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Paroles de paysans / Revue LeRouge&leBlanc

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Philippe Madeline, Jean-Marc Moriceau : Paroles de paysans. Récits témoignages et archives de la France agricole – 1870-1970 (Librio) / Revue LeRouge&leBlanc N°114 Dossier Alsace Pinot noir

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« Nous aimions la terre et nous la détestions. Elle avait usé les sabots de nos parents, les galoches de notre enfance et les bottes en caoutchouc de nos vingt ans. » affirme cet agriculteur de Palladuc, dans le Puy-de-Dôme, qui deviendra Président de la FNSEA, Michel Debatisse, tout en soulignant la continuité généalogique de la paysannerie et le caractère familial de l’activité. C’est pour une bonne part ce qui donne leur substance aux témoignages rassemblés dans ce livre. Au fil du siècle et à travers tant de bouleversements et d’évolutions, c’est une mémoire qui prend forme et elle est souvent portée, animée par le renouvellement des générations au sein d’une même parentèle. Les grands événements de ces vies se déroulant au rythme des saisons se sont inscrits dans une mémoire familiale, ils ont fait l’objet d’une transmission, de récits au coin du feu, la cheminée étant l’élément essentiel de l’existence repliée sur le foyer durant les mois d’hiver, une courte saison qui succède à la longue saison de l’activité en plein air, de Pâques à la Saint-Martin, le 11 novembre. Ces événements, les décisions qu’ils impliquaient, ont fréquemment ouvert des failles au sein de la cellule familiale, comme l’arrivée de l’électricité, que les plus anciens redoutaient, craignant le risque d’incendie. De même, dans les débuts de la mécanisation, tracteurs et moissonneuses-batteuses ont suscité débats et controverses opposant les aînés aux jeunes : « ou tu en achètes un, ou je me fais embaucher à l’usine » menace le fils devant les réticences de son père à faire l’acquisition d’un tracteur. Et même l’école, imposée en 1882, a dû respecter les longues vacances d’été pour tenir compte de la participation des enfants aux gros travaux agricoles.

À la fin du XIXe siècle, à l’avènement de la IIIème République, la paysannerie fait l’apprentissage de la démocratie. Les lois Ferry de 1881 et 1882 qui ont modifié le contenu de l’enseignement primaire ont participé à cette émancipation, tout comme le service militaire et la diffusion de la presse. Mais au sein du premier corps électoral de France, le poids des traditions entrave le plein exercice de la citoyenneté politique. « La République, qu’est-ce que cela peut bien être, avec un nom pareil qui fait un si drôle de bruit dans la bouche. Et pourquoi n’y a-t-il pas une République avec une tour et des cloches comme il y a une église ? » Cette observation qu’on peut lire dans Le Cheval d’orgueil de Pierre-Jakez Hélias traduit un sentiment certainement répandu dans une population plutôt pratiquante même si de longs siècles de christianisation des rites agraires n’ont pas entièrement éradiqué un vieux fonds de paganisme qui trouve à s’exprimer dans une forme de superstition tenace. Là aussi, ce sont les jeunes qui feront progresser la cause de la démocratie. « Nos rentes sont au bout de nos bras – s’exclame le narrateur de La vie d’un simple d’Émile Guillaumin – nous pouvons nous risquer à voter pour des avancées (…) Défunt ma grand-mère se rappelait le temps où les curés passaient dans les champs pour prendre la dîme, où les seigneurs avaient tous les droits. Il devait se trouver alors pas mal de gens pour croire et dire que ces choses-là ne pouvaient être supprimées. »

Entre 1866 et 2010, le pourcentage des paysans par rapport à la population française est passé de 70% à 20% et leur nombre de 26,7 à 13 millions la part des agriculteurs dans la population active de 52% à 3,3%, alors même que les productions ont augmenté, le lait passant de 1940 litres par vache en 1949 à 6300 en 2010, le blé de 10,9 quintaux par hectare en 1850 à 51,3 en 1980. Cette augmentation vertigineuse des rendements a été rendue possible par la mécanisation, le remembrement des terres et l’entrée de l’agriculture dans un mode de production industrielle. En alignant ces chiffres, on voit bien que la base rurale de notre société s’est singulièrement rétrécie, ce que chacun peut d’ailleurs constater dans nos campagnes.

Jacques Munier

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Revue LeRouge&leBlanc N°114 Dossier Alsace Pinot noir

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Une revue indépendante parce que dénuée de publicité, animée par Jean-Marc Gatteron et des amateurs éclairés qui n’hésitent pas à battre la campagne pour aller à la rencontre des vignerons. Le pinot, une identité à multiple facettes. Ce cépage introduit en Alsace par des moines bourguignons il y a quelques neuf siècles est le seul cépage rouge autorisé par l’appellation et sa superficie augmente régulièrement. Une enquête géographique, humaine et gustative.. « Le pinot noir – disait Gérard Oberlé – ce sang bleu de la généalogie bachique ».

Autres régions, autres cépages, Henri-Noël Lagrandeur et Rémi Lorenzi se sont penchés sur le grolleau longtemps considéré comme un cépage mineur de l’Anjou, et destiné seulement à entrer dans la composition des rosés de Loire et d’Anjou. Aujourd’hui, une génération de jeunes et moins jeunes vignerons lui trouve des qualités et le vinifie en rouge. Avec le portrait de Benoît Coureau, vigneron épicurien en Anjou et amateur de grolleau

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