîtrise sans pareil. Dans les cercles de magiciens, de pickpockets et autres prestidigitateurs, cet esthète qui excelle dans l’art du vol à la tire est devenu une légende. À tel point qu’experts militaires et neurologues n’ont pas hésité à faire appel à son savoir-faire pour approfondir leur connaissance de la nature humaine. Réussir le bon geste ne vise, pour Robbins, qu’à ravir la reconnaissance de ses victimes.

Extraits

Robbins danse autour de ses victimes, les place en douceur à certains endroits, évolue avec légèreté dans leur espace privé. Lorsqu’elles finissent par comprendre ce qui vient de se passer, Robbins se tient là, immobile, l’air de dire : “Je sais ce que tu ressens.” Les improvisations les plus simples de Robbins ont la dimension onirique d’une rencontre fortuite qui, imperceptiblement, tournerait mal.

A Pickpocket’s Tale a été traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Brimo Evin. Le texte a paru pour la première fois dans The New Yorker en janvier 2013.

© Adam Green, 2013

William Langewiesche : reportage sur les légionnaires

Dossier D’une Chine l’autre

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......