LE DIRECT

Les Cahiers du Chemin / Cahiers Artaud

4 min
À retrouver dans l'émission

Serge Martin : Les Cahiers du Chemin (1967-1977) de Georges Lambrichs. Poétique d’une revue littéraire (Honoré Champion) / Revue Cahiers Artaud (Éditions Les Cahiers)

martin
martin

« Si les revues meurent, elles ne cessent de vivre », nous dit Serge Martin. Et il est vrai que certaines d’entre elles continuent à vivre d’une existence souterraine, à la façon d’un legs, d’un dépôt, le souvenir d’une aventure collective qui tisse entre ceux qui l’ont vécue une sorte de réseau plus ou moins dense qui survit à leur disparition. La Revue blanche , les Cahiers de la Quinzaine , Le Mercure de France , avec sa longue histoire, Tel Quel ou L’Éphémère sont de celles-là. Pour avoir explicitement renoncé à « faire école » ou « écurie d’auteurs », ainsi qu’à afficher crédo ou théorie, Les Cahiers du Chemin n’en ont pas moins formé une nébuleuse ramassée, bien visible et identifiable dans le ciel des années 60 et 70, et sa course s’est poursuivie au-delà de son moment d’inertie, peut-être du fait de la légèreté de son dispositif – un déjeuner hebdomadaire entre amis – et de la liberté des liens qui unissaient des écrivains aussi différents que Jude Stéfan, Jacques Réda, Le Clézio, Butor, Meschonnic, Deguy, Jean-Loup Trassard ou Michel Chaillou, et ce n’est là que le premier cercle, la revue ayant publié 147 auteurs dans ses trente livraisons. « Il existe sans doute une complicité profonde, mal décrite encore, qui attache les propos de table à la création », disait Jean Duvignaud en évoquant Georges Lambrichs, le fondateur et animateur des Cahiers du Chemin. « Et le Bordeaux remplissait nos verres et nous parlions » se souvient Henri Thomas. Des affinités électives auront donné corps à ce collectif, illustrant ce que Péguy disait de sa propre revue : « une amitié, et une cité ».

L’homme qui orchestra ces affinités était un transfuge des Éditions de Minuit, d’où il envoyait à son ami Jean Paulhan, chez Gallimard, les manuscrits refusés par la maison de Vercors. Né à Bruxelles et familier des surréalistes belges, il était un homme de revues, et écrivain lui-même il avait un flair infaillible pour repérer les jeunes talents. C’est par exemple sa revue 84 qui révélera Beckett, Duras ou Butor. Lorsqu’il passe chez Gallimard, c’est d’abord une collection qu’il crée – Le Chemin – avant de lancer sa revue. Dans son histoire de la NRF Alban Cerisier suggère que « sa contribution au renouvellement du catalogue de Gallimard n’a pas fini d’être évalué ». C’est aussi la raison pour laquelle l’aventure prend fin après dix ans de coexistence avec la « grande » revue de la maison, toute occupée à renforcer « sa dimension anthologique, rétrospective ». Lorsque Georges Lambrichs prend la tête de la NRF moribonde, c’est la nébuleuse des Cahiers du Chemin qu’il amène avec lui.

Marcel Arland, son prédécesseur, évoquait dans un entretien « toutes ces recherches du genre de Tel Quel » qui, selon lui, n’avaient pas leur place dans la NRF et dont pouvait s’occuper Les Cahiers. Serge Martin analyse leur place dans le paysage intellectuel français de ces années dominées par le structuralisme et la théorie de la littérature. Les relations avec Tel Quel, notamment, furent parfois polémiques. Lorsque Francis Ponge rompt avec le groupe, c’est dans les Cahiers qu’il publie sa virulente diatribe sous le titre « Du vent ! », fustigeant « les verbeux » qui se sentent « sous le vent », enchantés de leurs « grands airs, de cet esprit fort ». « L’esprit, disent-ils, souffle où il veut ! » - A mon cul… » On peut pour adoucir le trait citer un autre habitué des Cahiers, l’excellent Georges Perros en 1970, mais là c’était dans la NRF – changement de ton : « Quand je lis Barthes, j’éprouve du plaisir. Je ne me dis pas qu’il est en train de faire une révolution, de changer le monde et comment le saurais-je ? non, je jubile. Il vous déshabille Racine, et toute chemise enlevée, qui voit-on, Barthes en personne. Voilà ce que j’appelle de la critique. Il est tellement proche d’une œuvre – la sienne – que celle qu’il travaille le change en lui-même. Après quoi on vient me dire que Barthes est structuraliste. C’est très secondaire. »

Jacques Munier

Les cahiers
Les cahiers

Revue Cahiers Artaud (Éditions Les Cahiers)

Qui publient aussi les Cahiers Leiris, les Cahiers Bataille, les Cahiers Laure

http://editionslescahiers.fr/

Les Cahiers Artaud sont dirigés par Alain Jugnon, qui ouvre cette livraison par un dialogue avec Jean-Luc Nancy Bernard Noël revient sur les glossolalies Gérard Mordillat, qui avait signé avec Jérôme Prieur un beau film sur Artaud, La véritable histoire d’Artaud le Momo évoque « le mauvais sujet » et Joëlle Gaillot le théâtre et les influences, les « traces » d’Artaud sur la scène contemporaine...

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
À venir dans ... secondes ...par......