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Penser la parenté aujourd’hui / Revue Les Lettres de la SPF (Société de Psychanalyse Freudienne)

4 min
À retrouver dans l'émission

Florence Weber : Penser la parenté aujourd’hui. La force du quotidien (Editions Rue d’Ulm) à paraître mardi prochain / Revue Les Lettres de la SPF (Société de Psychanalyse Freudienne) Dossier Frère et sœur

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Il nous faut repenser la parenté aujourd’hui, alors que des évolutions sociétales, biomédicales et juridiques ont modifié de fond en comble le cadre traditionnel qui était, dans nos sociétés, celui de la famille. La sociologue Florence Weber s’y emploie depuis des années, en observant notamment l’importance croissante d’un aspect longtemps resté dans l’ombre alors qu’il est le ciment affectif des relations de parenté, celui de la parenté quotidienne, celle qui est effectivement accomplie au quotidien. En son absence, ni la parenté biologique, ni la parenté juridique ne peuvent prendre véritablement consistance malgré la force de l’idéologie du sang ou celle du droit et elle permet de penser à la fois les nouvelles formes de parentalité – familles recomposées, homoparentales ou adoptives – et la prise en charge des personnes dépendantes – nourrisson, malade ou vieillard – dans le cadre du care , le soin, en reconnaissant ainsi un statut social aux personnes qui s’y consacrent par dévouement et attachement. Le droit a fait place à cet aspect de la parenté dans la définition de la filiation, notamment dans le cadre de l’adoption, par la notion de possession d’état , désignant la réalité sociale telle qu’elle est, et qui avec le nom – l’identité civile – et le sang – l’origine biologique – est l’un des trois critères qui régit à la fois l’identité de l’enfant et les règles de transmission successorales. Mais la parenté quotidienne, contrairement au nom et au sang qui s’inscrivent dans la durée, est provisoire, elle dure ce que durent le quotidien, la prise en charge ou le care et relève de ce que Durkheim appelait « les libres courants de la vie sociale », dont l’inscription dans l’institution est plus difficile. C’est pourquoi, comme l’a montré l’anthropologue britannique Janet Carsten citée par l’auteure, en Malaisie où l’adoption est une modalité fréquente de la parenté, celle-ci est symboliquement représentée et consolidée dans la construction du corps par la nourriture ingérée et la cohabitation, une filiation concrète qui vient s’ajouter jusqu’à la recouvrir à la filiation biologique.

L’un des cas de figure étudiés par Florence Weber pour illustrer le « dépliage » des trois dimensions de la filiation est particulièrement édifiant. A l’occasion d’un procès en contestation de paternité légitime, elle a pu observer l’imbrication des normes, des pratiques et des sentiments, ainsi que le désarroi des protagonistes pour désigner le « nom du père ». Dans ce procès, le désaveu de paternité est à l’initiative du père « légitime », celui qui au final transmettra son nom, à la demande expresse de sa fille qui, comme on va le voir, se retrouvait sans père légal après en avoir eu trois : le mari de sa mère, d’abord, divorcé lorsqu’il récuse sa paternité dans le but de solder un compte avec sa femme et de ne pas faire de l’ombre à ses héritiers. Le père biologique est un jeune homme, élève de Terminale « au moment des faits », l’amant de sa jeune prof de lettres, mais qui n’assume pas et que sa fille ne connaît pas. Le père au quotidien sera le nouveau mari de cette femme, avec laquelle il aura une autre fille, au statut finalement très différent. Florence Weber recueille et analyse le désarroi de Bérénice pour désigner son père, entre le père légal, le père biologique et le père au quotidien. Et note au passage l’importance du père d’usage.

En l’occurrence, elle insiste également sur le contexte et sur la manière dont se croisent l’époque (l’histoire commence dans l’orbite de mai 68, de la libération sexuelle, de l’émancipation des femmes et des jeunes) et la destinée d’un groupe familial, des grands-parents aux petits enfants, à travers les parentés de ces trois pères immatériels.

Jacques Munier

Revue Les Lettres de la SPF (Société de Psychanalyse Freudienne) N°29 Dossier Frère et sœur

En analysant le cas d’Antigone, Philippe Porret montre que la parentèle n’est pas qu’une affaire de sentiments mais qu’elle a sa logique de structure symbolique (« je me suis dit que veuve, je me remarierais et que si je perdais un fils, mon second époux me rendrait mère à nouveau, mais un frère, maintenant que les parents ne sont plus sur la terre, je n’ai plus d’espoir qu’il m’en naisse un autre. »)

A lire aussi la contribution de Daniel Oppenheim sur les fratries d’enfants cancéreux

Jean-Michel Hirt : Un frère à soi

Kathy Saada : Frères et sœurs d’une culture à l’autre

Najate Christeller-Benchekroun : Frère et sœur au Maghreb

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