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Les guerres de la mer Rouge à la veille de l’Islam / Revue L’Année du Maghreb

4 min
À retrouver dans l'émission

Glen Bowersock : Le trône d’Adoulis. Les guerres de la mer Rouge à la veille de l’Islam (Albin Michel) / Revue L’Année du Maghreb N°11 Dossier Routes migratoires africaines et dynamiques religieuses (CNRS Editions)

adoulis
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C’est un tableau inédit du contexte géopolitique et religieux qui fut celui de la naissance de l’islam, et il fournit sans doute l’une des clés pour comprendre sa prodigieuse expansion. La péninsule arabique n’a pas surgi ex nihilo avec l’apparition de la nouvelle religion, elle était occupée par des royaumes juif ou chrétien qui se sont à l’occasion livré bataille et elle était l’enjeu des luttes d’influence entre les grands empires de l’époque : Byzance et la Perse. C’est grâce à la merveilleuse science épigraphique de l’historien américain Glen Bowersock que cette histoire a pu être reconstituée à partir de l’inscription en grec portée sur un monument commémoratif ou votif, le trône de la ville d’Adoulis, sur l’actuelle côte de l’Érythrée, face à la mer Rouge. Le trône en marbre a disparu depuis longtemps mais un marchand grec nommé Cosmas en a intégralement recopié l’inscription et a inséré le texte dans son apologie du christianisme, grâce à quoi nous la connaissons aujourd’hui. Elle raconte les faits d’armes d’un roi éthiopien resté anonyme et révèle l’existence d’un royaume qui allait jouer un rôle dans de premier plan dans la région en adoptant le christianisme. Le reste revient au patient travail de l’historien sous la forme d’un fabuleux jeu de piste.

À l’époque – au VIe siècle – Adoulis est un port situé sur une importante route commerciale et il fait partie de ce royaume dont les prétentions irrédentistes sur la péninsule arabique sont d’autant plus fortes que les Éthiopiens après l’avoir longtemps occupée l’avaient quittée à la fin du IIIe siècle, et ils souhaitaient conserver le contrôle des deux rives de la mer Rouge et du commerce qui s’y faisait, en particulier celui de l’ivoire en provenance d’Afrique et, dans l’autre sens, celui de la soie depuis la Chine. En face, au sud de la péninsule arabique, sur le territoire de l’actuel Yémen, s’étendait un royaume juif jaloux de ses prérogatives, le royaume d’Himyar, allié aux Perses Sassanides quand le royaume éthiopien l’était naturellement à Byzance. Voilà pour le contexte géopolitique, qui se complique de l’élément religieux, particulièrement embrouillé en ces temps de débats théologiques acharnés dans le camp chrétien, portant sur les deux natures – divine ou humaine – du Christ. Les nestoriens – disciples de Nestorius qui défendait la thèse du caractère séparable des deux natures – sont condamnés au concile d’Éphèse et trouvent refuge dans la Perse sassanide zoroastrienne. Les monophysites, partisans au contraire de l’absorption de la nature humaine dans la divinité du Christ, seront quant à eux désavoués vingt ans plus tard au concile de Chalcédoine qui proclame l’inséparabilité des deux natures. La doctrine dite chalcédonienne demeurera celle de l’Église alors que le monophysisme est adopté par les Églises arménienne, copte et éthiopienne. Derrière ces controverses religieuses il y a bien sûr des positions politiques.

Lorsque se produit un massacre de chrétiens dans le royaume juif d’Himyar, les Éthiopiens y voient le prétexte pour traverser la mer Rouge et renverser le roi Yusuf, responsable d’une politique anti-chrétienne de conversion forcée. Mais leur victoire sera de courte durée et les Perses, traditionnellement alliés au Juifs, appelés à la rescousse, chasseront les Éthiopiens alors que les Byzantins ne se sentent guère concernés par les déboires de monophysites d’outre-mer. L’occupation perse ramène le calme mais c’est dans les braises de la conflagration entre juifs et chrétiens que naîtra la religion nouvelle, l’islam, « et c’est elle – je cite – qui apporta une solution totalement inattendue, mais durable, à l’instabilité » chronique de la région. « Les religions rivales finirent par se rejoindre dans l’accueil mémorable réservé à Muhammad au moment de son émigration de La Mecque à Médine ». Et « Adoulis, où seul un trône à l’abandon attestait les commencements de cette histoire tumultueuse », retomba dans l’oubli.

Jacques Munier

Revue L’Année du Maghreb N°11 Dossier Routes migratoires africaines et dynamiques religieuses (CNRS Editions)

http://anneemaghreb.revues.org/

Dossier coordonné par Sophie Bava et Katia Boissevain

Les politiques migratoires européennes contraignent les migrants africains à redéfinir leurs routes et à s’installer plus durablement dans les pays du monde arabe. C’est cette situation qu’examinent les différentes contributions à ce dossier, les réseaux, institutions et acteurs impliqués dans l’animation des territoires, en particulier sous l’angle religieux. Universités islamiques, églises, ONG, réseaux d’embauche, dans de nombreux pays qui se voyaient exclusivement musulmans la donne a changé.

Du côté des migrants, les négociations opérées au quotidien les amènent souvent à se reconstituer une « identité narrative » (Paul Ricoeur)

Au sommaire:

Sophie Bava et Katia Boissevain

Dieu, les migrants et les États. Nouvelles productions religieuses de la migration

I. Des bornes religieuses revisitées entre l'Afrique et le monde arabe

Martin Zillinger

Christian Modernizations

Circulating Media Practices of the Mission along the Nile Modernisations chrétiennes. Pratiques circulantes des media le long du Nil

Sophie Bava

Al Azhar, scène renouvelée de l’imaginaire religieux sur les routes de la migration africaine au Caire

Sylvie Bredeloup

Étudiants arabophones de retour à Ouagadougou cherchent désespérément reconnaissance

II. Des lieux de cultes redynamisés par la migration africaine

Bernard Coyault

L’africanisation de l’Église évangélique au Maroc : revitalisation d’une institution religieuse et dynamiques d’individualisation

Katia Boissevain

Migrer et réveiller les Églises : Diversification des cultes chrétiens en Tunisie

Julie Picard

Routes africaines vers Le Caire et dynamiques chrétiennes plurielles

Johara Berriane

Intégration symbolique à Fès et ancrages sur l’ailleurs : Les Africains subsahariens et leur rapport à la zaouïa d’Ahmad al-Tijânî

III. Des marchés religieux émergents en écho aux migrations

Nazarena Lanza

Pèleriner, faire du commerce et visiter les lieux saints : Le tourisme religieux sénégalais au Maroc

Julie Robin

Entre Église catholique, bailleur européen et Gouvernement marocain, l’action de Caritas Maroc auprès des migrants subsahariens

Fatiha Kaoues

Réfugiés et migrants dans les églises protestantes évangéliques libanaises : Recompositions identitaires et enjeux sociaux

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