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Parcours en protection de l’enfance / Revue Politix

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À retrouver dans l'émission

Emilie Potin : Enfants placés, déplacés, replacés : parcours en protection de l’enfance (Erès) / Revue Politix N°99 Dossier Différencier les enfants (De Boeck)

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Emilie Potin : Enfants placés, déplacés, replacés : parcours en protection de l’enfance (Erès)

Ils sont 140 000 tous les ans à faire l’objet d’une mesure de placement. Leurs parents ont d’autres problèmes, quand ils sont vivants puisque plus de 13% d’entre eux sont orphelins de père, de mère ou des deux. Ils peuvent être tout jeunes, de grands bébés d’un an ou deux et alors ils sont placés en pouponnière en attente d’une famille d’accueil qui les recevra un peu plus tard, s’ils ont moins de 12 ans c’est cette nouvelle famille qui les aidera à se reconstruire, entre 12 et 16 ans, la moitié sera placée en famille d’accueil et l’autre en établissement ou en foyer, après 16 ans les trois quart d’entre eux sera orienté vers ce type d’accueil collectif. Emilie Potin a suivi les parcours de 18 jeunes de différentes tranches d’âge et elle a repéré trois catégories de trajectoires : les « enfants placés », avant 10 ans et qui ont connu un placement long dans la même famille et ont pu ainsi se construire une parenté d’accueil, les « enfants déplacés » qui pour diverses raisons sont passés par plusieurs lieux d’accueil qu’ils n’ont pas pu investir et ont en quelque sorte « perdu leur place », les « replacés », enfin, qui entre différents placements ont pu faire retour au domicile familial et maintenir une certaine continuité dans leur parcours, ainsi que le lien avec leur famille d’origine.

Depuis l’époque où elle s’occupait d’orphelins ou d’enfants abandonnés, l’Aide sociale à l’enfance a beaucoup évolué dans ses conceptions et ses méthodes. C’est progressivement que s’est imposée l’idée que l’enfant avait des droits, qu’il était en quelque sorte un « ayant-droit de vie », indépendamment de sa famille et parfois contre elle. Sous la Révolution, on s’est mis à considérer que la Nation avait le devoir de lui porter assistance en cas d’abandon et de lui épargner ce stigmate en le désignant comme un orphelin et non plus comme un « enfant abandonné », lui permettant ainsi de se refaire une place qui ne soit pas par défaut. Le décret du 19 janvier 1811 concernant les enfants trouvés ou abandonnés, et les orphelins pauvres distingue la catégorie des enfants de celle des errants ou des indigents. A la fin du XIXe siècle, un homme politique dévoué à la cause de l’enfant, Paul Strauss, ouvre des centres destinés à accueillir les femmes et leurs enfants sans filiation reconnue pour aider les mères à les élever, accordant ainsi au lien familial la priorité dans le traitement du problème. Aujourd’hui, le cadre juridique et réglementaire de la protection de l’enfance est bien établi et il porte quelque chose de cette histoire : lorsque le juge est saisi, il doit privilégier le maintien du mineur dans sa famille et si ce n’est pas possible, obtenir à tout le moins l’adhésion de celle-ci à une mesure de placement.

Le signalement à l’autorité judiciaire, devenu depuis la loi du 5 mars 2007 l’information préoccupante , pour maltraitance, défaut de surveillance ou manque de soins, enclenche un processus avec enquête sociale et rencontre des parents qui peut conduire le juge à prononcer une décision de placement temporaire ou le cas échéant jusqu’à la majorité de l’enfant. Comme on l’a vu, la protection de l’enfance s’est d’abord intéressée aux enfants sans famille avant de s’occuper des enfants qui ont des parents. L’intervention de différents acteurs comme les psychologues ainsi que les recherches dans le champ de la psychologie, de la pédopsychiatrie ou de la psychanalyse ont mis en évidence le rôle de l’élément affectif dans la construction de soi et ce n’est plus en termes de dressage que l’on conçoit l’éducation. Dans le cadre de la protection de l’enfance, il s’agit donc en priorité de faire avec les parents afin de guérir le lien familial défaillant et comme le souhaitait Myriam David, pédopsychiatre engagée pour un processus de soin dans le placement, de faire en sorte que « tout placement familial dit « social » soit converti en placement familial thérapeutique ». Et qu’ainsi, malgré la rupture qu’il impose, le placement permette de maintenir et de travailler le lien familial.

Dans la pratique, les choses sont évidemment plus compliquées. Le contrôle exercé sur les droits de visite, par exemple, s’il est souvent nécessaire, peut se révéler lourdement contraignant et constituer une entrave sérieuse au maintien des liens de famille. En particulier, le rôle de la fratrie ou de la famille élargie n’est pas forcément considéré comme une priorité. Notamment en matière de regroupement dans une même famille d’accueil. L’auteure cite le cas de David dont la famille d’accueil avait exprimé le vœu de recevoir sa petite sœur, sans obtenir de réponse du service concerné. Lorsqu’une autre petite fille est arrivée, de l’âge de sa sœur, l’enfant a mis du temps à l’accepter car pour lui, elle avait pris sa place. Ce type de contraintes administratives ou encore le manque de coordination entre les acteurs institutionnels a souvent pour effet de distendre jusqu’à l’anéantir le lien familial. L’une des jeunes filles dont la sociologue a suivi le parcours, Noémie, 16 ans, se demande pourquoi il faut toujours demander l’autorisation à l’assistante sociale pour voir ses cousines, avec lesquelles elle vivait auparavant. « J’ai l’impression, proteste-t-elle, que ma vie est notée sur un calendrier ».

Emilie Potin évoque aussi la tendance à la « professionnalisation » des familles d’accueil qui peut nuire à l’attachement réciproque nécessaire au développement de l’enfant. Il est vrai que dans certains cas les problèmes rencontrés sont aigus et doivent alerter, comme dans celui du petit Joris, 3 ans, qui déclare lui-même qu’à changer de famille « on est un peu perdu ». Un jour, un vent de folie lui passe par la tête et il décapite les serins du fils de sa famille d’adoption en prenant soin de placer les têtes des oiseaux dans ses petites voitures. « Voilà, maintenant c’est fini, ça ira mieux, plus personne ne me fera du mal », conclut-il avant d’être expédié chez le psychologue.

Jacques Munier

Revue Politix N°99 Dossier Différencier les enfants (De Boeck)

Dossier coordonné par Wilfried Lignier, Cédric Lomba et Nicolas Renahy

Il s’agit de différenciation sociale et culturelle. On avait une sociologie de la jeunesse, de l’éducation ou de la famille, voici une sociologie de l’enfance

A commencer par la façon dont les enfants perçoivent eux-mêmes ces différences sociales et culturelles : Wilfried Lignier et Julie Pagis ont demandé à des élèves de hiérarchiser différents métiers

Christine Tichit a enquêté sur les goûts et dégoûts culturels dans les pratiques alimentaires chez les enfants de migrants, des goûts qui se révèlent avant tout des goûts de classe

Laurent Fourchard étudie la différenciation raciale en Afrique du Sud à la lumière de la distinction entre « enfants en danger » et « enfants dangereux »

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