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L’économie religieuse / Revue Quart Monde

6 min
À retrouver dans l'émission

Lionel Obadia : La marchandisation de Dieu. L’économie religieuse (CNRS Editions) / Revue Quart Monde N°226 – Dossier Identités, appartenances et vivre ensemble

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C’est un domaine émergent en matière d’étude des religions. A côté de l’histoire ou de la sociologie, l’approche économique du fait religieux ouvre un nouveau champ du savoir, au deux sens du mot économie : celui de science économique, soit l’approche du religieux à l’aide des catégories économiques de marché, de capital et autres, mais aussi en termes d’économie réelle, par exemple l’étude de la manière dont la croyance et les principes, les valeurs qu’elle suppose exercent une influence sur le comportement économique. Au premier sens du terme – celui de science économique – on peut citer comme précurseurs les travaux de Pierre Bourdieu sur l’économie des biens symboliques et son concept de « capital social » abondamment utilisé par les économistes des religions. Et pour ce qui concerne l’économie réelle, c’est le nom d’Adam Smith qui peut servir de référence, en particulier sa Théorie des sentiments moraux , où il étudie l’influence de la religion et des croyances sur la société et l’économie. Mais dans les deux cas, la figure tutélaire de l’économie des religions, c’est évidemment Max Weber, non pas tant pour son grand œuvre sur L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme que pour son Introduction à l’éthique économique des religions universelles , où il tente de reconstituer les liens que chaque grande religion a entretenus avec l’économie, ouvrant à plusieurs reprises la possibilité d’une modélisation économique des comportements religieux.

C’est dans l’orbite des Globalization studies , au début des années 90 que se sont développées les premières recherches en économie religieuse. C’est donc la mondialisation qui est ici le facteur déterminant. Et ce n’est guère étonnant car c’est à la fois au capitalisme et à l’expansion religieuse que la mondialisation a le plus massivement profité. Résumant le fait dans une boutade, le sociologue Jesus Garcia-Ruiz, spécialiste des nouvelles formes du religieux en Amérique Latine, affirmait que « Max Weber n’est pas mort, il est au contraire au mieux de sa forme et vit actuellement à Guatemala-City ». Il voulait montrer par là que l’éthique de la réussite sociale et économique constituait un levier particulièrement efficace de l’évangélisation pentecôtiste dans cette partie du monde, traditionnellement catholique. Et Lionel Obadia observe qu’avec la mondialisation, « c’est l’économie qui a colonisé l’ensemble des secteurs de la vie privée et publique, là où la religion était dans le même temps supposée procéder d’un cheminement inverse, en se retirant de compartiments toujours plus nombreux et importants de la société sous les latitudes occidentales (les instances de gouvernance, l’Ecole, la santé…) pour se réfugier dans une sphère privée qui aurait dû en contraindre les expressions ». Il n’en a rien été, le processus de sécularisation est aujourd’hui complètement débordé par « l’obsédante présence du religieux » et il était donc normal que ces deux grandes sphères de la vie sociale finissent par se rencontrer dans leur expansion continue, que ce soit dans la réalité concrète, avec par exemple la montée en puissance de la finance islamique et l’apparition d’une « finance chrétienne », ou dans le domaine de la connaissance, avec l’émergence du domaine de l’économie religieuse. Pour la petite histoire, en guise d’illustration du pouvoir de développement économique et industriel des religions, la dernière trouvaille à la mode est un tapis de prière électrique qui s’oriente automatiquement vers la Mecque. On imagine déjà le message publicitaire : « En vacances ne partez pas sans lui ! »

Lionel Obadia cite de nombreux auteurs anglo-saxons qu’on ne devrait pas tarder à voir débarquer en traduction. Mais selon lui c’est l’économiste californien Laurence Iannacone qui, dans les années 80, a commencé à s’intéresser de près à des expressions comme « marchés religieux », « consommateurs de religion » ou « producteurs de sacré ». Selon lui – je cite « les recherches sur la religion assurent à l’économie plusieurs avancées significatives : elles peuvent générer de l’information à propos de zones négligées du comportement « non-marchand » (…) et explorer la manière dont la religion (et par extension la moralité et la culture) affecte les attitudes économiques et les activités d’individus, de groupes et de sociétés ». Sa théorie économique se base à la fois sur des approches quantitatives et sur des études de cas – loyauté et préférences religieuses, comportements économiques d’inspiration religieuse – et sur une approche qualitative dans le cadre de la théorie des jeux. De son côté le sociologue Stephen Warner a également contribué à ouvrir le champ en soulignant les potentialités des approches de la religion en termes de marché, de loi de l’offre et de la demande et de « choix rationnels ». En France, l’économiste Philippe Simonnot a également arpenté le terrain des religions. Avec des livres comme Le marché de Dieu : L'économie des religions monothéistes , ou Les Papes, l'Église et l'argent : histoire économique du christianisme des origines à nos jours (Bayard, 2005), il a appliqué à l’étude du fait religieux les outils de la science économique et notamment dans ce dernier livre, il montre comment, sur le marché de « la part bénite », le christianisme naissant va « casser les prix », c’est-à-dire les contributions en termes de droit d’entrée imposés aux fidèles, pour se tailler la part du lion, puis viser au monopole pour exploiter une rente et amortir ses coûts d'entrée.

Jacques Munier

Revue Quart Monde N°226 – Dossier Identités, appartenances et vivre ensemble

http://www.revuequartmonde.org/

« Cette revue a pour mission de devenir un point de rencontre et de réflexion sur les chances que la génération d’aujourd’hui doit saisir pour que le refus de la misère continue à prendre mieux corps dans cinq, dix, vingt ans… Il faut que la réflexion sur la pauvreté enrichisse la compréhension que les plus pauvres ont de leur situation, ainsi elle renforce ceux qui refusent le plus la misère. » disait en 1986 le père Joseph Wresinski, le fondateur de la revue et comme la misère n’a pas reflué, la revue est toujours là

Elle traduit un autre cas de figure, plus traditionnel hélas, des liens entre économie – ici par défaut – et religion, mais à part son héritage et son histoire fondatrice, la revue est laïque

« Que signifie le besoin d’appartenance collective, qu’elle soit culturelle, religieuse ou nationale ? Pourquoi ce désir, en soi légitime, conduit-il si souvent à la peur de l’autre et à sa négation ? », Martine Hosselet Herbignat cite Amin Maalouf dans son édito

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