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L’Europe et la Russie / Revue Cahiers du monde russe

4 min
À retrouver dans l'émission

Antoine Vauchez : Démocratiser l’Europe (Seuil) / Revue Cahiers du monde russe n° 54/3-4. Dossier Culture et société des années Brejnev (Editions EHESS)

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On parle beaucoup du « déficit démocratique » de l’Europe, une expression apparue dès 1979. La crise de la zone euro a grandement contribué à relancer l’accusation. Face aux marchés, les dirigeants européens ont largement abdiqué leur pouvoir au profit d’organes « indépendants » et de procédures de sanction automatiques, en conférant à la Cour de justice de l’Union européenne, à la Commission et à la Banque centrale un rôle éminent dans la conduite des affaires. Et malgré l’augmentation continue des pouvoirs du Parlement, son activité législative a atteint des niveaux historiquement bas durant cette période. Bref, le fonctionnement de l’Union européenne souffre d’un manque de légitimité démocratique. Le constat n’est pas neuf, l’originalité de la thèse d’Antoine Vauchez c’est, à partir de ce constat et de la particularité de la construction politique de l’Europe, de suggérer de développer la « représentativité » de ces institutions indépendantes en favorisant la controverse politique sur leurs missions et leurs mandats, ce qui peut se faire au parlement, et en donnant de la publicité à leurs débats. Car à l’origine – je cite « c’est cette première politique européenne, née sous le signe de l’indépendance et de l’expertise, qui a creusé le sillon dans lequel se meut aujourd’hui encore l’intégration européenne ».

En somme, c’est en repensant le fonctionnement de ces institutions indépendantes – la Cour de Justice, la Commission et la Banque centrale – et en se situant par conséquent dans la continuité historique de la communauté européenne dès le départ de sa construction que l’auteur voit la possibilité d’une issue aux impasses de l’Europe et au manque d’adhésion qu’elle suscite. « Penser la réforme de l’Europe – je cite encore – avec et non pas contre son histoire ». Car l’idée qui présidait à la constitution de ces autorités indépendantes et supranationales, dotées de mandats précis et techniques qui n’ont cessé de se développer depuis, c’était de créer un espace d’expertise et de décision à l’abri des professionnels de la politique et des enjeux le plus souvent étroitement nationaux qui sont les leurs. Dès la mise en place du Marché commun, ce laboratoire était constitué qui faisait d’un projet technique et économique le lieu d’un ambition politique européenne. Aux yeux des premiers responsables de ces institutions, comme Robert Lecourt qui présidera aux destinées de la Cour de justice de 1967 à 1976, la portée réelle du Marché commun devait être comprise à l’aune d’une « interprétation téléologique » des traités, c’est-à-dire orientée par un but, celui de l’unification des peuples européens, inscrite au préambule du pacte fondateur. Faut-il rappeler ici que la Cour de justice, qu’on confond souvent avec la Cour européenne des droits de l’homme, a pour fonction d’assurer « le respect du droit dans l’interprétation et l’application des traités », jetant ainsi les bases d’un fédéralisme juridique dont le domaine de compétence n’a cessé depuis lors de s’élargir, englobant désormais le droit du travail ? Aujourd’hui, pour les syndicats ou les ONG qui luttent contre les discriminations, il est plus efficace d’adopter la langue économique et juridique du marché intérieur que celle des acquis sociaux. Et face aux atermoiements de la politique étrangère de l’Union européenne, en particulier à l’encontre des manœuvres du voisin russe qui utilise l’arme énergétique comme moyen de pression, par exemple il y a peu à l’égard de la Lituanie, pays membre, on peut rappeler la fermeté des positions de la Direction générale de la concurrence qui déclenche en octobre 2012 à l’encontre de Gazprom des poursuites devant la Cour de justice pour restriction de concurrence sur le marché européen du gaz. Dans cette affaire, la volonté du gouvernement russe de punir le petit État balte s’est heurtée au fait qu’en voulant sanctionner Vilnius pour son empressement à appliquer la directive européenne concernant l’abus de position dominante qui déplaisait à Moscou, la Russie s’est retrouvée confrontée à l’Union européenne dans son ensemble à travers l’une de ses institutions indépendantes. Les voisins polonais s’en souviennent encore comme si c’était hier…

Jacques Munier

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Revue Cahiers du monde russe n° 54/3-4. Russie, Empire russe, URSS, États indépendants (Editions EHESS)

Dossier coordonné par Marc ELIE et Isabelle OHAYON

Idéologie et dissidence : négocier les frontières de l’admissible

Susanne SCHATTENBERG – Les frontières du dicible : les relations d’Andrej Saharov avec Hruščev et Brežnev

Amanda Jeanne SWAIN – From the big screen to the streets of Kaunas: Youth cultural practices and Communist Party discourse in Soviet Lithuania

Essor des cultures de soi

Larissa ZAKHAROVA – Devenir soviétique grâce aux échanges épistolaires ? Préparer la réinsertion sociale des prisonniers de droit commun en URSS dans les années 1960-1970

Alexey GOLUBEV, Olga SMOLYAK – Making selves through making things: Soviet do-it-yourself culture and practices of late Soviet subjectivation

Sonja LUEHRMANN – The spirit of late socialism and the value of transformation: Brezhnevism through the lens of post-Soviet religious revival

Les médias et les arts en quête d’audience et de marché

Susan COSTANZO – Friends in low places: Russian amateur theaters and their sponsors, 1970-1983

Irina TCHERNEVA – Imiter le marché, une recette pour le cinéma soviétique ? L’histoire du Studio artistique expérimental (1965-1976)

Simon HUXTABLE – In search of the Soviet reader: The Kosygin reforms, sociology, and changing concepts of Soviet society, 1964-1970

Lucille LISACK – Le théâtre Ilhom à Taškent : retour sur les premières années d’un théâtre devenu légendaire

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