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L’événement en discours / Revue Effeuillage

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À retrouver dans l'émission

Laura Calabrese : L’événement en discours. Presse et mémoire sociale (L’Harmattan) / Revue Effeuillage N°3 La revue qui met les medias à nu

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Par nature imprévisible, produisant son contexte autant qu’il est déterminé par lui, l’événement est la matière première de l’information. S’il est vrai que sa qualification, sa description et sa réception sont d’abord une affaire de mots, alors c’est vers la presse qu’il faut se tourner pour décrypter cette coproduction de l’événement dans l’opinion, à commencer par ce que les linguistes appellent des désignants d’événements , ces formules synthétiques capables de les désigner ostensiblement et qu’on voit apparaître dans les titres. C’est ce que fait ici Laura Calabrese, non sans avoir auparavant étudié l’émergence récente de cette notion dans le champ des sciences humaines, en particulier l’histoire ou la sociologie, mais on pourrait ajouter la phénoménologie, avec les deux ouvrages de référence consacrés à l’événement par Claude Romano : L’Événement et le Monde , et L’Événement et le Temps . (PUF)

Longtemps dominées par le structuralisme, les sciences humaines renvoyaient le plus souvent la notion d’événement à l’écume des jours et à l’apparence trompeuse de la réalité immédiate. En s’écartant de la vision bipolaire événement/structure Michel Foucault va contribuer à la réhabilitation de l’événement dans les sciences humaines, notamment en emboitant le pas à la « mutation épistémologique » entamée par l’École des Annales sur le terrain de l’histoire, qui vise à lui restituer son caractère discontinu par opposition à la chronologie idéale et continue des Grands récits. Mais par le biais de l’analyse du discours il ouvre également la porte de la linguistique à l’événement, en articulant les notions d’énonciation et d’événement, un programme développé dans L’Archéologie du savoir , dès 1969.

La sémiologie permet aujourd’hui d’en savoir plus sur la manière dont se construit l’événement dans la presse, en particulier à travers ses titres qui, les premiers, mettent un nom sur le phénomène qui fait irruption dans l’actualité. « L’association intense d’un mot à l’actualité – observe l’auteure – fait en sorte qu’il devienne un signal et non plus un signe, ayant une force d’évocation qui ne passe plus par le sens lexical mais par les connotations qu’il acquiert dans le discours social. » C’est en somme d’abord cette mise en mots qui confère à un fait d’actualité son « indice d’événementialité ». Et non seulement ces mot s’affranchissent de leur sens lexical, mais ils vont ensuite mener leur vie dans la mémoire collective en conservant leur nouveau référent. « L’événement qui survient est un moment, un fragment de réalité perçue qui n’a pas d’autre unité que le nom qu’on lui donne », insiste Arlette Farge. Les exemples sont nombreux, de canicule à tsunami en passant par la crise ou l’Intifada. Parfois les toponymes connaissent le même destin. « Tchernobyl est un mot que nous aimerions tous effacer de nos mémoires » déclarait Kofi Annan il y a quelques années déjà.

De ce point de vue les mots d’origine étrangère, que les linguistes appellent xénismes , connaissent parfois un sort particulier, totalement autonome et l’on peut dire révélateur. J’ai cité intifada , le mot a été repris à toutes les sauces ayant acquis une sorte de valeur sémantique liée à son sens lexical d’origine puisqu’il signifie « résistance » ou « soulèvement populaire ». Même la presse israélienne utilise le plus souvent ce mot arabe plutôt que son équivalent en hébreu, comme dans le titre d’Haaretz sur les émeutes de 2005 : « Intifada » en France. Par contre le terme nakba , qui signifie « catastrophe » et désigne l’exode des Palestiniens en 1948 n’existe pas dans les manuels scolaires arabes réécrits par la droite israélienne. Quant au mot Shoah, depuis qu’il a acquis le sens qu’on lui connaît, il n’est plus employé en hébreu moderne dans son sens lexical commun de « destruction » ou d’ « anéantissement ».

Jacques Munier

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Revue Effeuillage N°3 Dossier Les miroirs de la fiction

http://effeuillage-la-revue.fr/

La revue qui met les medias à nu, avec un dossier sur les fictions à la télévision et un panorama des radios musicales, ce qui me fait penser qu’une contribution au dossier aurait pu porter sur le beau travail que fournit notre chaîne dans ce domaine des fictions. Par ailleurs, je recommande la mise à nu par Guillaume Blot de l’excellente revue Desports, que nous suivons régulièrement dans cette chronique et l’intéressant article de Charles Sarraute sur un sujet périlleux : le silence à la radio, un luxe qu’on ne peut plus trop se permettre…

Il y a le silence saturé d’émotion, celui qui imprime la marque d’une singularité, et cette réflexion subtile : « Entendre est un phénomène physiologique écouter est un acte psychologique… » Le silence pourrait aider à passer de l’un à l’autre »

Dossier bi-média : Sports et médias

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