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Physiologie de la critique / Revue NUNC

4 min
À retrouver dans l'émission

Albert Thibaudet : Physiologie de la critique (Les Belles Lettres) / Revue NUNC N°31 Dossier Pierres vivantes de Chine (Editions de Corlevour)

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Albert Thibaudet, faut-il le rappeler, était le critique littéraire le plus important de l'entre-deux-guerres. Élève puis ami de Bergson, il fut aussi un proche de Gide et de Valéry, l'interlocuteur de Proust et le complice de Jean Paulhan. C’est dans La Nouvelle Revue française qu’il publia, de 1912 jusqu’à sa mort en 1936, ses fameuses chroniques au ton si personnel. Dans Physiologie de la critique , un recueil de six conférences données en 1922 au Théâtre du Vieux-Colombier, il distingue trois types de critiques : la critique spontanée – celle des lecteurs et du public cultivé, qui s’exprime par la parole et dans la conversation – la critique professionnelle des professeurs et des journalistes et la critique des artistes, celle des écrivains quand ils se lisent entre eux. D’une certaine manière, par son style direct et familier, parfois mordant, sa considérable érudition et son intuition infaillible pour repérer le tempérament créateur, sa critique est un condensé de ces trois modèles.

« La critique telle que nous la connaissons et la pratiquons – affirme-t-il d’entrée de jeu – est un produit du XIXème siècle. Avant le XIXème siècle, il y a des critiques. Bayle, Fréron et Voltaire, Chapelain et d’Aubignac, Denys d’Halicarnasse et Quintilien sont des critiques. Mais il n’y a pas la critique. » Pour qu’elle naisse comme genre, il faut selon lui que se constituent deux corporations, inexistantes en tant que telles avant le XIXème siècle : celle des professeurs et celle des journalistes. Car avant la Révolution française, l’enseignement est accaparé par la corporation cléricale et, on le sait, c’est au XIXème siècle que s’épanouit la presse. Mais dans son éclairante introduction Michel Jarrety ajoute une condition essentielle, présente en filigrane dans les conférences de Thibaudet : pour qu’il y ait critique littéraire, encore faut-il qu’il y ait une littérature, parvenue à la conscience de soi, comme c’est le cas au siècle de Victor Hugo et de Flaubert. Avec la formation d’une langue littéraire et revendiquée comme telle, qui n’est plus celle des genres épique ou rhétorique, et qui se distingue de plus en plus, et de la langue usuelle, et de ce qu’on appelait les Belles-Lettres, la littérature prend son envol et acquiert son autonomie à l’égard de la philosophie, en particulier celle du siècle des Lumières, comme à l’égard de l’histoire, dès la disparition de Michelet. Elle devient ce que nous connaissons encore aujourd’hui : l’ensemble formé par les trois genres que sont la poésie, le théâtre et le roman.

C’est avec Sainte-Beuve que débute, dans la presse, la critique littéraire. Chateaubriand avait bien donné, avant lui des articles au Journal des débats ou au Mercure de France , et c’est là qu’il établit la fameuse distinction entre la critique des défauts et celles des beautés, laquelle trouve son modèle chez Diderot, dans la critique d’art des Salons , où Sainte-Beuve voyait le parfait exemple du « jeu et du triomphe de la critique, qui consiste à se mettre à la place de l’auteur ». Mais le propos de Chateaubriand est surtout politique et plus souvent polémique que littéraire. Sainte-Beuve, contrairement à Chateaubriand, écrira dans la presse de l’âge de vingt ans jusqu’à ses derniers jours. Thibaudet voit dans cette critique au jour le jour, ou de lundi en lundi, l’héritière de la critique vivante et spontanée des lecteurs éclairés qui animaient les conversations littéraires dans les salons du XVIIIème siècle. Il la décrit comme une manière – je cite « d’entretenir autour des livres ce courant, cette fraîcheur, cette respiration, cette atmosphère du moderne ». « Loin de nous – écrivait Sainte-Beuve dans un article sur Victor Hugo – de penser que le devoir et l’office de la critique consistent uniquement à venir après les grands artistes, à suivre leurs traces lumineuses, à recueillir, à inventorier leur héritage… Il en est une autre plus alerte, plus mêlée au bruit du jour et à la question vivante, plus armée en quelque sorte à la légère et donnant le signal aux esprits contemporains ». Celle-là, nous dit Thibaudet, malgré ses inévitables erreurs de perspective, contribue à « donner de l’être au jour qui passe » et surtout, elle est plus apte à discerner la vraie nouveauté, c’est à dire à coïncider avec l’esprit créateur de l’écrivain.

Jacques Munier

Nunc
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Revue NUNC N°31 Dossier Pierres vivantes de Chine (Editions de Corlevour)

http://www.corlevour.fr/spip.php?rubrique2

Au sommaire :

Franck Damour Le Courage d’être

Pierre Oster Hommage à Gaspard

Pérégrins

« Pierres vivantes de Chine, une galerie de Portraits ContempPorains »

Dossier dirigé par Nicolas Idier, Ludovic Chaker et Antoine Roset

Nicolas Idier Introduction

David Bartel Liu Qingfeng et Jin Guantao. Une histoire d’amour dans les Lumières chinoises

Aurore Merle Guo Yuhua, Shen Yuan et Sun Liping : une sociologie engagée du communisme chinois et de ses transformations

Benoît Vermander Avec leurs voix propres. Portraits par eux-mêmes et Cécile Xie Hua de jeunes catholiques des villes chinoises

Julien Leyre Li Yehang. Portrait d’un philosophe en ligne et chrétien d’aujourd’hui

Chun Sue Autoportrait d’une fille, tout simplement

Ludovic Chaker Portrait de Liang Chaoqun, maître d’arts martiaux traditionnels

Laure Raibaut Zhang Dali, Han Yajuan et Tu Hongtao : portraits de trois artistes heurtés à l’extrême

Marine Cabos Liu Yue : portrait d’un nouveau méditantNicolas Idier Liu Dan, le passage de l’exil

Antoine Roset Zhou Yunpeng, la voix de la minorité silencieuse

Giacomo Baggio Nanfang shudian : portrait d’une librairie

shekhina

Paulina Mikol Spiechowicz Poèmes

Didier Dantal Addiction à Charles Du Bos

Jean-Paul Bota Chartraines 2

Stéphane Barsacq Yves Bonnefoy sur le chemin de l’Italie

Axis mundi

Benjamin Guérin Babel

Zoé Balthus Rilke et Tsvétaeva s’effleurent au septième ciel

Cahier Critique : J. Donoso Cortès, A. Bellantone, F. Musso, J. Greisch, J. Thélot, T. Traherne, J.-P. Michel, A. Prodhomme, M. Baumier, C. Dauphin.

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