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Le Vin et la médecine / Revue Le Rouge & le Blanc

7 min
À retrouver dans l'émission

Marc Lagrange : Le Vin et la médecine (Féret) / Revue Le Rouge & le Blanc N°107

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Marc Lagrange : Le Vin et la médecine (Féret)

Depuis l’Antiquité le vin et le corps ont partie liée puisque le breuvage était considéré comme « la source du sang », lequel se reconstituait grâce à lui. Le christianisme développera la symbolique puisqu’aujourd’hui encore l’officiant boit rituellement le sang du Christ en ingurgitant du vin de messe et l’on se souvient de l’importance du thème iconographique du « pressoir mystique », image de la Passion qui s’inscrit dans la logique de la parabole selon laquelle Jésus est le cep dont nous sommes les sarments. Comme le montre Marc Lagrange, toutes les civilisations qui ont cultivé la vigne, de l’Egypte à la Chine en passant par l’Inde et évidemment la Grèce ont développé un usage médicinal du vin, comme antiseptique ou analgésique mais aussi dans le traitement de nombreuses affections ainsi que dans les soins gynécologiques ou obstétriques. Un vin concentré, très alcoolisé et à haute valeur antiseptique était également utilisé dans le processus de momification par les anciens Egyptiens.

C’est la Grèce qui est allée le plus loin dans la codification et les pratiques médicinales faisant intervenir le vin. En tous cas c’est là qu’elles sont le plus documentées, grâce notamment au corpus d’Hippocrate, le père fondateur de la médecine occidentale, avec sa théorie de l’équilibre des humeurs dans le corps. A l’époque et pour longtemps, l’eau avait mauvaise presse et l’eau potable était rare. Le vin était prescrit en traumatologie, sauf en cas de lésions à la tête, car on lui reconnaissait un pouvoir cicatrisant, également en gynécologie ou en obstétrique, dans le traitement des hémorroïdes ou de la constipation – au Moyen Age on l’appliquera dans ce cas précis par voie rectale au moyen d’un clystère – et même en dermatologie, Hippocrate parle d’une crème dépilatoire confectionnée à base de vin. Platon interdit le nectar aux moins de dix-huit ans car, dit-il, « il ne faut pas jeter de l’huile sur le feu », et pour rendre ses idées à un ivrogne, Dioscoride recommande de lui appliquer du vinaigre sur les parties génitales !

La médecine romaine, avec Galien, se situe dans cette tradition, en insistant sur le lien entre vertus médicales et bachiques car ce qui est bon au goût est bon pour la thérapeutique, et ce sont les romains qui lègueront le vin aux buveurs de cervoise qu’étaient les Gaulois, lesquels imposeront l’usage du tonneau à la place des amphores. L’auteur s’amuse des listes et prescriptions à Byzance, comme celle qui recommande en cas de mauvaise haleine, de prendre des gargarismes au vin et donc de faire le choix difficile entre une haleine avinée ou « fécaloïde »… Malgré l’interdit porté par l’islam sur le vin, les praticiens musulmans n’ont pas hésité à recourir à la seule médecine efficace dont ils disposaient et en cas de chirurgie on faisait inhaler au patient un puissant mélange de cigüe, d’opium, de haschich et de vin au moyen d’une éponge, ce qui produisait une anesthésie générale. En Europe, avec la formation des premières universités de médecine, l’usage médicinal du vin se confirme et se développe. Arnaud de Villeneuve, médecin catalan et ancien de l’Ecole de Salerne a même écrit un traité De Vinis au début du XIVe siècle où il expose ses recettes pour vivre longtemps en bonne santé grâce aux médications à base de plantes et de vin. In vino sanitas !

La médecine médiévale accordait à l’alimentation une place considérable. Dans l’Antidotaire de Nicolas de Salerne qui était devenu l’ouvrage de référence de tous les apothicaires, le vin entre dans 31 des 85 recettes présentées. « Le bon vin donne aux vieux un regain de jeunesse – peut-on y lire – le vin pur a de multiples bienfaits, il tonifie le cerveau, met l’estomac en liesse, chasse les humeurs mauvaises. Il rend l’esprit vif, les yeux brillants, l’oreille fine, dispense de l’embonpoint et donne à la vie une santé robuste ». On ignorait évidemment la valeur calorique du vin mais tous ces auteurs parlent d’une consommation raisonnable. Saint Benoît préconisait dans sa Règle d’en boire au cours des repas monastiques l’équivalent de 27 centilitres et il insiste sur les vertus digestives du vin. Même les enfants en consommaient dès la fin de l’allaitement dans une bouillie de farine, lait et miel et un médecin qui s’occupait du régime des jeunes princes conseille du « verjus », du vin vert, au dîner.

Ce n’est que vers 1750 que disparaît la croyance selon laquelle le vin se transforme en sang dans l’estomac, alors que la découverte de la circulation sanguine par Harvey date de 1628. Mais la carrière médicinale du vin a encore de beaux jours devant elle. Pour les chirurgiens, notamment au cours des campagnes napoléoniennes, « le bistouri commence la guérison et le vin l’achève », selon la formule de Villard. Contre le choléra, le physiologiste bordelais François Magendie recommandait le vin de Bordeaux et Robert Todd crée « l’éthylothérapie ». L’auteur aborde également le chapitre de l’alcoolisme sous l’angle médical et l’histoire de la connaissance scientifique du vin et de sa composition chimique, 80 à 90% d’eau d’origine végétale, les différents alcools, les sucres, le gaz carbonique, les substances aromatiques, vitamines et protides, ainsi que les fameux polyphénols aux propriétés antioxydantes et antiradicalaires, surtout présentes dans le vin rouge et qui sont à l’origine du French Paradox, qui fait qu’à taux de cholestérol égal et malgré une alimentation riche les Français affichent une mortalité cardio-vasculaire parmi les plus faibles au monde.

Alors à votre santé, Marc, l’expression vient de cette longue histoire médicinale du vin et le fait de trinquer avec le breuvage tiré d’un même flacon était dans les temps reculés une garantie qu’il ne contenait pas de poison !

Jacques Munier

Revue Le Rouge & le Blanc N°107

Qui affiche ses 29 printemps et son indépendance, une revue libre de toute publicité faite par des passionnés du vin, qui vont à la rencontre des hommes et des terroirs qui font les bons nectars, pour en raconter la dégustation

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Dans cette livraison, comme à son habitude, la revue de Jean-Marc Gatteron s’intéresse à ce qui se passe au-delà de nos frontières : le vignoble de la Wachau, mais aussi Kremstal et Kamptal, en Autriche pour retrouver sous d’autres cieux la même passion de la treille dans des paysages somptueux comme le village de Durnstein et ses falaises au bord du Danube ou les terrasses de Spitz

Une revue qu’on peut trouver chez les bons cavistes ou sur le site

www.lerougetleblanc.com

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