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Le vocabulaire et les conceptions politiques du peuple / Revue Mots Les langages du politique

7 min
À retrouver dans l'émission

Hélène Desbrousses, Bernard Peloille, Andrée Collot, Ana Pauli : Le vocabulaire et les conceptions politiques du peuple (Inclinaison) / Revue Mots Les langages du politique N°96 Dossier Les discours politiques. Approches interactionnistes et multimodales (ENS Editions)

Hélène Desbrousses, Bernard Peloille, Andrée Collot, Ana Pauli : Le vocabulaire et les conceptions politiques du peuple (Inclinaison)

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Contrairement aux sondages d’opinion, qui prennent en compte les conceptions et les choix de manière essentiellement quantitative, l’analyse sociologique des représentations déposées dans le langage commun s’intéresse à la façon dont les différents objets de l’univers socio-politique sont conçus et pensés, et ce d’un point de vue qualitatif. Pour l’ensemble des enquêtes réunies dans ce volume, qui portent sur une période allant de 1981 à 2011, ce sont les questionnaires, les témoignages et les entretiens de pas moins de 1600 personnes qui ont été étudiés, appartenant pour leur majorité aux catégories sociales dites « populaires », même s’il ne faut voir dans cet échantillon qu’un « groupe de référence » et non pas le « panel » exprimant les points de vue que telle ou telle catégorie sociale peut avoir sur le monde du seul fait de sa position dans la société. Les auteurs considèrent au contraire que le point de vue d’un individu ne « représente » pas forcément celui d’un autre du simple fait qu’ils appartiennent à la même catégorie sociale. Et comme on le verra, ce type d’attitude, qui privilégie l’analyse fine des représentations mobilisées par la langue s’avère particulièrement utile et fécond aujourd’hui, où les mêmes références sémantiques au « peuple », à la « nation » ou à la « patrie », par exemple, peuvent déterminer des options politiques diamétralement opposées.

Ainsi, dans les usages du mot « nation », fortement corrélé à celui de « communauté » jusqu’à la redondante « communauté nationale », on peut observer à travers la référence à l’histoire, qui lui est étroitement liée, une distinction aux conséquences politiques évidentes selon que les propos exprimés renvoient à la communauté historique ou à la communauté humaine et surtout lorsque ceux-ci les opposent. Bernard Peloille relève en l’occurrence la différence entre un usage passif et actif de cette référence à l’histoire, suivant qu’elle est pensée comme un donné dont on hérite ou comme le résultat d’une action commune. Dans ce dernier cas, c’est à une conception ouverte de la communauté qu’on se réfère le plus souvent, comme dans ces propos recueillis : « Pour moi, la nation c’est une communauté d’individus qui s’est forgée une histoire propre… par des luttes, soit des luttes sociales, soit des luttes politiques. » Dans les représentations populaires, qui associent souvent la nation à l’Etat mais incluent au moins aussi fréquemment la référence aux classes sociales, celles-ci ont dans certains cas une valeur discriminante. On désigne alors les classes supérieures, les « capitalistes » et « bourgeois » comme faisant preuve d’un moindre attachement à la nation, car « l’argent n’a pas d’odeur » et les riches pas vraiment de sentiment national, renvoyés qu’ils sont à leur appartenance à une classe transnationale et cosmopolite.

Quant à la patrie, qui entre dans l’orbite sémantique de la nation, elle a clairement une connotation belliqueuse si elle est souvent rapprochée de la notion de territoire, elle est principalement liée dans les représentations à une situation de défense face à une menace pour l’intégrité nationale et elle oppose intérieur à extérieur, nous et les autres. Dans certains propos affleure aussi la notion de « sacré ». La patrie serait alors la version sacralisée de la nation.

Les auteurs s’intéressent aussi aux notions de république et de démocratie, souvent confondues dans l’usage commun comme dans l’histoire moderne et d’abord définies par la place accordée à la liberté d’expression en deuxième position par la référence étymologique à la « chose publique ». Parfois le principe de l’exclusion du pouvoir d’un seul ou de quelques uns est invoqué, qui renvoie à la définition politique de la république comme « souveraineté du peuple exercée par délégation ». Et dans certains cas, l’accent est mis sur le caractère de construction sociale de ce régime, qui n’est pas de nature immanente ou spontanée. Les auteurs étudient également les représentations de l’autogestion ou de l’entreprise, analysent les contenus des témoignages des participants aux mouvements collectifs de l’hiver 1995 sous l’angle du rapport au temps, un temps socialement constitué où vient s’inscrire l’expérience mémorable, le temps des luttes mais aussi celui d’un avenir qui faute d’engagement ne serait que la répétition du passé, un horizon d’attente paradoxal joliment exprimé par une ouvrière qui soupire : « hélas, espérons ». Ils s’intéressent aussi à l’appréhension de la crise, ainsi qu’à la manière dont on conçoit la valeur « travail », déconsidérée à tous points de vue.

Et le peuple, comment se représente-t-il lui même ? Les auteurs constatent pour commencer la faible occurrence du mot dans les propos. Une évolution significative des usages de cette notion, autrefois revendiquée comme un étendard et qui a fini par acquérir par défaut une connotation essentiellement négative, en opposition au non-peuple, celui des élites, par aveu d’impuissance sociale et politique. Dans les représentations populaires, le peuple apparaît comme la figure d’un non-pouvoir, renouant avec des conceptions anciennes : le peuple est celui qui ne décide pas de son sort et à l’égard duquel les politiques apparaissent comme des courroies de transmission du capital financier. La politique est alors perçue comme une sphère close, refermée sur l’absence du peuple, elle ne représente plus sa volonté et ne peut du coup que se tromper sur elle. C’est ce que les locuteurs appellent « le système ». On verra dans les semaines qui viennent à quelle fortune électorale est appelé ce genre de métaphore.

Jacques Munier

Revue Mots Les langages du politique N°96 Dossier Les discours politiques. Approches interactionnistes et multimodales (ENS Editions)

(N°97/2011 : Les collectivités territoriales en quête d'identité)

La revue Mots. Les langages du politique s’inscrit dans une perspective interdisciplinaire, à la croisée des Sciences du langage, des Sciences politiques et des Sciences de l’information et de la communication.

La revue est publiée avec le concours du CNRS et de la Région Rhône-Alpes, et avec l’appui scientifique des UMR ICAR et Triangle, de l’EA CEDITEC et de la Société d’étude des langages du politique (SELP).

Le chapitre « Parlez-moi d’Europe » dans Hélène Desbrousses, Bernard Peloille, Andrée Collot, Ana Pauli : Le vocabulaire et les conceptions politiques du peuple (Inclinaison) était au départ un article publié dans la revue Mots

Hugues Constantin de Chanay et Olivier Turbide

La perspective interactionniste, consiste à privilégier l’interaction et « considérer que la nature politique d’un discours s’établit en fonction de la relation instaurée entre les acteurs et auteurs de ces discours et les différentes catégories de récepteurs ». Comme le rappelle Charaudeau (2005, p. 30), ce n’est pas le locuteur qui fait qu’un discours est politique, ni le contenu de son discours, ni les lieux de son expression ou les types d’activités, mais c’est la situation d’interaction. Dans cette perspective, partagée par van Dijk (1997, p. 15), est politique tout discours qui s’inscrit dans un type d’activité de communication (conférence de presse, débat, allocution partisane, etc.) dont la conjonction du cadre spatio-temporel, des statuts et des rôles des acteurs, des finalités et des actions produit des effets politiques possibles

Mimiques et politique. Analyse des rires et sourires dans le débat télévisé

Marion Sandré

« Le rire et le sourire, dans le débat de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2007. L’étude présente deux catégories de rires et sourires : ceux qui sont motivés par l’interlocuteur et ceux qui sont initiés par le locuteur. L’analyse de plusieurs exemples permet de mettre en relief les différents effets produits par ces deux mimiques. »

Ricardo Peñafiel

L’image du peuple. Construction de l’ethos plébéien de Hugo Chávez dans l’émission Aló Presidente

« Cet article cherche à montrer comment la performance du président vénézuélien Hugo Chávez, lors de son émission dominicale Aló Presidente , parvient à créer un ethos plébéien – c’est-à-dire une image de soi qui n’engage pas seulement le locuteur (Chávez) mais l’ensemble des interlocuteurs (médiatisés et immédiats) dans une gestion collective de multiples marqueurs d’ethos –, engendrant une identification ou une (con)fusion entre la figure du peuple celle de Chávez. Ce faisant, le discours chaviste offre une place centrale à un secteur social historiquement exclu de la représentation politique mais au prix d’un fétichisme politique qui limite le spectre de cette représentation. »

La revue Mots. Les langages du politique encourage l’usage des rectifications de l’orthographe proposées par le Conseil supérieur de la langue française et approuvées par l’Académie (Journal officiel , n° 100, 6 décembre 1990).

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