LE DIRECT

L’inconscient de l’islam / Revue Études

4 min
À retrouver dans l'émission

Malek Chebel : L’inconscient de l’islam (CNRS Éditions) / Revue Études N°4212 Dossier Un christianisme d’innovation

chebel
chebel

« L’objectif de cet essai est de comprendre d’où vient la fragilité affective et émotionnelle du monde arabe face au progrès, et d’où vient l’attachement des individus aux formes éculées de la pratique religieuse et l’agressivité qui en découle, qu’elle soit isolée ou de masse, et qui a un impact sur la construction du moi, les liens entre homme et femmes et le rapport à autrui ». En combinant les approches anthropologique, historique et psychanalytique, Malek Chebel tente ici une psychanalyse de l’inconscient culturel arabo-islamique, qui ne doit pas être confondu avec celui des individus mais qui surplombe leurs sociétés et leurs représentations à la manière d’un « horizon d’attente ». C’est peu dire que ce livre paraît à point nommé, il apporte des éléments décisifs pour nourrir le débat avec l’islam de France et d’ailleurs, et en son sein même. Les manifestations violentes déclenchées par la « une » de Charlie Hebdo, même si elles ne concernent que quelques centaines ou milliers d’excités islamistes çà et là, en proportion de l’ensemble des musulmans, ces réactions révèlent l’ampleur de la tâche à accomplir pour réformer et faire entrer cette religion dans la modernité qui est aussi la sienne. Ce weekend, on avait envie de faire passer un message planétaire rappelant que la vraie caricature du Prophète, ce sont les terroristes islamistes, et la secte Boko Haram vient d’en donner au Cameroun une illustration supplémentaire.

Pour Malek Chebel, cette réforme passe d’abord par une introspection dans l’imaginaire arabo-musulman, patriarcal et castrateur. Pour déconstruire ce qu’il appelle « le harem mental » de l’inconscient culturel de l’islam, il propose un concept opératoire : le « manternel », où l’on peut entendre le redoublement pathogène du maternel par la figure symbolique de la mante religieuse. Il se réfère ici – je cite « au processus d’introjection symbolique, ou de dévoration, de l’enfant mâle par sa propre mère pour que celle-ci puisse se construire par son truchement et trouve sa place de mère dans le rhizome familial ». Ce qui est visé, c’est la construction symbolique qui est aussi un principe organisateur des sociétés patriarcales bédouines, arabes, persanes et maghrébines qui « consiste à évaluer le potentiel fécondateur de la femme au nombre de ses enfants mâles ». Ce principe structurel est aussi la voie d’accès du politique dans la sphère familiale. Il a pour conséquence que ce n’est pas tant la mère qui donne naissance à l’enfant mâle, que l’enfant – s’il est de sexe masculin – qui donne naissance à la mère en lui conférant son statut social et sa place dans la famille élargie, celle du père en l’occurrence, la belle-famille.

En découle une survalorisation du petit enfant mâle qui explique dans l’individualité arabe une forme d’infantilisme persistant, un « égoïsme disproportionné » et – je cite « l’agressivité dont l’homme fait preuve à l’égard de ses filles, de ses sœurs et de ses amantes ». On peut émettre des réserves quant au risque d’essentialisme induit par ces analyses mais le fait est qu’elles sont corroborées par l’observation, en particulier celle des anthropologues, comme l’a montré Denise Paulme à partir de contes africains dans son livre La mère dévorante . « Le manternel est, dans la société arabe, un cycle particulier d’intériorisation de la Loi sociale avant de devenir la loi sociale elle-même », ajoute Malek Chebel. Nul doute que l’indispensable confrontation au monde contemporain ne doive amener les musulmans à réviser cette configuration symbolique, ce qui ne sera pas sans conséquences bienvenues sur l’intégration par l’école républicaine de leurs enfants.

Jacques Munier

Une parole tolérante du Prophète : « vous avez votre religion et j’ai la mienne » (Coran CIX – 6)

études
études

Revue Études N°4212 Dossier Un christianisme d’innovation

http://www.revue-etudes.com/index.php

Comme par une ironie du sort, au moment où paraît cette livraison exceptionnelle de la revue des jésuites, son site internet qui avait décidé, en signe de solidarité et de respect de la liberté d’expression, d’afficher les unes de Charlie sur les catholiques, a dû les retirer en gage d’apaisement face à la polémique soulevée dans les milieux les plus réactionnaires. Bien que cette polémique l’attriste, la rédaction de la revue affirme continuer à donner dans ses colonnes « une large place aux questions que ces événements soulèvent et aux commentaires qu’ils ont suscités ». « L’intérêt pour la revue, manifesté à cette occasion par l’écho considérable qu’a reçu notre initiative – ajoute-t-elle – nous encourage et nous engage à poursuivre librement notre travail de réflexion. »

http://www.revue-etudes.com/archive/article.php?code=16644

Le dossier : Fabienne Brugère, Jean-Marc Ferry, Jean-Claude Guillebaud, Bruno Latour, Valère Novarina, Paul Valadier…

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......