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Octavio Paz dans son siècle / Revue NRF

5 min
À retrouver dans l'émission

Christopher Dominguez Michael : Octavio Paz dans son siècle (Gallimard) / Revue NRF N°610

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De 1914, année de sa naissance à Mexico, jusqu’à sa mort en 1998, c’est bien un parcours dans le XXème siècle qu’illustre cette figure attachante et noble d’intellectuel, de poète qui pense, prix Nobel de littérature en 1990, un parcours d’arpenteur des cultures auquel le vaste monde n’aura suffi qu’à condition d’ouvrir ses chemins en amont et en aval au long regard qui scrute l’histoire ancienne jusqu’à buter sur les escarpements du présent pour se hisser à hauteur d’horizon. Une traversée au long cours depuis le Mexique dont il explore dans Le Labyrinthe de la solitude la triple histoire – aztèque, espagnole et latino-américaine – aux Indes où il fut l’ambassadeur de son pays et dont il s’imprégna au point que le grand indianiste Charles Malamoud tient son livre Lueurs de l’Inde pour « un texte de référence », jusqu’au Japon où il cultive le haïku dans la cabane de Bashô, en passant par la vieille Europe, la guerre d’Espagne et Paris, où il se fera tant d’amis, « une ville solide – je le cite – mais sans pesanteur, grande mais sans gigantisme, ancrée dans la terre mais avec le désir de s’envoler ». Partout il rencontre les créateurs ses semblables engagés dans le travail de l’Histoire, et ce que l’un d’entre eux a défini comme son « génie de l’amitié » donne à cette biographie l’allure d’un étourdissant tour de table qui va bien au delà du Congrès « itinérant » des écrivains antifascistes de 1937 à Valence, Barcelone ou Madrid, où siègent à côté de ses amis Nicolas Guillén, Maria Zambrano, Rafael Alberti, Miguel Hernandez, Luis Buñuel ou Pablo Neruda, d’autres qu’il évoquera dans ses souvenirs ou retrouvera au détour du chemin : José Bergamin, Aragon, Hemingway, André Malraux. De Madrid sous les bombes il garde le souvenir « des maisons agenouillées dans la poussière » et là son acuité de poète ne faiblit jamais car – dira-t-il plus tard – « Je n’écris pas pour tuer le temps / ni pour le revivre / J’écris pour qu’il me vive et revive ». À son retour il rencontre le poète exilé Juan Ramon Jiménez à l’occasion d’un détour à La Havane, décalé « comme un Greco sur une plage ensoleillée » note son épouse.

Le Mexique est-il un pays surréaliste ou le surréalisme a-t-il fini par se mexicaniser lorsque Artaud et Breton se sont rendus au Mexique, entraînant dans leur sillage des peintres et des artistes comme Leonora Carrington ou Benjamin Péret, l’un des premiers traducteurs de Paz en France ? Lors de ses séjours prolongés à Paris Paz fréquente le groupe et se trouve associé à ses travaux. Dans les réunions c’est avec André Pieyre de Mandiargues « brillant et fantasmagorique – je cite – comme une nouvelle d’Arnim » qu’il s’entend le mieux – il le retrouvera plus tard au Mexique et aura une liaison dangereuse avec Bona, sa femme. De ce compagnonnage avec le surréalisme il va tirer en 1965 son traité poétique L’arc et la lyre , qui est aussi une esthétique hétérodoxe du mouvement. André Breton rencontré à cette époque sous le signe de la prédestination et de l’élection le reconnaîtra comme le poète de langue espagnole qui le touche le plus. Prédestination notamment parce qu’il se trouvait en 1941 sur le bateau qui emmène vers New York les exilés de la débâcle ainsi que Claude Lévi-Strauss, et incidemment Octavio Paz de retour sur le continent américain. Lévi-Strauss s’entretiendra avec Breton sur leur goût commun pour les arts premiers. Parallèlement l’anthropologue se lie avec le poète mexicain, qu’il désignera dix ans après sa mort comme « le dernier homme de la Renaissance »

La biographie intellectuelle de Christopher Dominguez Michael s’attarde aussi sur d’autres événements marquants, comme la démission officielle de l’ambassadeur à New Delhi suite au massacre des étudiants contestataires sur la Place des Trois cultures à Mexico en octobre 68, ainsi que ses prises de position ambivalentes lors de la révolution néo-zapatiste du sous-commandant Marcos au Chiapas, qui a résonné dans l’esprit du Prix Nobel comme un rappel intime des engagements de son propre père, l’avocat proche conseiller d’Emiliano Zapata et l’un des promoteurs de la réforme agraire dans son pays. La basse continue de ses amours de poète ourle le tissu de sa vie d’homme hors du commun. Ne serait-ce que parce qu’il a su ouvrir à chaque fois les guillemets du poème. En voici un exemple, celui de sa rencontre à Paris avec Marie-José, sa dernière femme et deuxième épouse : « Le présent est perpétuel / S’ouvrent les vannes de l’an / Le jour bondit / (…) L’oiseau tombé / Entre la rue Montalembert et la rue du Bac / est une fille / immobile / sur un précipice de regards. »

Jacques Munier

NRF
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Revue NRF N°610 Dossier e-NRF

Une revue qui a souvent publié Octavio Paz, lequel était un homme de revues. Christopher Dominguez Michael écrit même que « sa biographie intellectuelle, de 1971 à sa mort, pourrait être reconstruite à la seule lecture de Plural et de Vuelta »

Avec dans cette livraison de la NRF une question : que fait le numérique aux écrivains ? avec les contributions de Philippe Adam, Pierre Assouline, Stéphane Audeguy, Camille Bloomfield, Guénaël Boutouillet, Chloé Delaume, Jean-Philippe Toussaint.. Et j’en passe

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