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L’idylle en France au XIXe siècle / Revue Artefact

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Violaine Boneu : L’idylle en France au XIXe siècle (PUPS) / Revue Artefact N°01 Dossier Corps parés, corps parfumés (CNRS Editions)

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Ce n’est pas exactement de l’amourette naïve et tendre que nous parle ce livre, mais du genre poétique et pastoral qui porte ce nom depuis les Idylles de Théocrite ou les Bucoliques de Virgile, et qui a traversé l’histoire de la littérature de son pas allègre et léger, « telle qu’une bergère, aux plus beaux jours de fête », disait Boileau. Ce faisant, l’idylle adopte les couleurs du temps. Au siècle des Lumières, elle balance entre élégie et utopie, culte de l’antique, image mythique de la nature et de l’origine, ou représentation idéalisée du bonheur à l’horizon des possibles. On l’a même guillotinée avec André Chénier. C’est l’époque où elle se dote d’un sens figuré en passant dans le langage courant pour désigner l’aventure amoureuse elle-même. Et le romantisme préférera à « l’idylle de la gaîté champêtre » « la romance de l’âme incomprise », bucolique rimant désormais avec mélancolique. Comment aurait-elle pu résister au siècle industriel des machines à vapeur et des chemins de fer ? « Voici l’ombre des routes.

Dans les saules, dans la vieille cour d’honneur

L’orage d’abord jette ses larges gouttes…

… fin de l’Idylle » tranche Rimbaud en 1872.

Et pourtant sa petite musique résonne en sourdine, de Victor Hugo à Mallarmé, en passant par Nerval et même Baudelaire. Le genre pastoral devient une tonalité susceptible d’investir les autres genres. Violaine Boneu met en lumière cette persistance discrète. « Tantôt figure d’une plénitude ontologique – observe-t-elle – tantôt figure de l’absence et du néant, l’idylle apparaît comme le miroir brisé où se mire la conscience du sujet poétique moderne ». Dans L’Après-midi d’un faune , elle évoque, même « sur le ton modéré », ce qu’elle était souvent dans l’Antiquité, « un poème célébrant la beauté et la puissance même du chant poétique ». « Ainsi, quand des raisins j’ai sucé la clarté,

Pour bannir un regret par ma feinte écarté,

Rieur, j’élève au ciel la grappe vide

Et soufflant dans ses peaux lumineuses, avide

D’ivresse, jusqu’au soir je regarde au travers. »

Auparavant, les tonalités de l’idylle s’étaient faites plus nettement orageuses dans La Légende des siècles . En invoquant Le Satyre , Victor Hugo célèbre davantage le chaos originel qu’un éden pastoral. Le faune y court plutôt « un esprit sous la terre » que la bergère aux rubans, et le grand Eros primitif suscite, dans « une éclaboussure d’étoiles », le « rut religieux » de la nature qu’anime « l’universelle faim », au fond de la nuit cosmique insondable où se fomente la surrection de l’Histoire. À la même époque, en manière de diversion idyllique, Victor Hugo mêle au décor bucolique le paysage urbain, dans Les Chansons des rues et des bois : « Je vais rire un peu dans les prés ».

« J’ajourne cette œuvre insondable

J’ajourne Méduse et Satan

Et je dis au sphinx formidable :

Je parle à la rose, va-t’en . »

Mais dans Choses écrites à Créteil , après lui avoir conté fleurette, son sourire s’unit dans un baiser à celui d’une lavandière, et le poète finit par couper court à la dix-neuvième strophe : Je m'arrête. L'idylle est douce, Mais ne veut pas, je vous le dis, Qu'au delà du baiser on pousse La peinture du paradis.

Il faut toute la diligente perspicacité de Violaine Boneu pour trouver des relents d’idylle à la poésie de Baudelaire, l’impénitent citadin des Fleurs du mal qui raillait dans la veine bucolique le « culte des légumes sanctifiés ». C’est notamment à travers son goût de l’exotisme que s’exprime par bouffées ce lyrisme, ou dans quelques poèmes comme Paysage . Mais c’est surtout par défaut qu’il rentre le mieux dans le moule pastoral, lorsqu’il décrie, par exemple, l’esthétique des néo-classiques, rebaptisés « l’école des pointus » dans les pages du Salon de 1859 . On a du mal à imaginer aujourd’hui cette production picturale, mais sa description vaut le détour, en particulier celle de « l’inévitable Cupidon », « un poisson qui s’accommode à toutes les sauces ». « Sa chevelure est frisée drue comme une perruque de clocher ses joues rebondissantes oppriment ses narines et ses yeux sa chair, ou plutôt sa viande, capitonnée, tubuleuse et soufflée, comme les graisses suspendues aux crochets des bouchers, est sans doute distendue par les soupirs de l’idylle universelle ».

Jacques Munier

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Revue Artefact N°01 Dossier Corps parés, corps parfumés (CNRS Editions)

http://www.cnrseditions.fr/Art-et-technique/6840-corps-pares-corps-parfumes-sous-la-direction-de-liliane-hilaire-perez-catherine-verna-guillaume-carnino-sophie-a-de-beaune.html

Une nouvelle revue d’histoire des techniques, avec pour cette première livraison, ce que l’archéologie nous révèle des parures et du traitement des corps, notamment l’utilisation de colorants dont on a retrouvé les traces en Dordogne et qui étaient portés sur le corps et, dans la grotte sud-africaine de Blombos, la découverte récente d’un atelier de transformation de pigments vieux de 100 000 ans

Plus près de nous, le jeu de cache-cache des éventails et lorgnettes dans les rues de Paris au XVIIIe siècle

Dossier « Corps parés, corps parfumés », sous la direction de Catherine Lanoë et Laurence Moulinier

Catherine Lanoë, « La parure, un langage technique »

François-Xavier Chauvière, « La parure préhistorique : dimensions technique et économique » ?

Emmanuelle Fournier, « Parfums & cosmétiques à l’Âge du Bronze en Grèce »

Sarah Vandamme, « Parures et vêtements féminins à la cour des Angevins de Naples (XIIIe-XIVe siècles) »

Eléonore Henriot, « Vêtements et parures à la cour de Castille (1477-1486) »

Manuel Guay, « Construire et représenter le couple princier : parer les corps (France, XVe siècle) »

Marjorie Meiss-Even, « Le corps paré de François de Guise : le paraître courtisan et sa construction dans la France de la Renaissance »

Stanis Pérez, « L’eau de fleur d’oranger à la cour de Louis XIV »

Bérangère Chartre « La corbeille de Louis Joseph de Bourbon Condé (1753) : histoire et signification d’une tradition »

Aurélie Chatenet-Calyste, « Entre normes et santé, la parure d’une princesse à la fin du XVIIIe siècle : Marie-Fortunée d’Este, princesse de Conti »

Gianenrico Bernasconi, « Tabatières, éventails et lorgnettes : consommation et “techniques du social” au XVIIIe siècle »

Eugénie Briot, « Jean-Louis Fargeon, fournisseur de la cour de France : art et techniques d’un parfumeur au XVIIIe siècle »

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