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Les écrivains face à la Grande Guerre / Revue Politique étrangère

4 min
À retrouver dans l'émission

Nicolas Mariot : Tous unis dans la tranchée ? 1914-1918, les intellectuels rencontrent le peuple (Seuil) / Emmanuel Godo : Pourquoi nous battons-nous ? 1914-1918 : les écrivains face à la guerre (Cerf) / Revue Politique étrangère , Printemps 2014 Dossier 1914-2014 La Grande Guerre et le monde de demain (Ifri)

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Ils ont appris, au contact des hommes de la troupe, à manier la pelle, à rouler leurs cigarettes ou, comme Georges Duhamel, à jouer au loto. Pour certains, la rencontre ne se fit pas sans une certaine rudesse. Fernand Léger souffre du « peu d’estime » qu’on a pour lui : « je suis un inutile, je ne suis pas « dans le rail ». Je reste un civil dépaysé ». Et Jean Norton Cru, l’auteur en 1928 de la première compilation de témoignages de poilus, note dans une lettre à propos de ses compagnons d’armes : « J’ai une conscience, eux semblent s’en passer. » Leur niveau de formation et d’études à une époque où seuls 2% des jeunes hommes ont le baccalauréat ne les a pas automatiquement destinés aux grades de l’encadrement, soit parce qu’ils étaient trop jeunes ou trop vieux pour avoir fait carrière d’officier – comme le philosophe Alain qui s’engage à 46 ans – soit parce qu’ils ont été réformés pour le service militaire. Mais leur sentiment d’appartenance à l’élite intellectuelle les met d’emblée en position de réaffirmer le sens de leur engagement à l’égard de ceux dont ils déplorent le manque d’idéalisme, ou à l’inverse de faire « l’épreuve du sens » dans cette guerre qui en semble très vite dépourvue.

Parmi l’impressionnante moisson de livres parus à l’occasion du centenaire de ce qu’on a dès le début du conflit désigné comme la Grande Guerre, deux ouvrages traitent la question du rôle des intellectuels, de leur vision des événements ou de leur difficile adaptation aux conditions de vie dans les tranchées. Un autre, dû à Benjamin Gilles, Lectures de poilus , s’intéresse à ce qu’on y lisait pendant les longs moments d’attente : Guerre et paix de Tolstoï ou Le Feu d’Henri Barbusse, un succès dès sa parution, prix Goncourt 1916, les quotidiens nationaux ou la presse illustrée, comme La Vie parisienne , qui apporte un peu de légèreté. Nicolas Mariot, historien et sociologue, fait dans Tous unis dans la tranchée ? un portrait de groupe des intellectuels d’Apollinaire à Teilhard de Chardin en passant par Marc Bloch, Élie Faure, Maurice Genevoix ou Louis Pergaud, l’auteur de La Guerre des boutons , paru en 1912, et de « l’expérience sociale hors-norme » qui fut la leur au contact des soldats du rang, en se basant davantage sur leur correspondance ou leurs carnets intimes que sur leurs publications ultérieures. Et Emmanuel Godo, dans Pourquoi nous battons-nous ? analyse l’impact politique, philosophique et spirituel de la déflagration mondiale en élargissant la focale à des écrivains restés à l’arrière, comme Maurice Barrès ou Marcel Proust, ou encore à des étrangers comme Ernst Jünger ou John Dos Passos, lequel fait dire à l’un des protagonistes de son premier roman L’Initiation d’un homme : 1917 « Personne ne sait pourquoi on se bat !... Tudieu, c’est d’une si affreuse bêtise ! »

Comme l’écrit Alain dans Mars ou la guerre jugée , « il y a donc deux guerres, celle qu’on fait et celle qu’on dit, et qui n’ont presque rien de commun ». C’est l’ampleur de ce décalage dont on peut prendre ici la mesure. L’expérience est commune aux intellectuels et aux autres, qui voient s’effondrer l’image de la guerre léguée par l’histoire. Dans ses Carnets de guerre , le militant socialiste et syndicaliste Louis Barthas, tonnelier de son état, raconte que son régiment est passé à Crécy sur les lieux de la célèbre bataille de la guerre de Cent Ans : « Seul un monument dressé sur la place rappelle ce fait historique ce ne serait guère aujourd’hui qu’une escarmouche, un coup de main comparé aux titanesques batailles de la guerre actuelle ».

Jacques Munier

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Benjamin Gilles : Lectures de poilus 1914-1918 Livres et journaux dans les tranchées (Autrement)

À la veille du centième anniversaire de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand, France Culture, en partenariat avec la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale propose deux séries de programmes exceptionnels :

  • Une ambitieuse série de documentaires, explorant les dimensions planétaires de la guerre 14-18 et ses échos jusqu'à aujourd'hui, de la Nouvelle-Calédonie à la Turquie, du Canada à la Russie, du Sénégal aux différents champs de bataille européens. Cette série documentaire d'envergure, produite avec le soutien de la Mission du centenaire, sera diffusée du lundi 23 au jeudi 26 juin dans La Fabrique de l'Histoire et dans Sur les Docks.

  • Une série d'émissions réalisées depuis l’Institut bosniaque de Sarajevo, vendredi 27 juin

. Ces émissions exploreront notamment la mémoire des conflits dans les Balkans, du coup de revolver qui précipita le déclenchement de la première guerre mondiale aux tensions géopolitiques d'aujourd'hui, et seront complétées par des séquences d'actualité.

Ce programme exceptionnel est complété par l'adaptation en fiction radiophonique de Ceux de 14, de Maurice Genevoix et des Carnets de guerre d'Ernst Jünger.

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A signaler l’exposition à la BNF Été 14 Les derniers jours de l’ancien monde , dont nous sommes partenaires (jusqu’au 3 août) et le catalogue (avec une riche iconographie et les contributions des spécialistes de Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker ou Jean-Jacques Becker à Nicolas Offenstadt, Antoine Prost ou Jay Winter)

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Revue Politique étrangère , Printemps 2014 Dossier 1914-2014 La Grande Guerre et le monde de demain (Ifri)

http://politique-etrangere.com/2014/03/25/un-numero-exceptionnel-sur-la-grande-guerre-pe-12014-en-librairie/

Avec, pour le monde de demain, les contributions de Yoon Young-kwan qui évoque les troublantes similitudes entre l’Asie d’aujourd’hui et l’Europe d’avant 14 (nationalismes), ainsi que de Georges Corm qui compare la situation avec le Moyen-Orient aujourd’hui et parle d’une balkanisation de cette région.

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