LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Petite histoire de la lune / Revue Kanyar (R)

6 min
À retrouver dans l'émission

Première diffusion le 13 septembre 2013

Bernd Brunner : Petite histoire de la lune (Armand Colin) / Revue Kanyar N°1

lune2
lune2

« La lune – disait le poète Yeats – est le plus changeant des symboles, et pas seulement parce qu’elle est le symbole du changement ». Les Anciens la voyaient formant un couple paradoxal avec le soleil et il semble que son culte, lié à la fécondité, ait dans bien des cas précédé celui du soleil, comme à Babylone. Les Grecs et les Romains en ont fait une puissance féminine, l’identifiant à la déesse Séléné, romanisée en Luna, associée à Artemis – Diane chez les Latins – en opposition à Apollon, le dieu solaire. Cette polarité se retrouve dans la langue et lorsque son genre est masculin – ce qui est le cas chez de nombreux peuples comme les Germains ou les Hindous – alors celui du soleil passe au féminin. En allemand soleil et lune se disent die Sonne et der Mond.

Pourtant c’est plutôt avec la Terre, dont elle est le satellite naturel, que la lune forme un couple et même, selon la théorie généralement admise aujourd’hui, elle en proviendrait à l’origine et s’en serait détachée suite à une gigantesque collision avec une autre planète, il y a quatre milliards et demi d’années, ce qui explique pourquoi certaines roches lunaires ont une composition identique à celles qu’on trouve sur la Terre. D’ailleurs, sa présence rassurante, qui fait de la nuit un havre et guide le marin dans l’obscurité, s’accorde avec ce sentiment de proximité et avec l’idée que nous appartenons au même macrocosme. Sa lumière bleutée suscite le désir et l’effusion amoureuse. « Belle comme la pleine lune » est un compliment courant en arabe et les poètes ont souvent chanté les étreintes sous la lune, dans un rapport mimétique avec – je cite Baudelaire « le dos satiné des molles avalanches » de celle qui « mourante, se livre aux longues pâmoisons ». « Dès que la lune est apparue dans les vers du poète – ajoute Italo Calvino – elle a toujours eu le pouvoir de communiquer une impression de légèreté, de suspension, de silence et de calme enchantement ». Il n’y a guère que Proust, bien prosaïque en l’occurrence, pour déplorer que celui « qui a oublié les belles nuits passées au clair de lune dans les bois souffre encore des rhumatismes qu’il y a pris », non sans rester, il est vrai, paradoxalement sensible à l’innocence diurne de sa présence, à « sa splendeur antique inchangée », « cruellement, mystérieusement sereine, qui versait aux monuments encore intacts l’inutile beauté de sa lumière ».

Mais il y a aussi la face cachée de la lune, celle qui abrite les manigances des sorcières et l’agitation des spectres, la fièvre des insomnies…

Lunatique était le nom d’un trouble mental qu’on disait causé par une fréquentation imprudente de l’astre mort et le mot désigne aujourd’hui un caractère changeant, instable et cyclothymique. Etre dans la lune exprime aussi une forme d’absence à soi et aux autres. Et être mal luné, c’est comme se lever du mauvais pied. L’infernal sabbat des sorcières avait lieu sous la pleine lune et gare à celui qui le croisait. De même, danser sous la lune était considéré comme dangereux et pouvant réveiller des fantômes. Les pratiques et les rites agraires témoignent également de l’attention portée aux cycles de la lune. L’astronome Geoff Chester affirme que « la même force qui soulève les marées dans l’océan soulève aussi des marées dans la croûte terrestre ». Le tremblement de terre en Grèce et en Turquie de l’automne 1999 s’est produit après une éclipse et le tsunami de 2004 au moment de la pleine lune. L’astre peut à l’occasion révéler un caractère ombrageux. Lucien de Samosate, le premier à avoir imaginé au IIème siècle un voyage dans la lune, lui fait tenir des propos amers à l’égard des philosophes et autres savants qui l’auscultent, l’interrogent et la toisent sans arrêt : « n’oublie pas de rapporter cela à Zeus et d’ajouter que je ne peux rester en place s’il ne donne une raclée au physiciens, bâillonne les dialecticiens, renverse le Portique, brûle l’Académie et met un terme aux discussions des péripatéticiens. » Que n’aurait-elle dit si elle avait pris, comme dans le film de Méliès, une fusée en plein dans l’œil !

Jacques Munier

kanyar
kanyar

Revue Kanyar N°1

KAGNAR [KANYAR] : N. et Adj. 1. Fainéant. Mi boir lo rhum […], moin les cagnard qui cloche devant bazard. [BELAIR] = Je bois du rhum […], je suis un voyou(sic) qui fait le clochard devant un marché. 2 Voyou. Ti koné byen la di kanar mwin lé pa kanyar. [ANDOCHE] = tu sais bien a dit le canard que je ne suis pas un voyou. 3. (A propos d’une femme) facile ; légère.

Dictionnaire kréol rénioné/français (précis grammatical, 150000 mots, A. Armand, Océan éditions,1987)

« Kanyar est une nouvelle revue semestrielle indépendante qui compte promouvoir la création et la lecture de nouvelles, scénarios, récits, pièces de théâtre et autres poèmes d'auteur(e)s de l'île de La Réunion et du monde entier qui l'entoure… Des rues du quartier du Chaudron à l’île de La Réunion à celles de Tuléar à Madagascar, des trottoirs de Salvador au Brésil à ceux de Dakar au Sénégal, d’une route nationale à l’autre, d’une plage de l’océan Indien à la Côte d’Azur, d’un sous-bois des bords de la mer Noire à la jungle entourant le fleuve Congo, Kanyar a l’ambition folle et modeste »

Présentation de l’éditeur

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......