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L’école et les enfants de l’immigration / Revue Travail, genre et sociétés

4 min
À retrouver dans l'émission

Abdelmalek Sayad : L’école et les enfants de l’immigration (Seuil) / Revue Travail, genre et sociétés N°31 Dossier Enseigner le genre (La Découverte)

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Le livre rassemble différents textes et entretiens du sociologue proche de Bourdieu, spécialiste de la question de l’immigration. Les premiers d’entre eux ont été écrits dans le contexte de l’explosion scolaire des enfants étrangers issus de l’immigration et ne possédant pas la langue française, une situation créée par la politique de regroupement familial adoptée par le gouvernement. Abdelmalek Sayad analyse sans concessions les politiques scolaires entreprises à l’époque pour remédier au problème. L’intérêt de cette publication posthume tient notamment au fait que ces enfants des années 70 sont aujourd’hui les parents de nos actuels « sauvageons ». Revenir sur les difficultés de l’intégration scolaire de cette génération est donc éclairant, même s’il apparaît que les solutions d’alors ont fait long feu et qu’elles n’ont pu que reporter le problème de l’échec scolaire de ces élèves.

Dans son beau livre, aujourd’hui réédité, sur la question de l’immigration, La double absence , le sociologue rappelle que les immigrés sont aussi des émigrés, doublement absents donc, au lieu d’origine et au lieu d’arrivée où ils n’ont pas leur place. Cette situation, il reproche aux politiques d’intégration scolaire de l’ignorer, tout comme les conditions sociales et matérielles de la vie des immigrés, au nom de ce que Bourdieu appelle dans sa préface « un chauvinisme de l’universel ». Celui-ci imprègne les conceptions en vogue à l’époque dans les milieux pédagogiques : l’ « éducation interculturelle », la sensibilisation à la « diversité » et surtout l’enseignement des langues et des cultures d’origine, destiné à maintenir le lien des enfants avec leur culture d’origine dans la perspective notamment d’un retour au pays. Cet enseignement était d’ailleurs le fruit d’accords bilatéraux conclu avec les États d’émigration : l’Italie et la Tunisie en 1974, puis le Maroc et l’Espagne, la Yougoslavie et enfin l’Algérie en 1981.

Pour Abdelmalek Sayad ces innovations pédagogiques résultent d’une double illusion : celle qui suppose que la culture familiale se transmettrait comme un ensemble figé de représentations, et celle qui revient à considérer que la socialisation secondaire des enfants à l’école aurait moins d’importance pour ces élèves issus de l’immigration. Le sociologue martèle que le rôle de l’école républicaine est bien de les intégrer, et notamment d’assurer un soutien pour l’apprentissage du français. Autre illusion dénoncée, celle qui fait abstraction des conditions réelles de l’éducation dans notre pays, qui fonctionne comme une machine à reproduire les positions sociales. « Le sort qu’elle réserve aux enfants d’immigrés – je cite – révèle plus qu’en toute autre circonstance la vérité de son fonctionnement ».

Abdelmalek Sayad avait un temps participé aux travaux de la commission chargée en 1985 sous la direction de l’islamologue, professeur au Collège de France, Jacques Berque de mener une réflexion sur la question de l’école et de l’immigration. Deux textes se réfèrent ici à cette collaboration, notamment sa contribution. Mais l’orientation de cette commission consistant essentiellement à poursuivre les initiatives culturalistes des années 70 en veillant seulement à éviter l’approche folklorisante, le sociologue démissionnera avant même la remise du rapport. Une disposition pourtant aurait pu le retenir, qui ne sera finalement pas adoptée : l’idée d’introduire un enseignement de l’histoire de la lente constitution de la population française par l’immigration. Celle-ci entrait en consonance avec sa critique du caractère ethnocentrique de certains programmes comme ceux de l’histoire.

Si fiasco il y a bien eu de ces idées culturalistes à l’école – on peut le dire aujourd’hui – faut-il en tenir pour seuls responsables les pédagogues, formateurs et éducateurs pourtant animés des meilleures intentions ? Abdelmalek Sayad évoque plusieurs fois à juste titre la méconnaissance, voire l’ignorance totale par de nombreux enseignants de la culture et de l’histoire d’origine de certains de leurs élèves. Ces initiatives auront au moins eu le mérite d’élargir leur horizon.

Jacques Munier

Et comme le rappelle aujourd’hui encore Christian Baudelot dans le dernier N° du mensuel Sciences Humaines (octobre 2014), « la France, pays des « héritiers », est le pays de l’OCDE où l’incidence de l’origine sociale sur les performances des élèves est la plus accentuée »

http://www.scienceshumaines.com/eduquer-au-xxie-siecle_fr_33123.html

SH
SH

Dossier: Éduquer au XXIe siècle

AU SOMMAIRE

• Heur et malheur de l'école républicaine

François Dubet

• Instruire ou éveiller ? Un débat transatlantique

Michael Behrent

• «Nous n'avons pas encore trouvé la bonne école»

Entretien avec Marcel Gauchet

Propos recueillis par Audrey Minart

• La révolution numérique aura-t-elle lieu ?

Emmanuel Davidenkoff

• L'éducation nouvelle, une aventure à revisiter

Philippe Meirieu

• Des systèmes scolaires plus efficaces ?

Cécile Peltier

• Vers une mondialisation de l'éducation ?

Christian Baudelot

• Scolarisation ou apprentissage ?

Vincent Troger

• Huit idées pour réinventer l'école

Sylvain Marcelli

TGS
TGS

Revue Travail, genre et sociétés N°31 Dossier Enseigner le genre (La Découverte)

http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Enseigner_le_genre-9782707179050.html

Il s’agit de l’enseignement à l’université

Un dossier que, non sans une pointe d’humour, Tania Angeloff et Nicole Mosconi ont intitulé « Enseigner le genre : un métier de pénélope ». Comme le rappelle Michèle Perrot dans ce N°, les études de genre, aujourd’hui pluridisciplinaires, ont commencé dans le giron des études féministes avec notamment l’histoire des femmes, d’où l’une des premières critiques adressée à ces travaux : leurs auteures, féministes et femmes de surcroit, seraient à la fois juge et partie et manqueraient d’objectivité

Avec le témoignage d’un professeur américain qui évoque les difficultés à faire admettre cet enseignement dans les années 70 et 80 par la communauté académique aux USA, ainsi que le retour sur quatre années d’expérience de l’enseignement de la sociologie du genre à l’université Paris-Dauphine

Au sommaire

Histoire des femmes, histoire du genre, par Michelle Perrot Que reste-t-il de nos cours sur le genre ?, par William Poulin-Deltour Un enseignement unique en son genre, par Nathalie Lapeyre Formation des enseignants : les résistances au genre, par Muriel Salle Enseigner le genre : un devoir de dissidence, par Tania Angeloff et Céline Bessière, avec la participation d'Arnaud Bonduelle, Jéromine Dabert et Gaston Laval

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