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L’envers du décor pavillonnaire / Revue La Faute à Rousseau

5 min
À retrouver dans l'émission

Anne Lambert : « Tous propriétaires ! » L’envers du décor pavillonnaire (Seuil) / Revue La Faute à Rousseau N°68 Dossier Maisons (APA)

lambert
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On parle de plus en plus des quartiers dits « péri-urbains » qui se développent à la périphérie des villes en mordant sur les espaces ruraux. Et pour cause : ces communes qui selon la définition de l’Insee abritent au moins 40% des actifs travaillant à l’extérieur de leur périmètre étaient plus de 15000 en 2006 sur les 36500 que compte l’hexagone et regroupaient 22% de la population française, un chiffre en forte augmentation, leur démographie croissant de 1,3% par an, dont plus de la moitié étant due au solde migratoire. Pour le géographe Christophe Guilluy cette proportion atteindrait aujourd’hui 60% de la population, dont les trois quarts appartenant aux catégories populaires. Il avance ce chiffre dans un livre récent – La France Périphérique, comment on a sacrifié les classes populaires – qui a déclenché la polémique dans le milieu des « urban studies », la sociologie urbaine, car il affirme que ces espaces de relégation serviraient de refuge aux « petits blancs » déclassés, tentés par le vote Front national.

Derrière l’uniformité apparente des petites maisons crépies de lotissements qui caractérisent ces espaces péri-urbains Anne Lambert fait apparaître la diversité des parcours biographiques d’accession à la propriété et de « promotion résidentielle », ainsi que les différences entre les fractions inférieures des classes moyennes et les classes populaires stables qui s’y installent. C’est une enquête de terrain menée dans la commune de Cleyzieu-Lamarieu, située à 35 kilomètres à l’est de Lyon, dans le nord industriel de l’Isère, qui l’a amenée à suivre durant trois ans 43 familles du lotissement des Blessays, où les ouvriers constituent 30% de la population active. Elle rappelle l’insistance des politiques publiques depuis les années 70 pour soutenir l’accession à la propriété et se désengager ainsi partiellement de la construction de logements sociaux, une politique qui se heurte au milieu des années 80 à la montée du chômage et à la hausse des taux d’intérêts qui plongent de nombreux accédants modestes dans de grosses difficultés financières. Résultat : en 2006 les ouvriers sont deux fois moins nombreux que les cadres à accéder à la propriété en dépit des sirènes qui leur promettent par ce moyen une solution miracle face à la crise. Ceux qui « font le pas » s’installent en majorité dans les zones périurbaines tandis que les cadres maintiennent leur position dans les centres urbains dont les prix ont explosé. Ils sont soumis à la « double peine » de crédits plus longs et plus nombreux : prêt à taux zéro, prêt social de location accession, maison à 100 000 euros, Pass foncier, prêts bancaires… À cumuler sans modération. Pourtant, même si l’accession à la propriété devient de plus en plus sélective socialement, la part des ménages propriétaires a augmenté deux fois plus vite pour les immigrés que pour l’ensemble des ménages, preuve que l’image de la promotion sociale par le pavillon n’a rien perdu de son attrait.

Mais personne n’est vraiment dupe. Si le dénommé « projet immobilier » est plutôt présenté par les tenants des classes moyennes comme le résultat de recherches « rationnelles » (temps de déplacement vers le travail, remboursement du prêt, flambée des prix dans les centres urbains) et davantage comme le fruit du désir et du hasard dans les classes populaires, les motivations se ressemblent : économiques, liées à la stigmatisation des quartiers populaires des banlieues, et surtout à l’avenir des enfants. Personne ne s’illusionne non plus sur la qualité et la nudité du bâti livré par des entreprises bas de gamme, ni sur l’environnement urbain réduit à sa plus pauvre expression, deux conditions qui sont la cause d’un considérable surtravail des hommes pour personnaliser un habitat uniforme, et d’une relégation accentuée des femmes dans l’espace domestique, ce qui a pour effet de renforcer l’inégalité de genre. Ayant le plus souvent perdu leur réseau de relations, hommes et femmes peinent à le reconstituer dans ces espaces tracés au cordeau où les relations de voisinage se heurtent parfois aux barrières ethniques et culturelles, quant il ne s’agit pas de mitoyenneté conflictuelle.

Pourtant tous ou presque vantent la mixité sociale et la diversité quelles que soient leurs origines géographiques ou sociales. Et s’il est vrai que la candidate du Front nationale a obtenu ses meilleurs scores en 2012 dans un rayon situé entre 30 et 50 kilomètres autour des grandes agglomérations l’enquête d’Anne Lambert apporte un nouvel éclairage sur le rapport au politique des « petits propriétaires », ni plus abstentionnistes, ni plus portés sur le vote protestataire FN que la moyenne nationale. À Cleyzieu l’abstention est inférieure à la moyenne nationale de 4 points et François Hollande était en tête au premier tour des présidentielles.

Jacques Munier

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Revue La Faute à Rousseau N°68 Dossier Maisons (APA)

http://autobiographie.sitapa.org/publications/faute-a-rousseau/sommaire.php

Une revue éditée par Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique (APA), qui archive et met en valeur les textes et documents autobiographiques que les particuliers leur confient.

http://autobiographie.sitapa.org/blog/

Le thème de cette dernière livraison « Maisons » est fécond pour l’autobiographie, comme le montrent les diverses contributions

Au sommaire :

Poétique de la maison Véronique Montémont : Le moi et ses maisons 10 Gérald Cahen : La maison enchantée de Gaston Bachelard 11 René Louis : Le secret de Christophe 13 Maisons d’enfance Jean Allemand : Les maisons fugitives du Temps immobile (Cl. Mauriac) 15 Elizabeth Legros Chapuis : Ah mon beau château... 17 Anny Duperey : « À cause d’une maison neuve et mal finie » 19 Francine Meurice : 6 rue Ferrer à Mons 20 Maisons de famille Michèle Cléach : L’Oasis 22 Sarah Schmidt-Cléach : La Maison verte 23 Pierre Wallon : Les Chrysanthèmes 24 Véronique Leroux-Hugon : La cartographie des territoires (Ch. Ulivucci) 26 Sylvie Jouanny : Retour maison, chronique 27 Archives et traces Sylvie Jouanny : Un hangar à vies (Alain Rémond) 28 Lydia Flem : Une métamorphose intérieure (Comment j’ai vidé…) 30 Intimités et intérieurs Sylvie Jouanny : L’autobiographie d’une maison (Th. Clerc, Intérieurs) 31 Isabelle Valeyre : Un espace à soi 33 Hélène Gestern : Quartiers d’hiver, quartiers d’été 35 Michelle Perrot : Une chambre pour écrire 36 Intrusions Isabelle Valeyre : Mon cambriolage 37 Nicole Rousseau-Payen : Ma maison a reçu une visite imprévue 38 Gilles Alvarez : Ce patrimoine qu’on doit parfois partager 40 Gilles Alvarez : Silence, on tourne... 43 Exclusion Philippe Lejeune : Sans feu ni lieu 44 Evelyne Bloch-Dano : Le feu 46 Nomadisme Martine Bousquet : Une maison baladeuse 47 Catherine Favre : Résidence secondaire 48 Maisons d’écrivains Gérald Cahen : Le petit paradis de Jean Giono (interview S. Giono) 50 Chantal Brière : Une maison pour se reconstruire (Victor Hugo) 52 E. Legros Chapuis : Colette, une vagabonde bien casanière 54 Olivier Delahaye : Pierre Loti à Rochefort, le temple d’une vie 55 Catherine Merlin : Duras, la maison de l’écriture 57 Maisons d’Apaïstes Véronique Leroux-Hugon : Maisons & jardins 59

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