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Nos ados / Revue Hors Cadres

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À retrouver dans l'émission

Catherine Jousselme, Jean-Luc Douillard : A la rencontre des adolescents (Odile Jacob) / Revue Hors Cadres N° 11 Dossier Le minuscule (L’atelier du poisson soluble et éditions QuiQuandQuoi)

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L’adolescence est l’âge de tous les paradoxes. Récemment identifiée comme classe d’âge, car on passait, jusqu’à il y a peu, directement de l’enfance à l’âge adulte, cette période cruciale de formation personnelle et de croissance physique est à la fois l’une des plus riches mais aussi des plus périlleuses dans nos sociétés individualistes où elle n’est pas ritualisée ni socialement encadrée. Paradoxale, l’adolescence l’est à plus d’un titre : il s’agit d’un moment d’affirmation de soi dans la plus grande vulnérabilité alors qu’on sort du cocon de l’enfance elle ouvre la période d’une prise de distance à l’égard des parents alors qu’à bien des égards l’autonomie grandissante accentue la peur de l’abandon, toujours présente elle se traduit par une révolte contre les modèles parentaux au moment même où l’on se construit le plus souvent dans la plus étroite référence à ces modèles, même si c’est à l’insu de son plein gré. D’où les attitudes déroutantes pour bien des parents, je cite, parmi les plus bénignes : « vous répéter que votre look et votre parfum sont décidément désastreux, mais écluser régulièrement votre réserve de Shalimar et vous piquer votre plus joli pull » ou bien « demander depuis des mois à rester un week-end seul à la maison mais se mettre très en colère quand on lui annonce que ça va être possible » et qu’on va partir en amoureux. Les auteurs évoquent également le test infaillible des biscottes le matin : vous croquez goulûment dans la cracotte beurrée devant votre enfant de 13 ans. S’il ne lève pas le nez de son bol et ne prête aucune attention aux bruits que vous faites, c’est qu’il n’est pas encore entré dans l’adolescence.

Catherine Jousselme est pédopsychiatre et Jean-Luc Douillard psychologue clinicien, il coordonne un programme régional de promotion de la santé mentale et de prévention du suicide. Tous deux ont affaire à des adolescents qui font peur, cabossés, explosés, « voire complètement cassés ». Pourtant ils récusent cette appréhension largement diffusée par les medias à l’égard des adolescents, présentés comme – je cite : « en grande difficulté, violents, insaisissables, cruels, irrespectueux, déstructurés » bref, tout juste bons à évacuer, à fuir ou à enfermer. Ils témoignent que cette image ne correspond pas à la réalité rencontrée dans leur pratique. Il faut ajouter que leur livre est tout sauf théorique, il est constitué par des récits de vie, à la fois singuliers et exemplaires, à commencer par les leurs propres, ceux des ados mais aussi ceux d’enseignants ou d’animateurs. Parce que chacun d’entre nous est passé par là et savoir s’en souvenir peut aider à comprendre et surtout à prévenir les dérives.

C’est là le maître mot de leurs interventions mais aussi de l’attitude et parfois du sentiment d’impuissance des parents. Comment prévenir les passages à l’acte, comment faire preuve de discernement quand les signaux d’alerte sont le plus souvent imperceptibles et surtout dispersés auprès d’adultes qui ne se rencontrent pas ou pas assez, les parents, les profs, les psychothérapeutes. Et là réside la ligne de force qui anime l’élan thérapeutique des auteurs, elle affleure dans les nombreuses descriptions, souvent poignantes, de cas cliniques. Elle se résume à un mot, présent dans le titre du livre : le mot rencontre . Rencontre avec l’adolescent, d’abord, une rencontre qui doit être placée sous le signe de l’authenticité, rencontre avec les parents qui détiennent sans toujours le savoir certaines clés du problème, et rencontre avec les différents intervenants. Jean-Luc Douillard appelle ça dans son récit de vie « réseauner », raisonner en réseau, il se définit lui-même comme un agitateur de réseau quand, dans le même esprit, Catherine Jousselme conçoit son rôle comme celui d’un passeur, un guide parental qui soigne la relation parents-ados par le biais du soutien aux parents qui lui racontent leur histoire. Outre le fait que fonctionner en réseau, avec les autres ou les institutions est assez proche du processus adolescent et qu’il est vrai pour de nombreuses organisations sociales – la famille, l’école, les associations, les entreprises – il permet de « diluer le transfert en ayant les autres en tête » et d’orienter efficacement le jeune. Il y a beaucoup d’autres astuces dans la boîte à outil de chacun des auteurs, mais aussi dans celles des professionnels qu’ils nous font rencontrer.

Pour eux, l’adolescence doit plutôt être considérée comme un processus dynamique et l’expression un peu statique de « crise de l’adolescence » leur semble inappropriée. Déjà parce qu’il s’agit aussi et peut-être surtout d’une période de deuil, le deuil de l’enfance à faire, et parce c’est une période de changements intenses. A répartir dans trois grandes directions : se séparer, s’individuer et se socialiser. Se séparer, le prélude à la découverte de soi, consomme paradoxalement beaucoup d’énergie mais permet de sortir de la problématique œdipienne. Ça suppose de la part des parents le maintien d’une « distance générationnelle » qui permette à l’ado « de s’éloigner de nous sans culpabilité ni angoisse, et de respecter les règles sans avoir le sentiment d’être soumis à l’autorité d’un autre, trop proche de lui ». L’individuation est la phase qui concerne l’enfant seul et, comme dit Françoise Dolto, la nouvelle « image inconsciente de son corps ». La socialisation se fait essentiellement entre pairs, dans les groupes d’amis ou les bandes, et à l’école. Les ados y passent le plus clair de leur temps, juste après celui passé dans leur famille. C’est pourquoi l’échec scolaire est si douloureux et souvent l’amorce d’une spirale infernale.

Jacques Munier

Revue Hors Cadres N° 11 Dossier Le minuscule (L’atelier du poisson soluble et éditions QuiQuandQuoi)

Observatoire de l’album et des littératures graphiques, rédac’chef Sophie Van der Linden

Small is beautiful

« Le minuscule, le fin le ténu le tout juste perceptible », un minuscule qui a souvent tendance à s’épanouir « à l’ombre du proliférant », comme chez Tomi Ungerer, présent dans cette livraison

« Identifiés et isolés, les détails donnent à voir au lecteur les « récompenses » promises à celui qui scrute patiemment la peinture » disait Daniel Arasse dans Le Détail. Les différentes contributions explorent l’espèce de complicité qui se crée avec les lecteurs attentifs et « scrutateurs »

Le petit bonhomme pané , réalisé par Olivier Douzou (texte) et Frédérique Bertrand (image), l’histoire d’un petit bonhomme qui, n’étant pas né, voudrait savoir son âge

Lecture du minuscule dans les albums de Claude Ponti, Tomi Ungerer et Anthony Browne

Entretien avec François Place, De l’ethnofiction en plan panoramique. François Place qui s’inscrit dans la tradition des miniaturistes

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