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Parcours d’immigration / Revue PLEIN DROIT , la revue du GISTI N°97

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Pascale Jamoulle : Par-delà les silences. Non-dits et ruptures dans les parcours d’immigration (La Découverte) / Revue PLEIN DROIT, la revue du GISTI N°97 Dossier Les étrangers attendent la gauche

jamoulle
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On l’a encore vu tout récemment, les parcours d’émigration constituent aujourd’hui de véritables odyssées, au terme pas toujours assuré et même parfois tragique. Quelles traces, quelles séquelles laissent ces parcours, qui ne s’achèvent pas, loin s’en faut, sur les rivages de l’Europe mais se poursuivent dans le pays d’élection, souvent pendant des années de vie clandestine, parfois avec toute une famille ? Pascale Jamoulle a enquêté pendant deux années en Seine-Saint-Denis, en s’employant à libérer les non-dits de ceux qui taisent en France leurs vécus pré-migratoires au pays, et au pays, leurs vécus en France, de ceux aussi qui ont mis à distance les expériences extrêmes de leurs périples, avec pour conséquence notable de les aider à parvenir, à travers leurs récits, à se construire ce que Paul Ricoeur appelait « une identité narrative », comme ça peut se produire également à l’initiative d’associations d’aide aux réfugiés et clandestins.

Encore cette parole doit-elle être sollicitée. Car la plupart du temps les intervenants sociaux, eux-mêmes souvent descendants d’immigrés, disent s’intéresser davantage à l’avenir qu’au passé, ce qui est légitime dans le cadre de l’action sociale mais participe involontairement à cette forclusion néfaste, que Jean-Claude Métraux désigne comme un « deuil migratoire congelé ». Nombreux sont ceux parmi les interlocuteurs de l’anthropologue qui ont subi une triple rupture : avec leur passé, avec leur langue et leur culture d’origine et avec leur rêve de réussite sociale en France. Ils vivent ainsi en permanence dans ce que Michel Agier appelle l’exil du monde commun , ou encore le « couloir des exilés ». Alors pour ceux qui lâchent prise et finissent par accepter cette condition, l’économie de la rue, avec ses trafics illégaux et la drogue, apparaît comme un débouché naturel. Certains, tout en les côtoyant par nécessité, de logement dans un squat par exemple, prennent les mêmes risques sans y prendre part, comme Sabou, ce musicien congolais, guitariste de renom dans son pays, qui se fait embarquer à cause d’un sachet d’héroïne planqué dans le squat où il répétait et qui est condamné à dix-huit mois fermes. Enkysté sur son injustice, il raconte qu’il refusait de sortir de sa cellule pour la promenade et demandait au surveillant de fermer la porte au prétexte qu’il avait pris dix-huit mois fermes et pas dix-huit mois ouverts !

Les relations de famille sont mises à rude épreuve en situation de migration, et la vie en clandestinité les rend particulièrement instables. Pascale Jamoulle observe que, quand la violence ne s’invite pas au foyer, « la clandestinité – je cite – façonne souvent des binômes mère/enfants où le père est satellisé ou disparaît ». La peur de l’arrestation est omniprésente dans les propos recueillis par l’auteure, de même que le thème de la trahison – d’un conjoint, d’un parent ou d’un proche. Là aussi le non-dit s’insinue dans la vie quotidienne, lorsque par exemple, pour ne pas nuire à l’intégration des enfants, les parents leur cachent cette existence faite de précarité ou d’expédients, et de l’angoisse permanente du contrôle d’identité.

Il faut rappeler aux politiques – ou en tous cas à ceux d’entre eux qui veulent l’ignorer – que pour mettre fin à l’appel d’air créé par nos économies développées, il ne suffit pas de durcir encore les conditions de vie des migrants en situation irrégulière, ou, comme on l’a entendu ces derniers jours, de répandre au-delà des mers la bonne parole selon laquelle l’Europe ne serait pas cet eldorado que les migrants de retour au pays, souvent flambeurs, s’emploient à dépeindre. Il faudrait déjà réduire l’importante offre de travail destinée en priorité aux migrants, de préférence illégaux, dans le bâtiment, le nettoyage, la confection ou la restauration. Emmanuel Terray dénonce là une véritable « politique de délocalisation sur place », où les employeurs profitent de tous les avantages de la délocalisation sans quitter le pays : salaires bas et horaires flexibles, absence de protection sociale ou syndicale et de charges sociales.

Jacques Munier

traoré
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Vous vouliez évoquer l’épopée ordinaire d’un candidat à l’exil parti de Dakar

Mahmoud Traoré, qui a raconté son périple de plus de trois ans jusqu’en Espagne où il réside aujourd’hui, un récit coécrit avec Bruno Le Dantec et publié aux éditions Lignes, un récit souvent poignant, où ne manquent ni les rackets, ni les accrochages et incidents de parcours, ni même la relégation et l’abandon dans le désert…

gisti
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Revue PLEIN DROIT , LA REVUE DU GISTI N°97 Dossier Les étrangers attendent la gauche

GISTI : Groupe d’information et de soutien aux immigré(e)s

Les auteurs constatent que les premières mesures prises par ce gouvernement de « gauche » restent dans la « droite » ligne des précédents gouvernements, faisant de la maîtrise des flux migratoires l’alpha et l’oméga de toute politique à l’égard des migrants. « Si la rhétorique se veut plus empreinte d’« humanité », les pratiques n’évoluent guère. Et même pour les mesures relevant du symbole (le vote des étrangers aux élections municipales, il y a loin de la coupe aux lèvres. »

http://www.gisti.org/spip.php?article3114

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