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Luttes sociales dans l’Angleterre du XVIIIe siècle / Revue Annales historiques de la Révolution française

5 min
À retrouver dans l'émission

Edward P. Thompson : La guerre des forêts. Luttes sociales dans l’Angleterre du XVIIIe siècle (La Découverte) / Revue Annales historiques de la Révolution française N°374 (Armand Colin)

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Edward Thompson est l’auteur d’un ouvrage de référence consacré à la formation de la classe ouvrière anglaise où il disait vouloir sauver « de l’immense condescendance de la postérité le pauvre tricoteur sur métier, le tondeur de drap luddite », briseur de machines ou le tisserand indépendant. Dans l’enquête d’histoire sociale qui paraît aujourd’hui des années après sa première publication, il revient sur la promulgation en 1723 de la terrible loi baptisée « Black Act » qui punit de mort le braconnage et plus de cinquante délits liés à l’usage coutumier que les paysans avaient de la forêt et dont ils se voient progressivement dépossédés par l’établissement d’une noblesse qui ne cesse de grignoter le domaine communal : « ici un petit parc aux cerfs privés, là un étang soumis à des droits de pêche particuliers », etc. et toujours de nouvelles clôtures pour signifier l’interdit. Face à cette situation, les paysans s’obstinent à défendre leurs droits de pâturage, d’extraction de la tourbe ou d’abattage et de ramassage du bois sur leurs communs, et le braconnage, déjà interdit – la chasse étant l’apanage des élites – se poursuit, jusqu’alors puni de simple emprisonnement ou d’amende. Mais devant l’extension de la propriété privée des nobles, certains s’organisent en bandes, font valoir leur droit et commettent des exactions. Ils agissent de nuit, se couvrant le visage de suie, mêlant chasse nocturne et opérations de représailles, pour redresser un tort, défendre l’un des leurs, sa veuve, tel paysan détenu ou menacé par un nobliau pour avoir pêché une carpe dans son étang. La liste des délits que déroule le Black Act est l’exact reflet des actions de ces bandits de grand chemin, braconniers à l’occasion vengeurs, comme ce moderne Robin des Bois surnommé le « roi Jean », finalement disparu sans laisser de traces, pas même une chanson, et qui s’attaquait notamment aux parcs aristocratiques ou aux cerfs protégés des chasses royales. L’auteur relève qu’à cette époque on dispose de meilleures statistiques pour la population des cervidés que pour celle des humains.

La forêt constitue alors en Angleterre une ressource essentielle, un domaine royal ou nobiliaire et souvent concédé en prébende, ouvert aux prairies et couvert de villages. Le bois est utilisé dans la construction et pour le chauffage, il est régulièrement ponctionné pour les besoins de la Marine, et le domaine forestier est contrôlé par toute une administration, soumis à une juridiction complexe, la Forest Law , distincte de la Common Law . Le paysan ne peut abattre un arbre sans autorisation, il n’a pas le droit de chasser, pas même un lièvre, les armes ou les pièges lui sont interdits et il ne peut posséder de chien que s’il a été mutilé pour l’empêcher de courir le gibier. Symbole royal, le cerf doit pouvoir divaguer en toute liberté, même en traversant les champs et les cultures, et les villageois avaient le devoir de le nourrir en échange de leur droit de pâture sur les friches. Pas étonnant qu’il soit si souvent la cible des rebelles.

Le Black Act , qui ne sera abrogé qu’en 1827, intervient pour instituer un délit contre la propriété, un crime contre les choses désormais plus grave que l’atteinte aux personnes et passible de la pendaison. « Au pilori et aux fers – commente l’historien – aux contrôles des seigneurs et au harcèlement des vagabonds, les économistes proposaient de substituer la discipline des bas salaires et de la faim, et les juristes, la peine de mort ». À cette époque par ailleurs plus tolérante où on ne brûlait plus de sorcières, chaque nouvelle atteinte à la propriété fut juridiquement qualifiée comme un crime capital. Et l’arsenal de sanctions à utiliser contre les désordres, tel qu’établi par le Black Act – conclue Edward Thompson – « offrait aussi un modèle pour les mesures de terreur à venir contre les Highlanders mécontents, les paysans rebelles irlandais et les contrebandiers anglais ». L’enjeu étant celui d’une définition toujours plus exclusive de la propriété ouvrant la voie – résume Philippe Minard dans sa postface – « à l’individualisme possessif que le capitalisme fera bientôt triompher ».

Jacques Munier

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Revue Annales historiques de la Révolution française N°374 (Armand Colin)

http://ahrf.revues.org/12926

http://www.armand-colin.com/revues_num_info.php?idr=31&idnum=480518

Pendant la Révolution française, on le sait, les débats ne furent pas que politiques. Les ingénieurs des Ponts et ceux des Mines préparaient l’après Révolution et notamment la création de l’Ecole Polytechnique

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