LE DIRECT

Paul Ricœur / Cahiers Jules Lequier

5 min
À retrouver dans l'émission

Paul Ricœur : Anthropologie philosophique. Ecrits et conférences 3 (Seuil) / Cahiers Jules Lequier N°4

ricoeur
ricoeur

C’est sans doute ainsi qu’on pourrait définir au mieux la démarche de Paul Ricœur, comme l’indique ce titre et l’objet de la conférence qui ouvre le volume : une anthropologie philosophique. A l’anthropologie comme science de l’homme manquerait le sens de la totalité du fait humain, notamment sa dimension ontologique, qui fait de l’homme cet être « pour qui l’être est en question ». « Si l’homme peut se perdre ou se gagner dans le travail, le loisir, la politique, la culture, qu’est-ce que l’homme ? » demande Paul Ricœur. Mais l’approche strictement métaphysique rend une image au grain épais, elle manque à son tour quelque chose : la finesse du concret. Ce projet s’inscrit d’ailleurs dans la continuité du courant de pensée qui le premier a revendiqué cette appellation d’anthropologie philosophique et qui s’est élevé en Allemagne dans les années 20 et 30 contre la tradition de l’idéalisme, avec par exemple Max Scheler, en tirant profit des enseignements des sciences de la nature tout autant que des sciences humaines, et dont on considère aujourd’hui Peter Sloterdijk comme l’héritier.

Les questions soulevées par la modernité, notamment, requièrent cette approche globale et toute l’œuvre de Paul Ricœur plaide pour cette synergie des différentes disciplines des sciences humaines sous l’égide d’une orientation philosophique : son dialogue ininterrompu avec la psychanalyse, sa pratique de l’herméneutique, son intérêt pour l’histoire, la sociologie ou les sciences du langage. Dans ce livre on trouvera des textes sur le symbole, qui « donne à penser » en se ramifiant « dans les trois ordres cosmique, éthique et politique », l’homme étant lui-même un « animal symbolique », ou encore sur le mythe comme discours, qui apporte au concept le secours d’« un art caché dans les profondeurs de la nature », selon l’heureuse expression de Kant. Et l’on découvrira le premier opus de Paul Ricœur, une conférence inédite de 1939 sur l’attention où se révèle déjà pleinement son style alliant rigueur, clarté et profondeur, que ceux qui l’ont pratiqué reconnaîtront immédiatement comme la signature de sa pensée et de sa parole vivante, qui savait rassembler le diffus en détaillant le dense.

Les éditeurs de cet ensemble, Johann Michel et Jérôme Porée, ont regroupé les textes en trois parties qui dessinent l’esquisse d’un projet : phénoménologie du vouloir, sémantique de l’agir et herméneutique du soi. Ils rappellent que Ricœur avait lui-même défini sa démarche comme une « herméneutique de l’agir » où s’inscrit notamment sa conception de la liberté. Dans la troisième partie on retrouvera notamment les textes sur les paradoxes de l’identité, en particulier celui, si souvent cité sur l’identité narrative, qui se constitue comme un récit, un récit de vie, et permet de contourner, voire de dépasser les contradictions entre caractère, l’identité à soi comme ipséité , notamment structurelle comme le code génétique, et la variabilité infinie de la vie concrète. L’auteur de Soi-même comme un autre y revient sur la contradiction constitutive de l’individu entre un moi permanent, immuable, sur lequel nous comptons qu’il puisse répondre de ses actes passés, en dépit du changement, et dans l’avenir qu’il tienne parole, et la multiplicité des identifications successives qui forment une identité, son éminente variabilité . C’est entre ces deux pôles que chacun de nous se construit, progressant entre responsabilité et promesse. C’est pourquoi un anthropologue comme Jean-Loup Amselle, qui a beaucoup réfléchi à cette question de l’identité et notamment au mille-feuilles qu’elle peut constituer à partir d’identifications successives ou retrouvées proposait de renverser la célèbre formule nietzschéenne « deviens ce que tu es » en « sois ce que tu deviens ».

Jacques Munier

lequier
lequier

Revue Cahiers Jules Lequier N°4

http://juleslequier.wordpress.com/cahiers-jules-lequier/

Jules Lequier, philosophe né en 1814 à Quintin et mort en 1862 à Plérin en Bretagne, a produit une œuvre fragmentaire inachevée, publiée de manière posthume. Une pensée qui a inspiré de nombreux philosophes comme Jean-Paul Sartre en France ou William James aux États-Unis, notamment l’idée d’une liberté comme première vérité. C’est Jean Grenier, qui fut le prof de philo de Camus à Alger qui fera découvrir son œuvre, largement fragmentaire et inédite. On peut citer Comment trouver, comment chercher une première vérité

Goulven Le Brech, qui anime cette publication, propose dans cette livraison plusieurs lectures (André Clair et Jean-Luc Evard) de cette œuvre et deux inédits, l’un de Paul Ricœur et l’autre de Jules Lequier

"La liberté en question. Lectures de Lequier"

  • « Pour ses lecteurs et ses disciples, Lequier reste le philosophe qui a substitué la liberté à l’évidence, la croyance à la science »*

Paul Ricœur

Au sommaire :

Editorial : Goulven Le Brech

André Clair : Lequier rationnel et romantique

Jean-Luc Evard : Déraison contenue

Paul Ricœur : Essai de jugement sur Lequier (inédit)

Jules Lequier : « Analyse de l’acte libre » (extrait)

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......